dimanche, 09 décembre 2007

Salle de pause.

(Quotidien Décembre 2007) La salle de pause de mon entreprise est trop petite. Depuis des mois, les délégués du personnel et les syndicats demandent une salle plus grande et mieux équipée. Rien ne change. Je fais la queue devant le micro ondes avec mon plat cuisiné acheté au Lidl. C'est long. Sylvain me parle. Il veut partir. Il veut changer de boite. Il me le dit tous les jours. C'est long cette attente. Un groupe de personnes entrent dans la salle, des nouveaux. Ils n'arrêtent pas d'embaucher des CDD qui arrivent et repartent après quelques mois. Je reconnais des visages. Je regarde mon portable. Je n'ai pas de message. Je me demande comment tu vas. Tu avais l'air si fatigué ce matin quand tu es partie. Enfin le micro onde. Je place mon repas, ferme la porte et tourne le bouton. 2,3,4 non 3 minutes, ce sera suffisant. Le portable vibre dans ma poche. C'est toi. Tu vas bien. Tu me proposes de manger avec toi quelque part à la plage. Dommage. Il est déjà trop tard. J'ai juste le temps de manger avant de reprendre le travail. Vraiment dommage. Tu as des nouvelles du lycée? Oui tout va bien. Les cours ont recommencé. Je t'embrasse et à ce soir. Je rejoins Catherine, Manu, Sylvain et Zina. Nous somme à la table prés de la fenêtre. Il fait moins chaud. Un collègue passent derrière moi et me bouscule pour atteindre les frigos et les micros ondes. Pardon. Excuse moi. C'est rien. La salle de pause est trop petite.

dimanche, 24 juin 2007

Buffet d'entreprise.

b5c32ca23b63872d36b0510915a86d82.jpgMon entreprise fête ses 5 ans, les plateaux de travail et les bureaux  sont décorés de ballons et de guirlandes on se croirait dans une salle de mariage. Un buffet garni est installé, des serveurs remplissent des coupes de champage. Je mange des petits pâtés, des sucreries et du gâteau à la framboise. Le patron fait son tour et discute un peu avec chacun. La responsable RH est souriante et détendue, elle aussi fait son tour et remercie chacun d'être venu. Un jeu sous forme de quizz est organisé et certain gagnent des tee schirt au nom de l'entreprise. L'adjointe au patron fait un discours optimiste et fédérateur. Il y a Paul, Aline, Pierre, Marc des collègues que je connais bien et que j'apprécie Laurent n'est pas là, il est en vacances. Il y a aussi, les Intérimaires, les CDD croisés le matin pendant quelques mois devant la machine à café ou sur la passerelle et dont je ne connaîtrais que les visages et jamais les noms. Géraldine est venue avec son bébé dans sa poussette, un beau bébé rieur aux yeux bleus, elle s'isole dans la salle de pause pour lui donner le sein. Des jeunes femmes se pressent autour d'elle et la regardent  avec envie la tête penchée et le sourire aux lèvres. Des groupes de discussion se forment devant l'entreprise au pied de la passerelle, dans la salle de formation ou à coté de l'ascenseur. D'autres préfèrent  s'isoler, ils boivent et mangent tranquillement adossés aux murs ou assis derrière les bureaux ou sur les postes de travail. Je bois, une, deux, trois, puis quatre coupes de champagne et je commence doucement à rire sans raison et à me sentir bien dans cette "grande famille". Je retourne vers le buffet, je demande un jus de fruits et mange encore du gâteau pour faire passer l'alcool. Patrick vient vers moi et me parle des dernières élections CE (comité d'entreprise) et DP (Délégué du personnel) mais je suis incapable de lui répondre. Il est grand temps que je parte. ( Quotidien le 21 Juin 2007 )  

mercredi, 20 juin 2007

CDD ou CDI

1083d8bd5564620980e247f79fbe5875.jpgLe bus s'arrête et les gens montent les marches et poinçonnent leurs titres de transport. Le chauffeur regarde vers nous, il est pressé de fermer les portes automatiques et de redémarrer. J'aime pas ce gars. Chaque matin il trouve toujours un moyen pour s'engueuler avec un passager. Je remonte en titubant l'allée centrale du bus et trouve enfin une place libre sur la gauche. Les vitres sont totalement embuées et il est impossible de voir à l'extérieur. Je ferme les yeux de temps en temps. Je suis crevé. Dans 20 minutes je serai à mon travail pour une journée de 8 heures dont une heure de pause. Je regarde dans mon sac, non je n'ai pas oublié mon repas comme l'autre jour ni mon livre pour la pause déjeuner. Mon contrat en CDD se termine dans 2 semaines. Je ne sais toujours pas si je vais être gardé en CDI ou si je vais retourner pointer à l'ANPE et devoir trouver de nouveau un autre emploi. Nous devons déménager et ce CDI est indispensable pour pouvoir déposer des demandes de logement dans les agences. Pas de CDI, pas de déménagement possible ni même de visite d'appartement possible. Je n'en peux plus d'attendre et de ne pas savoir, je dors de plus en plus mal. J'ai fait un premier CDD de 3 mois puis un renouvellement de 9 mois et c'est comme si je venais de faire une période d'essai de 12 mois. 12 mois, à  être toujours sur mes gardes, pour le moindre retard ou la moindre faute avec des collègues qui ont 20 ans de moins que moi, c'est épuisant. Je commence à me réveiller, le bus stoppe à un arrêt les passagers montent et le chauffeur engueule un petit gars qui prend trop de temps pour trouver sa carte d'abonnement dans son sac d'école. ( Mémoire Avril 2005 )

samedi, 19 mai 2007

Arrêt maladie.

Je suis en arrêt maladie. Les médicaments à forte dose, le manque de sommeil et les douleurs dans ma gencive et mes dents m'ont totalement anéanti. Je suis inquiet pour l'argent perdu à cause de cet arrêt, et me dis que je n'aurais pas dû prendre ce congé maladie. Une semaine c'est trop. C'est pourtant mon premier arrêt  depuis deux ans et je sais que j'ai eu raison, il faut savoir s'arrêter pour soigner son corps et reprendre son souffle. Mais alors pourquoi ce sentiment de culpabilité ridicule et encombrant? ( Quotidien Avril 2007 )

vendredi, 16 février 2007

Foule sentimentale.

Nous sommes en formation pour un nouveau produit, une innovation technologique de plus. Nous prenons des notes, nous sommes attentifs au formateur car il faudra savoir présenter, expliquer, convaincre et donner l'envie d'avoir et de consommer immédiatement encore et encore.  

mardi, 06 février 2007

Grève.

medium_greve.jpgAu travail nous décidons de débrayer 1 heure. A l'heure prévue, nous posons nos casques sur nos bureaux et nous sortons de l'entreprise. Nous descendons les escaliers tous ensemble et nous nous retrouvons devant l'entreprise. Un arrêt de travail d'une heure pour demander à nos dirigeants la reprise des négociations salariales. Les salaires n'augmentent pas, voire même baissent et nous vivons dans une précarité de plus en plus grande. La seule solution pour nous faire entendre reste le débrayage, la grève. Nous sommes une centaine de personnes à attendre dehors et heureusement pour nous, il fait un grand soleil. Nous parlons entre nous, les représentants syndicaux prennent la parole et des débats s'installent. Des journalistes posent des questions, nous espérons des articles dans la presse et des entretiens à la radio. Il faut se faire entendre, c'est la seule solution. Nous sommes là, tous à demander la reprise d'un dialogue et aucun de nos dirigeants ne daigne venir nous voir. C'est à pleurer, à hurler. Je travaille depuis que j'ai 18 ans et c'est la première fois que je fais grève. Vais-je devoir de nouveau quitter cette entreprise, reprendre des formations, changer de métier encore une fois ou faire grève plusieurs jours ? Je n'en ai plus envie, je me sens fatigué. Je veux seulement avoir mes droits et pouvoir travailler et vivre correctement.

dimanche, 04 février 2007

Ruptures.

(Mémoire 2001) J'ai pris la voiture pour aller travailler. Je suis passé sous le pont et au lieu de continuer vers le magasin où je travaillais j'ai tourné à gauche. J'ai pris la voie rapide vers la mer, il commençait à pleuvoir et la grande horloge analogique sur le bord de la route indiquait  6h55 et une température de 12 degrés. Je me suis garé le long de la plage. J'ai marché dans le sable. La mer était calme et grise. Des oiseaux plongeaient dans l'eau  pour pécher des poissons. Je me suis assis par terre, j'ai éteint mon portable et j'ai décidé de ne pas aller travailler aujourd'hui et de quitter mon travail. Je ne savais pas encore comment j'allais faire, ni quand cela serait possible ni dans quelles conditions financières  mais j'ai compris que c'était vital pour moi. Je l'ai compris à ce moment là. C'était comme une évidence. J'ai pensé aux collègues qui ne parlaient que de cela aux pauses et au café le matin. Partir pour arrêter les souffrances et les humiliations. Partir pour dire merde au patron. Partir pour pouvoir se regarder en face. Donner sa démission. Un jogger est passé devant moi, je l'ai suivi du regard et c'est comme si le temps faisait un ralenti. J'ai pensé aux enfants, à ma femme et à la maison que nous n'achèterions certainement jamais. J'ai compris à quel point ma vie était faite de ruptures brutales.

mardi, 09 janvier 2007

Centre d'appel.

Je dis  bonjour  à  mes  collègues  et nous  parlons en buvant un café. Nous nous souhaitons la bonne année sans conviction et il est déjà temps de rejoindre nos postes de travail. Je pose mes affaires, j'ouvre mon ordinateur et les logiciels un par un, je pose mon casque sur mes oreilles et je commence à composer mes appels. Il est 8H30. Je travaille dans un centre d'appel.(Quotidient 09 Janvier 2007) 

mercredi, 13 décembre 2006

A bout.

Je laisse couler sur l'oreiller une salive brûlante tellement mon estomac me brûle. Je n'arrive pas à dormir et  je me tourne dans tous les sens. Tu dors à coté de moi. Je ne sais pas comment tu fais. Je me lève, j'allume la télé. J'ai mal. J'ai envie de vomir. Je mange du pain, du jambon, c'est pire encore, je n'aurai pas dû. Je cherche un médicament dans la boite à pharmacie de la maison, je ne trouve rien. Je bois un verre d'eau et je le recrache dans l'évier. J'ai l'estomac en feu. J'ai mal à me tordre. Je regarde la télé quelques minutes il faut dormir. Je retourne me coucher. Je ferme les yeux, le corps bien droit et les mains sur le ventre, il est quatre heures du matin. Le sommeil ne viendra pas. Je dois prendre mon travail dans 2 heures. Je ne vais pas pouvoir. Il faut que je trouve une solution pour arrêter. C'est trop pénible. Les heures, le stress, les humiliations. Je me demande comment je vais faire pour préparer l'inventaire de fin d'année. Je ne dis rien à ma femme mais je vois qu'elle comprend. Elle est inquiète, je le sais mais je n'arrive pas à en parler. Le soir je rentre de plus en plus tard. Hier ma collègue m'a expliqué les larmes aux yeux qu'elle aussi était à bout. Elle trouve que son mari ne l'aide pas assez et ne comprend rien. Des collègues sont déjà partis. Pourquoi pas moi?

(Montpellier Carnet 02 Mai 1999)

mercredi, 22 novembre 2006

Avant l'entretien.

(Mémoire 2004) Place de la comédie je prends un café. J'attends l'heure de mon rendez vous. Je suis en avance. La lumière est belle sur la fontaine des "Trois Grâces" et sur la façade de l'opéra Comédie. J'imagine dans ma tête les questions et les réponses possibles pour mon entretien d'embauche. Mon parcours, mes expériences, mes envies, ma motivation. C'est pourtant simple. Je veux juste travailler, mon chômage se termine. Il y a urgence. J'ai des enfants une famille. Je suis un homme et j'ai besoin de travailler. Je supporte de moins en moins bien ces entretiens et les personnes qui les font. C'est insupportable cette condescendance et ce regard de merde. J'ai envie de leur dire: "toi qui est devant moi avec tes trente ans à peine et toute ta certitude tes jours sont comptés ne l'oublie pas".  Je bois mon café doucement. J'ai encore du temps. J'ai essayé de lire mais je n'y arrive pas. J'ai écrit quelques mots sur mon carnet c'est tout. Une femme s'installe à une table devant moi, le garçon de café vient prendre la commande. Je suis élégant, Je ne sue pas, je ne tremble pas, j'ai l'air calme et reposé, j'inspire confiance,  mais en fait je suis sous pression prêt à exploser. Je regarde encore une fois mon cv posé sur la table. Je dois faire attention. J'ai modifié, j'ai transformé, j'ai caché, j'ai menti. Je n'ai aucun scrupule nous serons deux à mentir. C'est évident. un entretien est un jeux de rôles. Comment faire comprendre qu'après douze ans mon boulot était devenu insupportable. Les horaires, le salaire, le stress, la fatigue, la vie de famille inexistante. Comment justifier l'année qui a suivi où je me suis retrouvé incapable de reprendre un travail? Tellement usé et fatigué de tout. Comment justifier les projets avortés qui ont suivi et les 6 mois nécessaires pour soigner mon souffle au coeur. Comment transformer mes 45 ans en un avantage? Comment répondre à toutes ces questions idiotes? Vous étes certain, monsieur, de pouvoir vous adapter? Vous connaissez Internet ? Vous savez envoyer un mail? Et dans dix ans vous voudrez faire quoi? Et pourquoi vous étes au chômage? Il est l'heure. C'est parti. J'ai eu le poste et je l'ai quitté pour un autre 3 mois après. 

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