dimanche, 05 juillet 2009
Mon papa chauffeur livreur.
(Mémoire 1973) Je joue aux Lego sous la table de la cuisine. Il tape ses pieds sur les marches de l'escalier de la maison pour faire tomber la neige de ses grosses chaussures de travail. Je cours lui ouvrir la porte. Il rentre dans la maison et m'ébouriffe les cheveux.
-Salut mon cadet.
Une odeur de fuel envahit l'entrée puis la cuisine. Je vais vite à la fenêtre regarder son camion citerne rouge et bleu avec écris en jaune "Transport Richard livraison de fuel à domicile Tel 0345464767". Il vient boire un café à la chicorée Lerroux. Vite fait, entre deux livraisons. Maman et la voisine écoutent Menie Grégoire sur RTL comme tous les après midi en buvant un café avec des petits beurre Lu. Il pose la cafetière à moitié pleine du café restant de ce matin sur le gaz puis attend debout devant la gazinière. Menie Grégoire continue de parler mais personne ne l'écoute. Il ferme le gaz et verse le café dans son grand bol. Il boit rapidement, debout en regardant la neige tomber dans le jardin. Maman râle à cause les chaussures mouillées sur le carrelage mais aussi pour l'odeur, sur son blouson d'aviateur, sur les habits des enfants et même jusque dans les draps de leur lit. Mais le plus terrible, dit-elle à la voisine ce sont les bleus de travail impossibles à récupérer malgré les heures de trempage et de lavage dans la baignoire. La voisine compatit poliment en levant les yeux aux ciel. Je sais qu'elle fait semblant. Son fils m'a dit qu'elle trouvait ça répugnant d'avoir un mari aussi sale. Son mari travaille en costume cravate derrière un bureau propre et sans odeur. Il est fonctionnaire.
-Ça, il ne risque pas de se salir le fonctionnaire dans son bureau !!!!!! . Dit papa.
Ménie Grégoire en reste muette et la voisine aussi.
Il me regarde du coin de l'œil en souriant. Il s'assoit en bout de la table pour fumer tranquillement. Il passe sa langue sur le bord encollé du papier et fignole sa cigarette en enlevant des petits morceaux de tabac qui tombent sur la table. Maman regarde la voisine pendant que Ménie Grégoire reprend son émission. Il fait jaillir la flamme de son briquet Zippo à essence. Le papier brûle et je m'approche de lui pour respirer la fumée de sa première taffe. Il pose son bol dans l'évier, prend quelques gros carrés de chocolat noir à cuir Cémoi et sort de la maison sans un mot. Il m'a promis de m'emmener faire les livraisons avec lui. Un jour.
J'ai construit son camion en Légo. La cabine, la remorque et j'ai même trouvé un moyen pour faire une deuxiéme remorque avec le nom de l'entreprise et une échelle. Je roule vite sur le carrelage de la cuisine et le tapis de la salle à manger. Les remorques chavirent et explosent incendiant, l'école, l'église et la maison de la voisine avec ses enfants et son mari fonctionnaire dedans.
17:54 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 07 juin 2009
Depuis le balcon.
(Quotidien Juin) Mon café refroidit sur la petite table ronde. J'ai bien fait de descendre la chaise de jardin de la térasse, même si elle est un peu grande pour le balcon. Il fait chaud. Le vent fait bouger le lierre, le papyrus, les volubilis, les géraniums, les fleurs du bougainvillier et d'autres plantes dont je ne connais pas les noms. Décidément, tu as la main verte. Il y avait du monde ce matin au marché . Je n'ai pas aimé me promener dans les allées avec les sacs de plastique qui me coupaient les doigts. Nous aurions du l'acheter ce citronnier, même s'il était un peu chère. Tu en avais envie. J'ai bien aimé quand ma fille a table ce midi a dit que les plantes donnaient l'impression "d'exploser d'énergie" depuis quelques semaines. Tu as bien aimé tes cadeaux et notre fille t'a appelé. Elle n'oublie jamais. Quand elle est née le 14 Juin 1987, j'étais très fière et je disais à tout le monde.
- "C'est ma première fête des pères".
J'étais aussi fière d'avoir une fête en avance sur toi. C'était con.
Une voisine parle espagnol à son chat et pose une assiette de croquettes par terre. J'aime bien le bruit de ses mots, de l'assiette et des miaulements du chat. Il faudra que je téléphone à ma mère.
17:54 Ecrit par Marc dans Instants privilégiés, Quotidien | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
mardi, 26 mai 2009
Dur d'être un héros.

(Nouvelle Mai 2009) Je ferme la porte doucement en tenant le trousseau de clefs qui pend à la serrure. Le chien m'attend en haut de l'escalier puis, va vite te rejoindre dans le lit dès qu'il comprend que je ne vais pas le sortir. L'alcool et la fumée me brouillent la tête. J'ai faim. Dans le miroir de la salle de bain mon visage est gris comme mes cheveux et ma barbe. L'eau me débarrasse des parfums, de la fumée, de la sueur et de l'alcool.
Je déteste les karaokés, mais j'étais suffisamment ivre et triste pour danser et chanter les tubes des années 80. Olivier a fait une imitation de Travolta et des Bee Gees à hurler de rire et je suis monté sur la scène avec lui pour faire les "Village People". Je ne tenais plus debout mais la voix cassée, enrayée et enfumée de Capdevielle m'a soudain réveillée. C'est terrible comme les souvenirs peuvent disparaître et revenir vous fracasser la tête brutallement. J'ai chanté sans regarder les paroles qui défilaient sur l'écran derrière moi "40 à l'ombre et les rues sommeillent..." et j'ai fait un carton.
J'avale une tranche de jambon et bois du lait. Le chat pose les pattes avant sur la porte du placard et s'étire, la gueule ouverte et les yeux brillants d'envie. Debout devant la fenêtre je regarde la rue. Ma fille me manque. Nous communiquons par texto avec des "j t'm" et des mon "papounet" trop brefs et trop rares. Tout est allé tellement vite. Les lampadaires s'éteignent un par un, dans 6 ans nous serons propriétaire de cet appartement vide. Il est où ce 33 tours de Capdevielle "Planete X"? Perdu? Comme tant de choses au fil des années. Je l'avais acheté alors que nous nous connaissions depuis 1 mois. Les paroles tournent dans ma tête avec ces images de nous. Tu ne l'aimais pas beaucoup au début mais il est vite devenu notre disque.
Je ne vais pas déplier le canapé pour dormir. J'en ai marre de ces nuits "d'adolescent" solitaire. Je m'enroule dans une couverture et m'assoie face à la télé allumée sans le son. Je partirai tôt, dans 2 heurs pour ne pas te croiser , même si je sais que tu attendras que je sois parti pour te lever. Je dormirai dans la voiture à ma pause déjeuner. Tu sors avec tes copines du boulots ce soir,si je ne rentre pas trop tôt nous nous verrons que demain soir. C'est mieux comme ça. Olivier ne sera pas au boulot. Il va se prendre un avertissement. Il déconne. Nous avons parlé tous les deux assis sur les marches de la sortie de secours une bière à la main pendant que les plus jeunes attaquaient les années 90. Il a dégueulé et pleuré sa femme partie. Il commence à faire jour, la voisine ouvre ses volets. Je souris en voyant ses cheveux jaunes en bataille et son visage chiffonné.
C'est dur de ne pas faire de bilan de ces 20 années ensemble, de ne pas regarder en arrière, de ne pas pleurer, de ne pas boire et de te quitter en t'aimant encore.
Je sombre doucement avec Capdevielle dans la tête et tant pis si je dors.
14:41 Ecrit par Marc dans Nouvelle, texte bref | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 01 février 2009
Au fond.
(Quotidien Février) Il y avait longtemps. Je pensais en avoir fini. Je pose les pieds par terre et je sais que c'est là. C'est dans la douleur que j'ai derrière le crâne. C'est dans mon envie de continuer à dormir. C'est dans ma mauvaise humeur et mon agréssivité permanente qui inquiète et blesse mon entourage. C'est dans mon incapacité à écrire et à lire. C'est dans mon envie de pleurer sans raison. C'est dans mon absence d'énergie.
J'ai grâce au hasard des plannings 3 jours de repos. Je vais me laisser tomber du pont sans résister et je sais que cela en deviendra presque horriblement agréable. Quand j'aurai touché la vase je donnerai un coup de pied pour remonter. Je sais comment faire, j'ai l'habitude, depuis le temps que je vis avec. C'est écris partout dans mes carnets et dans ce blog et je n'ai pas envie d'en dire plus. Cela va passer. Il y a des vies bien plus difficiles que la mienne et des douleurs bien plus profondes.
10:52 Ecrit par Marc dans Famille, Quotidien | Commentaires (38) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
lundi, 26 janvier 2009
L'eau du bain.
(Mémoire 1974) La voisine dit que je suis fort. J'ai compris maintenant que cela veut dire que je suis gros. Elle devrait mieux regarder son gros cul dans sa blouse de nylon à fleurs ou ses seins énormes qu'elle pose sans arrêt sur le rebord de la fenêtre de sa cuisine. Elle ne sait pas que j'ai embrassé Irène sa fille dans le sous sol quand nous avons fait la boumm pour son anniversaire. Elle ne voulait pas me donner sa langue, je remuais la mienne sans arrêt dans sa bouche sans rien trouver. J'en avais mal aux mâchoires et aux lèvres. Nicolas dit que c'est une allumeuse. Je regarde mes fesses, mes bras, mon torse, mon dos, mes poils et mon sexe dans la glace de l'armoire à toilette. Je ne suis pas gros. Je me rase avec le blaireau de papa, du savon et un couteau de cuisine. Nous prenons nos bains le Dimanche avec ma soeur et nous succédons dans la même eau pour faire des économies. C'est toujours moi qui commence car je suis le plus petit. L'eau est très chaude et laisse des marques rouges sur ma peau et ramollie le bout des mes doigts. Je ne respire plus, le bain devient lisse et calme comme un lac. J'imagine sur mes genoux, mes épaules et ma tête des terres et des forêts peuplées de petits hommes que je noie brutalement. Je fais couler l'eau pour faire une cascade et bat des pieds comme un fou pour faire des montagnes de mousse. Je me branle frénétiquement plusieurs fois et regarde mon sperme sortir de moi en filaments blancs. Je remue l'eau avec la main et imagine les petites bêtes microscopiques filant comme des anguilles. Je m'endors repu et épuisé et me réveille brutalement quand papa tape à la porte.
-Il a encore fermé à clef! C'est pas vrai ça! C'est bientôt fini ce bain. Ne vide pas la baignoire.
J'ai posé mon tourne disque sur la machine à laver et j'écoute les Beatles ou St Preux. J'écoute les bruits de la maison au travers des murs et de la vapeur d'eau. Papa est retourné bricoler au sous-sol pendant que maman fini de préparer à manger. Elle ouvre la fenêtre de la cuisine pour parler avec la voisine. Je regarde les gouttes d'eau couler sur les oiseaux du papier peint que papa imite quand il se rase le dimanche matin. J'aime bien quand il fait le coucou ou le martin pécheur. Hier soir je me suis couché le premier pour fermer la porte de ma chambre à clef. Je ne veux plus dormir avec mon frère quand Nathalie sa copine est à la maison pour le week-end. Le matin elle le rejoint dans notre lit et je les entends s'embrasser et se tripoter. Elle a de beaux seins Nathalie. Je vais draguer Patricia à la prochaine boom, Nicolas m'a dit qu'elle embrassait bien et qu'elle se laissait toucher les seins et en plus elle adore les Beatles. Maman ferme la fenêtre de la cuisine, nous allons bientôt manger. J'entends le générique de "La séquence du spectateur" mais je n'ai pas envie de bouger. Je suis bizarre, tout cotonneux, je me suis encore trop branlé.
Ne surtout pas vider l'eau du bain a dit papa.
(Générique de la séquence du spectateur ;=)))
22:15 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
jeudi, 22 janvier 2009
Je suis les Poppys.
(Mémoire 1970) J'ai fermé les volets. J'ai allumé de petites bougies que j'ai disposé un peu partout dans ma chambre. Je me suis coiffé soigneusement. J'ai mis mon pantalon rouge et ma chemise à carreaux bleus. Je me suis parfumé avec la brillantine de papa.
Je pose le 45 tours sur mon tourne disque rouge et tir le bras vers l'arrière. Le saphir attérit délicatement dans le sillon. Le disque craque quelques secondes. Je tourne le volume au maximum. Je vais vite au milieu de ma chambre. Le regard froid et dur porté loin vers l'horizon, debout face à la glace, j'attends.
Dooooooong.
Poummmm pou pou. Poummmmm pou pou. Poummmmm ……….
Dooooooong.
Pour tout les enfants de part le monde entier.
Dont les pays sont en guerre plus souvent qu'en paix
Je déclare la trêve pour quelques instants.
Ma voix est grave et puissante. Je suis ému.
En quaaaalité de préééésident des moins de vingt ans.
Même si mon état n'a qu'un ambassadeur qui s'appelle l'amoour que j'ai dans le cœur.
Le play back est parfait. Je l'ai fait des milliards de fois.
Et même si mon sceptre n'est qu'un petit hochet respectez le car maintenant c'est…….
Noëëëëëël Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Joyeeeeuuux Nooëëlllll
Je ferme les yeux. Je lève les bras en tenant fermemant mon sceptre imaginaire et dérisoir.
Je suis les Poppys.
Pour tous les papas et toutes les mamans.
Pour tout les généraux et tout les présidents.
Pour Jimmy Hendrix qui ne voulait pas voir.
Pour les blancs les rouges les jaunes ou bien les noirs .
Pour l'ouest ou le sud ou l'est ou bien le nord.
Pour tous les vivants qui distribuent la mort.
Je demande une trêve pour que ce passe en paix cette conférence au sommmmmeeeeeeet……
Noëëëëëël, Nooooooëllll, Nooooooëllll, Nooooooëlll, Nooooooëllll,
Joyeeeeuuux Nooëëlllll oooouuuuuhhhhhhhhh
Il y a même des fois où j'arrive à pleurer, quand le public applaudie et crie sa haine contre la guerre du Vietnam. Mais le plus souvent c'est ma mère qui rentrant du boulot plus tôt que prévu, ouvre brutalement la porte de ma chambre.
-C'est quoi ce bordel…… Tu vas arrêter ça….. C'est pas vrai……et les voisins tu y penses, mais tu vas foutre le feu à la baraque… Mais qui m'a fait ce gamin de merde!!!!.
11:13 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
lundi, 19 janvier 2009
Les autres.
(Nouvelle Mai 2008) Je l'écoute coucher la petite. Elle chante toujours la même petite chanson que j'adore. Elle me rejoint dans le lit et se couche sur le coté en me tournant le dos. Je me tourne vers elle et pose ma main sur sa hanche. Elle dort déjà, ou fait semblant. J'ai envie de la toucher, de la sentir. Je compte les jours, les semaines, les mois sans rien. Elle me manque. Dans la journée elle m'évite, trouvant toujours un prétexte pour s'éloigner. Je me demande comment font les autres hommes. Moi, j'ai pleuré assis sur le bord de la baignoire. J'étais simplement anéanti. Et si nous déménagions? Je pourrai vendre des adoucisseurs d'eau à Cherbourg ou Bordeaux ou prendre la responsabilité d'une agence pourvu que ce soit loin d'ici. Non. Impossible. Elle a eu trop de mal à retrouver un travail après son congé maternité et elle serai capable de me dire de partir seul. Il y a peu de temps elle donnait un prétexte, la fatigue, les enfants, le travail. Ce n'est plus nécessaire maintenant. Il me semble l'avoir croisé un soir où j'allais la chercher au boulot. C'est fou comme il est différent de moi. Plus grand, presque maigre et plus jeune aussi. J'enlève ma main de sa hanche et me tourne sur le coté du lit. Je pense à mes parents dans leur chambre la nuit. J'épiais les bruits qu'ils faisaient. Parfois mon père se levait brusquement pour aller aux toilettes fumer ses gauloises, d'autres fois je l'entendais se lever doucement pour fermer la porte de leur chambre puis se recoucher auprès de ma mère. J'écoutais les bruits du lit. Le lendemain matin je me précipitais dans leur lit pour me faufiler entre eux deux et dormir encore un peu avant l'école. Je me demande comment ils ont fait, eux, pour tenir si longtemps. Je n'ai pas envie de vivre comme eux. Une voiture s'arrête au feu rouge, le moteur tourne au ralenti. Peut être qu'elle aussi a pleuré quand elle a compris mes infidélités? nous n'en avons jamais parlé. Si Nicolas mon collègue de travail cet imbécile n'avait pas parlé, elle n'aurai jamais rien su et nous serrions encore heureux. Comme avant. Je ne vais pas dormir. Le réfrigérateur fait toujours le même bruit continu et rassurant. Le temps va certainement agir en ma faveur. Elle va se lasser de lui, le quitter et revenir vers moi. Et puis, il y a la petite. C'est évident. C'est certain. Nous vivons sous le même toit déçus l'un de l'autre.
Les femmes sont intransigeantes et moi un imbécil.
09:22 Ecrit par Marc dans Lire,Ecrire,Chanter,Ecouter, Nouvelle, texte bref | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
vendredi, 16 janvier 2009
Jour de marché.
(Mémoire 2002) Ma fille pose sa main sur mon épaule pour me réveiller. Ma femme dort. Le chat est blotti dans son dos. Je me réveille doucement assis sur les toilettes. Je me suis encore couché beaucoup trop tard. Je descends à la cuisine. Le chien me suit et va attendre à la porte. Je bois un café debout face à la fenêtre. Il fait encore nuit, le brouillard filtre la lumière des réverbères. J'ouvre la porte au chien. Il disparaît dans la cour.
-Tu ne déjeunes pas ?
-Non, je mangerai des croissants sur le marché, on y va Papa.
Je fais rentrer le chien et nous marchons vers le parking. Le village est silencieux. Ma fille stoppe sa marche le temps d'allumer une cigarette. Le volant de la voiture est glacé. Je démarre. La route est étroite et le brouillard de plus en plus dense. J'ouvre ma vitre pour laisser partir la fumée. Nous longeons l'aéroport. Les phares d'un avion atterrissent en douceur et sans bruit. La route suit les étangs invisibles dans la nuit matinale. Nous arrivons sur le marché. La place est presque vide. Elle pose un baiser froid sur ma joue avant de sortir de la voiture pour rejoindre ses collègues qui l'appellent. Je la regarde. Je n'ai pas envie de rentrer.
Je gare la voiture. Je marche dans le sable un peu humide. Le brouillard a disparu. La mer est une étendue sombre, seule la lumière d'un bateau tremble au loin. J'enlève mes chaussures, retrousse mon pantalon et marche dans l'eau. Les cailloux minuscules roulent sous mes pieds. J'ai froid. Le vent est à peine perceptible et la lumière change. Je suis calme et sans raison je pense à mon père mort il y a 4 ans. Il est temps de rentrer, je travaille dans une heure.
23:23 Ecrit par Marc dans Famille, Mémoire | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
lundi, 12 janvier 2009
La plus belle.
(Quotidien Janvier 2009) Je regarde la télé assis sur le canapé rouge. Je profite de la lumière et du soleil au travers des vitres de la porte fenêtre. Comme le chat dans son panier, je suis bien. L'image de la télé est à peine visible mais je m'en moque. Elle s'assied et pose sa trousse de maquillage entre nous deux. Elle a pris le miroir du salon et le maintient entre ses genoux serrés puis courbe le dos et inspecte son visage. Elle prend une petite brosse de poils noirs et souples et caresse d'un geste rapide et tournant ses joues, son front et son cou. De minuscules grains de poudre volent dans la lumière autour d'elle. Elle prend un crayon noir et d'un geste précis trace un trait au ras de ses cils. Elle jette un regard vers la télé puis s'occupe de l'autre œil. Elle ouvre une petite boite noire et avec un petit pinceau pose de la couleur sur une paupière puis l'autre. Elle approche le miroir de son visage pour vérifier le résultat puis le replace entre ses genoux. Elle fouille dans sa trousse de maquillage et j'aime bien le bruit que font les flacons, boites, tubes et pinceaux. Elle prend un tube noir, se penche sur la glace et avec une petite brosse allonge ses cils. Elle prend sa brosse à cheveux et ses nombreux bracelets sonnent à chacun de ses mouvements. La voisine ouvre ses volets et nous rigolons en voyant son visage chiffonné par le sommeil et ses cheveux jaunes en broussaille. Elle appelle son chien, claque les volets de bois contre le mur, se penche par la fenêtre pour les fixer et regarde chez nous avant de refermer les fenêtres de sa chambre. Ma fille ferme sa trousse de maquillage, se lève du canapé fait un tour sur elle-même et va reposer le miroir sur le meuble. Elle en profite pour ajuster une mèche de cheveux rebelle, se parfum rapidement puis descend les escaliers en courant.
-Bon, j'vais au marché avec ma copine, à bientôt.
Le soleil a disparu derrière la maison d'en face et je regarde le chat en souriant.
10:06 Ecrit par Marc dans Famille, Quotidien | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
mardi, 06 janvier 2009
Le pont.
(Mémoire 1969) Je tenais papa par le cou en remuant les jambes comme une grenouille, il avançait doucement me demandant de ne pas l'étrangler puis il a nagé à quelques mètres derrière moi avec des mots d'encouragement et après plusieurs étés je traversais seul la rivière. Il fallait faire attention au courant, ne pas aller droit vers l'autre rive mais de travers contre le courant. Maman marchait au fond de l'eau en faisant les mouvements de la brasse avec ses bras pour me faire croire qu'elle savait nager. Je faisais des sous l'eau et me cachais dans les herbes hautes pour lui faire peur. Une grosse dame faisait souvent la planche. Elle passait sous le pont et devant nous. Nous la regardions flotter au milieu de la rivière, sans un mouvement emportée avec le courant. Je voyais juste son visage, son ventre, ses orteils et deux seins énorme qui dépassaient de la surface de l'eau. Maman disait qu'elle allait jusqu'à Reims comme ça, qu'elle gardait de l'air dans ses poumons pour flotter et faisait gouvernail avec ses mains et en pétant. Mon frère plus âgé que moi escaladait les grilles du pont et les poutres métalliques brûlantes pour plonger. Maman racontait que petite elle avait vu le pont détruit par les allemands et qu'elle devait le traverser chaque jour en équilibre sur une planche étroite pour aller chercher du lait au village voisin. J'ai sauté une fois du pont. Papa m'attendait en bas. Je voyais ses jambes et ses bras remuer dans l'eau pour lutter contre le courant. Le pont tremblait quand une voiture ou un camion passait. J'ai eu le souffle coupé au moment de faire le pas et l'eau était dure et froide sous mes pieds. Je devais vite remuer les jambes pour éviter d'aller m'embrocher sur les vieilles poutres plantées dans la vase. Nous mangions sur la couverture rouge à carreaux les corps tremblant et ruisselant, des chips Vico, des salades de riz et les fruits de la grand-mère. Je faisais des petits bassins avec des cailloux pour capturer des alevins que je ramenais à la maison pour les voir grandir, mais ils crevaient tous. Je cherchais des cailloux plats pour faire des ricochets. Ma sœur écoutait des 45 tours de Sylvie Vartan ou Françoise Hardy sur son mange disque à piles. Papa péchait de petites ablettes brillantes en buvant du café à la chicorée. Maman regardait filer l'eau en souriant. Nous partions tous les cinq dans l'Ariane bleue après le travail de papa et maman. Nous avions la petite plage d'herbe grillée et de cailloux blancs rien que pour nous ou presque. C'était l'été au pont de Thugny-Trugny sur les bords de l'Aisne.
23:04 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
