dimanche, 20 juillet 2008
Franck.
Je me réveille fatigué. Je bois mon café debout devant la fenêtre. Il neige. Il va falloir gratter le pare brise, essayer de démarrer et attendre que la voiture chauffe. Je vais être en retard. Je m'en fous. La pointeuse est morte depuis que Franck l'a explosé d'un coup de pied un jour de colère. Les fenêtres des cuisines sont toutes allumées dans l'immeuble en face. Je me dis qu'il y a des gars pas réveillé et fatigué comme moi qui boivent leur café en regardant tomber la neige. Je ne la voyais pas comme ça ma vie. J'habite un F1 au premier étage, quartier Croix rouge à Reims. C'est beaucoup mieux que ma chambre du foyer de jeunes travailleurs au centre ville. Elle dort encore. Je la connais depuis 2 mois. Je l'ai rencontré à "L'Atalante", un cinéma Art et essai où je vais souvent grâce à ma fausse carte d'étudiant. Une fille qui aime les films de Russ Meyer et des Marx Brothers, je ne pouvais pas la laisser filer. Nous avons parlé, rigolé, bu des bières, fumé et passé de nombreuses nuits ensemble. Elle est vaguement étudiante en littérature, option cinéma. J'aime bien ses vêtements mauves toujours trop grands, ses écharpes à poches, ses sacs immenses et son envie de vivre au jour le jour. Elle a débarqué chez moi un matin il y a deux semaines sans prévenir avec son sac et un chat noir. Je lui ai dis rentre. Elle a acheté une grande tenture mauve style indien avec des franges. Elle est accrochée au dessus du lit. Je vis avec elle pour le sexe mais aussi parce que ma vie est plus belle depuis que je la connais. Franck s'est marré quand il l'a rencontré. Il m'a demandé quand j'allais me marier. Je n'ai pas trouvé ça drôle. Les lumières des cuisines s'éteignent les une après les autres. Je termine mon café et pars.
Je récupère Franck sur le parking d'Euromarché. Il est frigorifié dans sa doudoune rouge. Il s'assoit avec difficulté à cause de son poids sur le siège passager de la Diane. Il ne dit pas un mot, il est de mauvaise humeur. Le chauffage fait un bruit infernal. Il allume une clope, croise les bras et appuie sa tête contre la vitre de la porte en fermant les yeux. J'ai rencontré Franck sur la place d'Erlon de Reims. Il faisait un sondage pour une marque de Yaourt. J'ai de suite aimé son regard rieur, ses cheveux sales et trop long. Nous avons parlé et rapidement sympathisé. J'ai eu l'impression de le connaître depuis toujours. Les rues sont couvertes de neige et les bus roulent doucement. Les décorations de Noël sont ridicules. Je freine brutalement à cause d'une connasse sur un passage clouté. Les cannettes de bière sur le planché de la voiture roulent et s'entrechoque. Franck se baisse pour en prendre une. Il l'ouvre, boit au goulot et rote bruyamment. Nous travaillons dans un élevage de poulet à la sortis de Reims vers Cernay, Franck l'appelle "l'usine à poulet". C'est un boulot de chien payé une misère. Le plus dur c'est l'odeur des fientes, le bruit des 2000 poulets et la poussière permanente qui nous brûle les yeux. Nous nettoyons le sol et changeons les mangeoires. Il faut aussi trier les poulets morts, malades ou abîmés. Ils sont tellement nombreux que certains ont des pattes cassés, des plumes arrachées ou des yeux crevés. C'est vraiment "l'usine à poulet". Tous les 4 mois nous travaillons de nuit de 22 heures à 6 heures du matin. Il faut attraper les poulets, les entasser par 10 dans des caisses en plastiques de couleur et les charger dans le camion pour leur dernier voyage. Les derniers sont toujours les plus difficiles à attraper. Il faut les regrouper et les faire passer dans un couloir fait de balles de pailles. Franck appelle ça "le couloir de la mort". Il y a toujours un gars qui trouve drôle de jouer au foot avec le corps d'un poulet mort ou blessé ou de nous l'envoyer à la figure. Ils sont vraiment cons. Au matin nous avons, les bras, le visage et les mains en sang et nous sommes tous épuisés et ivres. Nous arrivons au pond de Cernay à la sortie de Reims la neige est de plus en plus dense. Franck sort une cassette de son blouson et la pousse dans le lecteur. "Burn" de Deep Purple hurle dans l'habitacle de la voiture. Je tape sur le volant. Franck reprend les paroles et mime un solo de guitare en remuant la tête comme un fou. Il répare depuis des mois dans le garage de ses parents un "Pick up" qu'il a acheté dans une casse. Il veut partir dés cet été quand il aura un peu plus d'argent. Je pense qu'il le fera. Il me dit qu'il écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, mais je n'ai jamais rien lu. Il aime les écrivains américains John Fante, Bukowski, Hemingway, Kerouac. Il m'a demandé de l'appeler "Hank" mais je ne l'ai jamais fait. Il veut être un "écrivain alcoolique". Il a déjà bien commencé. J'ai souvent l'impression que nos vies sont tracées à l'avance sauf pour lui. Je l'envie pour ça.
Demain c'est samedi nous allons dans ma famille pour manger le midi. Les parents seront contents de me voir accompagné. Papa me donnera un peu d'argent pour le loyer en me disant "ne dit rien à ta mère" et maman me donnera des légumes sales du jardin, du pâté et le boudin blanc de la tante. Nous partirons le soir après Dallas. Je les aime bien mes parents et je n'ai pas envie de les décevoir. Le jour se lève au moment où nous arrivons devant "l'usine à poulet". Le patron nous attend en tapant des pieds dans la neige. Il va construire un nouvel hangar et m'a proposé de m'embaucher définitivement. J'ai accepté. Je ne l'ai pas encore dit à Franck. Je stoppe la voiture et arrête la cassette Franck continue de chanter quand la patron frappe sur le pare brise.
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mardi, 15 juillet 2008
Chris Offutt

(Quotidient Juillet 2008) Ce sont deux livres que je prends régulièrement à la bibliothèque. Il va falloir que je me décide à les acheter un jour ceux là aussi. Ils me suivent partout en ce moment, au café, au travail à la plage. Des nouvelles encore des nouvelles. Ce ne sont pas des perdants mais des hommes dans leur vie, avec le Kentucky dans la peau. Un boxeur, un camionneur, des fossoyeurs prisonniers, un vagabond, des mineurs, des sorciers tous des hommes. Il n'y a pas d'analyse, pas d'introspection juste les réactions des gens face aux événements qu'ils vivent. C'est tout ce que j'aime lire et il ni a rien à dire de plus.
"Sortis des bois" et "Kentucky straight" de Chris Offutt traduit de l'américain par Philippe Garnier ( le traducteur de Bukowski, Fante, Crumley ...) édition Gallimard
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dimanche, 13 juillet 2008
Rue de la Paix.
( Mémoire 1993 déjà publié il y a un an ) Je rejoins ma femme et les filles dans la rue, j'ai bien fait de prendre les vélos, elles jouent avec leurs cousins à se poursuivre en riant et criant. La voisine est derrière ses rideaux blancs à nous observer comme toujours. Je m'approche de ma femme et nous décidons de marcher un peu. C'est un dimanche en famille où les heures coulent au ralenti après le repas un peu trop long. Ma sœur a commencé une partie de scrabble avec la femme de mon frère et cela va durer jusqu'au moment de partir. Mon frère s'est endormi dans le vieux canapé du salon les bras croisés sur les yeux. Mon beau frère regarde le tour de France avec papa et commente l'étape du jour et les exploits du maillot jaune l'Espagnol Indurain. Le repas était bon mais sensiblement le même qu'il y a 15 jours, et toujours trop copieux et gras. Ce n'est pas grave nous aurons des restes à emporter pour ce soir avec les poireaux, les pommes de terres et les salades du jardin que maman est en train de ramasser et de laver pour nous. Nous marchons l'un à coté de l'autre sans un mot et déscendons doucement la rue où j'ai grandi et joué tant de fois. Nous longeons le trottoir où nous construisions des tentes faites de vielles couvertures accrochées au grillage avec des pinces à linge. Le macadam noir me fait penser aux jeux que nous déssinions à la craie blanche en nous abîmant la peau des doigts. Le grand rond découpé en fromage pour jouer à "je déclare la guerre". Le petit rond pour le jeu "du béret". Le grand rectangle de la prison des voleurs pour "les gendarmes et le voleurs" et surtout les 8 cases de la terre au ciel de "la marelle". Arrivés au bas de la rue nous sommes face à une grande maison faite de petites briques rouges aux nombreux toits pentus et fenêtres à petits carreaux. Un "château" pour nous seuls, entouré de son parc où nous allions jouer en cachette en passant dans un trou du grillage. Nous faisons déjà demi tour, elle est bien courte maintenant ma rue. Je regarde les enfants jouer et me demande ce qu'elles sont devenues les copines de la rue de la Paix.
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dimanche, 06 juillet 2008
Les crapules.
(Texte bref ) Je suis dans le lit et fais semblant de dormir. Il m'a baisée, léchée et caressée une bonne partie de la nuit. Il va rentrer chez lui maintenant. Il laissera son numéro de téléphone sur la table ou le miroir de la salle de bain comme je le lui ai demandé. Je l'appellerai dans la journée c'est évident à moins qu'il ne m'appelle avant. Nous avons passé une bonne soirée. Nous avons bien parlé, il est intelligent, drôle et c'est un bon amant. Il quitte la chambre et se prépare un café qu'il boit debout en regardant vaguement par la fenêtre de la cuisine. J'épie tous ses bruits. Il revient vers la chambre et regarde discrètement en poussant la porte. Le chat en profite pour renter et sauter sur le lit. Je n'ai pas envie de lui parler, ni qu'il me voit au réveil. Je ne bouge pas. Je dors. Il ferme la porte de l'appartement et j'entends quelques minutes plus tard sa voiture démarrer au bas de l'immeuble. Enfin seule. Je me détends, je baille, je m'étire. Je ne travaille pas ce matin. J'ai du temps. Je suis bien. Je les rencontre dans des bars, au restaurant ou dans la rue en faisant mes courses. J'adore séduire les hommes. Je ne compte plus les nuits passées dans les bras de ces diverses "crapules" comme j'aime les appeler. Des gars aux épaules larges, aux hanches étroites et quelques poils sur la poitrine. J'adore ces garçons, fiers, arrogants, jeunes et beaux. Ils voient en moi la femme d'âge un peu mure et d'expérience qui cherche l'aventure discrète et s'ennuie chez elle avec un mari vieillissant. Ils se trompent. Je ne m'ennuie pas. Je vis ce que j'ai envie de vivre et je n'ai pas de mari vieillissant, juste un chat.
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jeudi, 03 juillet 2008
Montpellier - Reims.
(Nouvelle) Ma mère referme l'œil droit de mon père. Il fait froid dans cette pièce. Je suis loin du corps. Je ne veux surtout pas voir son œil mort qui refuse de se fermer. Je me demande comme elle fait pour le toucher. Elle essaye encore, puis renonce. Elle me fait signe d'approcher. Je ne bouge pas.
Je lisais dans la chambre de ma fille en écoutant les voisines espagnoles parler dans la rue, quand le téléphone a sonné. J'ai décroché, ma sœur m'a tout expliqué. Je n'avais vu mon père que quatre ou cinq fois depuis mon départ de la maison il y a trente ans et il était mort brutalement d'une crise cardiaque hier. Je n'ai rien ressenti seulement de la peine pour ma mère. La dernière fois que j'avais vu mon père c'était l'année du bac de ma fille en 2002. Il était venu à Montpellier avec ma mère dans le camping-car. Ils sont restés quatre jours au lieu de quinze comme prévu. Pas un de plus. Cette dernière visite m'avait tellement déçus que j'avais décidé de ne plus chercher à le voir me privant aussi de ma mère toujours si soumise et obéissante. Je l'appelais au téléphone de temps en temps. Elle me parlait d'elle, de la maison, des voisins et de lui. Ton père a repeint le sous-sol, il a dessiné des paysages sur tous les murs, c'est vraiment joli. Ton père a construit un abri dans le jardin avec des planches et des tuiles récupérées. Ton père est malade mais le médecin a dit que cela ira mieux bientôt. Ton père est occupé à bricoler au sous sol il ne peut pas venir te parler.
Dés le lendemain soir j'ai pris la voiture et je suis parti pour Reims. Il fallait que j'aille le voir, c'était une nécessité, un besoin. Je suis parti malgré les inquiétudes de ma femme, et les réticences de ma mère. J'ai conduit toute la nuit de Montpellier à Reims. 900 kilomètres d'autoroute. Je n'arrêtais pas de penser à lui, des souvenirs, des images, des impressions oubliés qui surgissaient. Il adorait conduire la nuit lui aussi. Nous passions toutes nos vacances dans un camping de l'île de Noirmoutier. Il fallait partir à 10 heures du soir pour ne pas manquer le passage du Gois au matin. Nous roulions ainsi toute la nuit les têtes callées dans des oreillers à l'arrière de l'Ariane bleue. Je garde le souvenir des bruits et des odeurs de la route de nuit et de papa conduisant sa famille en vacances en fumant ses gauloises. J'ai commencé à fatiguer après Lyon. Je me suis arrêté dans une station pour boire un café. Il annonçait à la télé la mort de Henri Salvador. Je me suis mis à fredonner et à rire debout devant la télé comme un idiot. Papa imitait Salvador dans "Ruanita banana" pour me faire rire. Papa avait un rire extraordinaire. Les soirs d'été quand nous jouions dans la rue tard nous l'entendions depuis la cuisine où il regardait avec ma mère les films des Fernandel ou de Louis de Funès. Il a commencé à neiger vers Dijon. J'ai pensé arrêter et dormir mais j'ai préféré continuer. J'étais bien dans ma voiture avec mes pensées. C'est en prenant de l'essence que je me suis souvenu qu'il m'avait emmené dans son camion citerne faire sa tournée de livreur de fuel. C'était en février. Il neigait comme maintenant. C'est alors que j'approchais de la montagne de Reims que j'ai compris que j'avais construit ma vie en opposition à la sienne. Il représentait l'homme, le père et le mari que je ne voulais pas être et j'avais terriblement réussis.
Je suis parti de la maison à 18 ans juste après mon bac contre l'avis de maman de ma sœur et de mon frère qui ne vivaient plus à la maison depuis plusieurs années. Je ne supportais plus, les disputes, les violences, les mensonges et les non dits de cette famille. J'ai trouvé du travail à Paris où j'ai rencontré ma femme et les filles sont nées beaucoup plus tard. J'ai mis longtemps avant d'accepter d'avoir des enfants et de me marier de peur de reproduire le couple de mes parents. Nous nous sommes retrouvé à Montpellier par suite des déplacements professionnels. J'ai aimé la ville, la région la lumière et je me suis dit que nous pourrions être bien là, au bord de la mer et nous avons acheté la maison. Je ne pouvais plus conduire, j'avais mal dans le cou et les yeux me piquaient. Je me suis arrêté sur une aire de l'autoroute. J'ai regardé la neige tomber doucement sur la voiture et les champs. J'avais mis sans m'en rendre compte le plus de distance possible entre mon père et moi et maintenant qu'il était mort je ne voyais plus que le manque que nous avions construit l'un et l'autre. J'ai croisé mes bras sur le volant et je me suis endormis. Comment est-il possible de se tromper autant sur soi et les personnes qui nous aiment?
Je suis arrivé trois heures plus tard. C'était pour la première fois la maison de ma mère et non la mienne. Je n'avais pas vu ma mère depuis trois ans. Elle a été surprise de voir à quel point je ressemblais à papa. J'ai visité la maison, le sous-sol, la salle à manger, le jardin, tout était identique et en même temps très différent, plus petit, moins beau et sale souvent. Dans ma chambre mes affaires d'école et mes livres étaient restés tels que je les avais laissé. J'ai feuilleté mes cahiers, des revues de cinéma, des livres d'école. J'ai retrouvé le livre de Roger Ikor "le tourniquet des innocents" avec des phrases soulignées et des annotations dans la marge. Je l'ai vite mis dans ma valise. J'ai redécouvert l'affiche du film de Zulawski "L'important c'est d'aimer". C'était incroyable de redécouvrir cette image et cette phrase accrochée au dessus de mon lit comme un message. Nous avons mangé en silence. J'ai demandé comment cela s'était passé. Mon frère a pleuré. C'était la première fois que je le voyais pleurer. J'ai fait la vaisselle avec maman, j'avais envie de la prendre dans mes bras mais je n'ai pas osé. La voisine était derrière ses rideaux à regarder discrètement vers la maison. Ma femme et mes enfants me manquaient. Je me suis rendu compte que je ne leur avais presque pas parlé de mon enfance, de cette maison ni de ce qu'il m'était arrivé là. Il y avait toujours le grand cadre sous verre avec les photos de famille, certaines étaient à peine visibles recouvertes par d'autres plus récentes. J'ai parlé un peu avec ma sœur. Elle m'a dit que depuis quelques années les parents s'entendaient mieux. Ils sortaient le dimanche dans les bals de village et partaient en voyage de temps en temps. C'est vrai que j'avais reçu des cartes postales de Venise et du Maroc. C'est même papa qui les avait écrites signant "tes parents qui t'aiment" Elle m'a dit aussi que plusieurs fois ils avaient pensé venir me voir mais comme je les appelais rarement ils ne voulaient pas me déranger. Il était évident que papa avait changé mais je n'étais pas là pour le voir.
Maman me demande encore d'approcher du corps. Je me décide à faire quelques pas. Il fait froid dans cette pièce encore plus que dehors. Elle caresse son front et remet en place quelques mèches de cheveux blancs. Elle touche sa cravate et pose une main sur ses mains croisées sur sa poitrine immobile. Elle pleure doucement et essuie les larmes qui coulent sur sa joue. J'ai une peine immense et ces dernières heures depuis Montpellier pèsent des tonnes sur mes épaules. Je suis fatigué, je me sens coupable. J'aimerai tant que ma femme et mes enfants soient là avec moi. Je ne comprends plus pourquoi je n'ai pas voulu qu'elles viennent avec moi. Je m'approche du corps et me penche pour le regarder. Il est beaucoup trop maquillé, c'est ridicule. Je ferme les yeux. Ce n'est pas lui qui est là. Je ne sais plus qui est mon père ni que penser de lui.
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jeudi, 26 juin 2008
Prés de toi.
11:23 Publié dans nouvelle, texte bref | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
vendredi, 20 juin 2008
Demi-pensionnaire
(Quotidien 16 Juin 2008) La file d'attente est longue et bruyante. Des garçons et des filles piétinent à l'entrée du réfectoire pour la tranche de pain et la barre de pâte de fruit de quatre heures. Le pain sera trop épais et dur. Je le jetterai aux moineaux et je mangerai la pâte de fruit en vitesse avant que les copains ne me la vole ou cherche à l'échanger contre 2 ou 3 agates. Je cours pour ne pas manquer l'entrer de l'étude. Les billes cognent contre mes cuisses et je suis obligé de tenir mes poches pour ne pas les perdre.
J'ai ce souvenir là du collège "Robert de Sorbon". J'étais demi pensionnaire, je restais le soir à l'étude et rentrais avec le vélo de mon frère qui avait une mobylette. C'était un vélo avec un guidon rond, comme celui des coureurs du tour de France de l'époque. Papa l'avait réparé et repeint pendant l'été en le suspendant aux fils à linge du sous-sol.
Mes filles allaient au collège en vélo. Je ne sais même plus comment étaient leurs vélos, ni ce qu'ils sont devenus. Ils ont du disparaître avec les déménagements successifs. Ma fille n'est plus au collège mais au lycée. Elle a terminé sa seconde et passe en Première S. Elle va au lycée en bus le matin et rendre le soir juste après ses cours. Elle a sa carte pour le bus et pour ses repas. Elle mange à son lycée et de temps en temps au Mcdonald's du Carrefour ou dans la petite boulangerie juste derrière le lycée avec les tickets restaurant de mon entreprise. Sa sœur est acceptée pour sa Troisième année aux beaux arts et c'est demain son anniversaire. Elle a fait la fête toute la nuit avec les copains des Beaux Arts. Elle a des cernes sous les yeux et elle est fatiguée. Je regarde son copain, il s'approche d'elle et lui caresse la main.
Nous buvons un café en plein centre ville de Montpellier. Nous sommes venus acheter des livres chez Gibert pour que ma fille travaille les maths, la physique et les sciences cet été. C'est elle qui me l'a demandé, elle veut être prête pour la rentrée. C'est sérieux, Il y a le bac au bout de ces prochaines années de lycée. C'est un bon moment avec mes enfants.
Je pense au petit garçon qui courait avec ses billes dans les poches. J'y pense à cause de mes filles mais aussi à cause du livre que je viens de terminer où JC Mourlevat dans des textes courts parle de ses années d'internat dans les années soixantes avec beaucoup de talent. C'est un livre que j'ai beaucoup aimé et qui a réveillé en moi beaucoup de souvenirs.
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samedi, 14 juin 2008
Gros lard.
(Mémoire 1969) J'étais un enfant rond. Les joues, les bras, les jambes tout en moi étaient rond. Les mères du quartier, les tantes, la grand mère disaient que j'étais fort quand elles parlaient de moi avec maman. Je pensais que cela voulait dire costaud ou musclé et je trouvais cela bien. Un jour que je jouais avec les filles de mon quartier à la corde à sauter. La mère de l'une de mes copines me voyant peiner et souffler m'a appelé "gros lard". Elles se sont toutes mises à rire. J'ai arrêté mon jeu et je suis allé pleurer chez moi au sous-sol. J'avais 10 ans. Je n'étais donc pas costaud ou musclé mais gros.
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mardi, 10 juin 2008
Poussière Editions
01:22 Publié dans Lire,Ecrire,Chanter,Ecouter | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
samedi, 31 mai 2008
Papa va rentrer.
C'est moi qui ouvre au docteur Le borgne. Je le conduis dans la chambre. Il pose son gros cartable en cuir sur le plancher et s'assied sur le bord du lit. Il sort ses instruments. Il écoute la respiration de maman avec un stéthoscope collé sur son dos pendant qu'elle tousse et respire fort. Il lui demande sa température puis il prend sa tension. Il réfléchit un peu en regardant le crucifix au dessus du lit puis me demande de venir avec lui dans la salle à manger. J'imagine le pire. Il s'installe sur la table, sort un beau stylo plume et écrit l'ordonnance. Je le regarde faire. J'attends sans rien dire.
-"Ta maman à la grippe, il faut juste qu'elle dorme, un ou deux jours et tout ira mieux. Il faut aller chercher les médicaments. Ton papa va rentrer?"
-"Non, je ne sais pas. Il est routier et des fois il ne rentre pas le soir."
-"Ah c'est dommage, il y une voisine peut-être?"
-"Non personne, moi je peux aller chercher les médicaments à la pharmacie, j'ai mon vélo."
-"C'est bien, va vite les chercher avec l'ordonnance."
Je suis en sueur quand je reviens de la pharmacie malgré le froid et le vent. Maman ouvre les yeux et me sourit. Je pose les médicaments sur la table de nuit au pied de la vierge en plâtre qui brille sous la faible lumière retenue par les volets. Elle s'assied difficilement dans le lit et je l'aide à placer ses oreillers. Je lui donne la bouteille de sirop. Elle boit une petite gorgé et tousse violement, puis elle s'endort épuisée. Elle est vieille comme la grand-mère. Je reste quelques minutes à ses cotés. Je décide de faire le ménage, elle sera contente de moi. Je commence par les poussières avec le chiffon et le balai O-Cédar. Je balaye en faisant attention de ne pas cogner le balai. Je brosse le tapis de la salle à manger et les descentes de lit. Je fais la vaisselle du petit déjeuner et d'hier soir. Je n'allume pas la télé ni la radio et je n'écoute pas de disque. La voisine vient toquer à la porte pour prendre des nouvelles. Je ne réponds pas. J'ai chaud, je suis en sueur, j'ai mal à la tête et j'ai envie de vomir.
Il y a quelque chose d'étrange dans la maison, des odeurs, un silence. Je m'approche de sa chambre puis de son lit sans faire de bruit. Je pose ma main sur son front. Elle est bouillante. Les draps sont trempés. Elle tremble et claque des dents. Je lui parle mais elle ne répond pas. Elle respire mal. J'ai très peur et me dis que le docteur Le Borgne s'est trompé. C'est beaucoup plus grave qu'une grippe. Je vais chercher le Larousse médical dans l'armoire. Je fais comme papa et maman quand c'est moi ou mon frère qui sommes malade. Je vais trouver sa maladie et la soigner. Je cherche les mots fièvre, sueur, température, infection. Je trouve les photos de maladies inconnues. Maman a tous les symptômes et toutes les maladies et pour moi elle va mourir. J'ai les jambes en coton et la tête qui tourne. Je retourne dans la chambre. Je me couche à coté d'elle. Les ressorts du lit grincent sans la réveiller. Je suis malade moi aussi et comme elle je vais mourir. Je me glisse dans les draps humides. Je lui prends la main et la pose sur ma poitrine en la serrant fort. C'est ma maman et je ne veux pas qu'elle meure. Je vais la protéger en restant près d'elle. Je regarde notre reflet dans le miroir de l'armoire. Je suis bien avec elle. Papa va renter ce soir ou demain et nous trouvera, à moins que la voisine ne revienne et n'appelle les pompiers pour casser la porte et nous sauver. Bientôt... j'en suis certain.
00:25 Publié dans nouvelle, texte bref | Lien permanent | Commentaires (32) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog









