vendredi, 13 juin 2008

Amnésie passagère.

(Déjà publié en Mars 2007) Je roule sur moi-même pour sortir du lit c'est la seule manière pour ne pas avoir mal. Il est quatre heures du matin et j'ai froid. Je vais aux toilettes en marchant lentement, j'ai une drôle de sensation et une envie terrible de vomir. Je m'assois sur le siège des toilettes et c'est là que je l'entends pour la première fois. Un léger tic tic, je me penche pour chercher d'où vient ce bruit, je ne trouve rien. Je me lève et regarde sous le lavabo toujours rien. Cela résonne de plus en plus fort dans ma tête. Je me redresse et là, devant la glace, je vois la ligne droite d'un pansement blanc qui divise ma cage thoracique en deux. Je ne comprends pas, C'est quoi ce truc? Mais que se passe t-il? Et ce bruit qui continue! C'est quoi ce bordel? Je continue de chercher. C'est dingue. J'ai l'impression d'être totalement fou. Je retourne vers mon lit et je comprends. Je suis dans un hôpital et je ne comprends pas pourquoi. 

Je prends le téléphone posé sur la table de nuit et j'appelle ma femme. Je lui demande ce que je fais là et ce que j'ai sur la poitrine et ce drôle de bruit c'est quoi? Elle me parle doucement et m'explique calmement. Elle me demande de raccrocher et de me coucher m'expliquant que tout ira mieux demain. Elle sera là. Je raccroche et au lieu de me coucher je sors de ma chambre. Je marche dans le couloir au hasard totalement perdu et de nouveau inquiet.

Les infirmières prévenues par ma femme, m'ont retrouvé quelques minutes plus tard errant dans les couloirs. Elles m'ont raccompagné dans ma chambre, elles se sont penchées sur moi pour me calmer et m'expliquer l'opération et la valve mécanique implantée dans mon cœur et son bruit de réveil permanent tout à fait normal et supportable. Je me suis calmé et endormi et le lendemain j'avais retrouvé ma mémoire. 

C'est une chose qui peut arriver après une opération lourde. Une amnésie passagère dûe aux médicaments et au choc opératoire.

lundi, 10 décembre 2007

INR.

(Quotidien Décembre 2006-Souffle au coeur) Visite chez le médecin pour mon cœur. L'INR est trop haut et je risque une hémorragie. Je m'en doutais car au laboratoire mon sang était  liquide comme de l'eau et d'un rouge pas assez sombre quand il a coulé dans le tube. Il m'ausculte rapidement et méthodiquement, ses mains sont froides et poilues, il va vite. La tension est bonne. Il écoute la valve. Je demande comment elle va. Elle va bien. Je pose toujours cette question, comme si je parlais d'une chose vivante à l'intérieur de moi. Je suis épuisé, j'ai un peu de fièvre et je tousse.  J'attends les vacances de Noël avec impatience. Il me propose un jour d'arrêt, ce n'est pas son habitude. Je dis oui de suite et je lui demande de le mettre en "enfant malade" pour ne pas perdre de salaire. Il tape l'ordonnance sur son ordinateur et elle sort immédiatement de l'imprimante. Je quitte le cabinet médical rassuré et je vais à la pharmacie pour acheter mes médicaments, mopral, préviscan, coversyl, j'en profite aussi pour prendre une pommade cicatrisante pour ma fille. Je rentre à la maison à pied et je marche doucement. Je regarde les gens dans leurs maisons assis autour de la table de la cuisine ou dans le salon devant la télé. Je pense à moi quand j'étais enfant avec mes parents dans la cuisine jaune.

mardi, 18 septembre 2007

J'ai bien fait de venir.

Un autre gars partage ma chambre depuis ce matin. C'est le troisième en 15 jours. Ils restent une nuit parfois deux et je ne les revois pas. Il est là pour un pontage. Il va régulièrement dans les chiottes pour fumer la dernière avant l'opération prévue demain. Les infirmières vont être furieuses quand elles vont sentir l'odeur de fumée dans la chambre. J'ai trouvé une position pour dormir et j'ai moins mal maintenant. Je peu me lever et marcher dans ma chambre ou le couloir. Je vais boire des cafés dans le hall d'entrée de temps en temps. J'ai montré les agrafes de la cicatrice sur mon torse à ma fille. Elle a juste regardé le début après cela lui faisait peur. J'ai crié quand l'infirmière a enlevé les drains. Ma femme et les filles viennent me voir souvent et cela me fait du bien de les voir et de rire avec elles. Je n'arrive pas à lire ni à écrire. Je regarde peu la télé. Je ne me soucis plus de l'argent et du  travail qu'il me faudra  trouver rapidement dés ma sortie. Je regarde beaucoup dehors par la fenêtre, tout me parait étrange et lointain. J'ai l'impression d'être dans une bulle en dehors du temps. Je dois m'occuper de moi de mon corps et de ma tête. J'ai beaucoup maigri je le vois bien à mes jambes, à mes bras et sur mon visage, c'est normal me dit l'infirmière "Vous faites de l'os". J'ai des appels de temps en temps de la famille. Ils s'inquiètent beaucoup. C'est difficile pour eux d'être loin. Les appels me font du bien, nous arrivons à rire et plaisanter de mes tracas quotidiens, de mon amnésie passagère après l'opération ou du bruit de la valve. Ma mère a pensé venir mais je ne veux pas, c'est inutile. Je préfère la savoir chez elle et lui parler le soir,  même si je dois répéter toujours les mêmes choses. Mon frère et le seul à ne pas m'appeler et cela me fait de la peine. J'ai reçu de ma belle-sœur un livre pour mon  anniversaire. Il n'y a qu'elle pour faire ça. Envoyer un cadeau à l'hôpital. Les aides soignantes étaient là pour me regarder le déballer. Il m'a fait du bien au cœur ce cadeau. Ce matin ma fille a traversé la ville en tram pour venir me voir. Elle voulait me dire quelque chose et ne l'a pas dit, mais j'ai deviné quand je l'ai prise dans mes bras. J'ai bien fait de venir.(Mémoire 0ctobre 2003)

vendredi, 07 septembre 2007

Alerte rouge.

Je suis assis sur mon lit et je me dis que demain à la même heure ce sera terminé. Ma femme regarde par la fenêtre de la chambre. Il pleut beaucoup. Elle est inquiète pour les enfants elle n'aime pas quand il pleut comme ça. Le chirurgien est venu me voir une dernière fois avant l'opération demain matin à 7 heures. Il a prit de temps de m'expliquer, le cœur, le sang, l'ouverture de la cage thoracique, les risques et surtout l'urgence de l'opération. Il a sorti de sa poche un petit objet rond. La valve mécanique.

–"Vous voyez c'est simple, des "petits clapets" qui s'ouvrent et se referment au passage du sang."

Oui c'est simple en effet. J'ai actionné les "petits clapets" pour voir. Il a attendu mes questions mais je n'avais plus de questions seulement des peurs. Les filles m'ont donné des photos d'elles. Elles les ont posé sur un petit tourniquet en bois qu'elles ont fabriqué. Il est posé sur ma table et je le fais tourner doucement.

–"Il faut que tu partes maintenant. Il fait déjà nuit". 

Nous nous embrassons tendrement et elle quitte la chambre. J'appuie sur une touche de la télécommande mais je n'ai pas envie de regarder la télé. Je prends un livre posé à coté de moi mais je n'arrive pas à lire. Je reste debout et regarde tomber la pluie de plus en plus violente. J'attends que les minutes passent jusqu'à demain matin. Une infirmière entre dans la chambre. Elle prend ma tension et me donne un médicament pour me détendre et pendant qu'elle me parle de l'alerte je somnole progressivement.

La porte de la chambre s'ouvre. Je sursaute. C'est ma femme. La ville est bloquée, des voitures partout, des gens à pied sous la pluie. Elle est trempée, elle a froid, elle ne pourra pas rentrer chez nous. Elle me rassure immédiatement, les enfants sont en sécurité chez des amis. Une infirmière lui propose immédiatement de dormir là. Elle nous apporte des repas et prépare le lit à coté du mien.

Des gens courent dans le couloir. La sirène de la voiture des pompiers passe dans la rue. L'infirmière de nuit ouvre la porte et nous demande si tous va bien. Un homme parle et crie dans la chambre voisine. Nous discutons,  nous nous caressons, nous rions un peu et nous nous endormons doucement tard dans cette étrange nuit avec une petite peur au ventre jusqu'au  lendemain matin 7 heures. (Mémoire le 22 Septembre 2003)

lundi, 28 mai 2007

Maxillo faciale

Je suis dans la salle d'attente des consultations du service de chirurgie Maxillo faciale de l'hôpital Lapeyronie de Montpellier. Nous sommes nombreux à attendre et à entendre malgré nous les cris d'un patient en train de se faire soigner. Je repense à moi il y a quelques semaines dans le même cabinet dentaire et sur le même siège en train de me faire extraire en urgence une molaire sous laquelle se trouvait un abcès douloureux. Un jeune homme  près de moi sursaute à chaque cri, il tient un sac de glace sur sa joue droite. Il me regarde de temps temps l'air inquiet. Des enfants courent autour de la table pleine de journaux trop vieux. Je suis venu à ce rendez-vous pour que le médecin contrôle la cicatrisation de ma gencive et la disparition totale de mon abcès. Elle doit aussi regarder mon panoramique dentaire et me dire si il y a d'autres dents à enlever. Je sais que cette surveillance permanente est vitale et j'ai de nombreuses questions à lui poser.( Quotidien Avril 2007 )

jeudi, 10 mai 2007

Rappel à l'ordre.

Une infection dentaire me fait mal depuis plusieurs jours. Il faut vite extraire cette molaire et soigner cet abcès pour empêcher les bactéries d'aller dans le sang et de détériorer ma valve aortique mécanique. Je suis en danger, il y a urgence et j'ai déjà perdu beaucoup trop de temps entre les rendez-vous chez le cardiologue, le médecin et le dentiste qui n'a pas pu extraire la dent. La molaire est enfin enlevée cet après midi à l'hôpital en urgence dans la douleur malgré les piqûres anesthésiantes dans la bouche et les antidouleurs. Je reviens de l'hôpital furieux du temps perdu, épuisé et anéanti par ce rappel à l'ordre très brutal que ma vie est liée à cette valve mécanique.

mardi, 27 mars 2007

Amnésie passagère.

Je roule sur moi-même pour sortir du lit c'est la seule manière pour ne pas avoir mal. Il est quatre heures du matin et j'ai froid. Je vais aux toilettes en marchant lentement, j'ai une drôle de sensation et une envie terrible de vomir. Je m'assois sur le siège des toilettes et c'est là que je l'entends pour la première fois. Un léger tic tic, je me penche pour chercher d'où vient ce bruit, je ne trouve rien. Je me lève et regarde sous le lavabo toujours rien. Cela résonne de plus en plus fort dans ma tête. Je me redresse et là, devant la glace, je vois la ligne droite d'un pansement blanc qui divise ma cage thoracique en deux. Je ne comprends pas, C'est quoi ce truc? Mais que se passe t-il? Et ce bruit qui continue! C'est quoi ce bordel? Je continue de chercher. C'est dingue. J'ai l'impression d'être totalement fou. Je retourne vers mon lit et je comprends. Je suis dans un hôpital et je ne comprends pas pourquoi. 

Je prends le téléphone posé sur la table de nuit et j'appelle ma femme. Je lui demande ce que je fais là et ce que j'ai sur la poitrine et ce drôle de bruit c'est quoi? Elle me parle doucement et m'explique calmement. Elle me demande de raccrocher et de me coucher m'expliquant que tout ira mieux demain. Elle sera là. Je raccroche et au lieu de me coucher je sors de ma chambre. Je marche dans le couloir au hasard totalement perdu et de nouveau inquiet.

Les infirmières prévenues par ma femme, m'ont retrouvé quelques minutes plus tard errant dans les couloirs. Elles m'ont raccompagné dans ma chambre, elles se sont penchées sur moi pour me calmer et m'expliquer l'opération et la valve mécanique implantée dans mon cœur et son bruit de réveil permanent tout à fait normal et supportable. Je me suis calmé et endormi et le lendemain j'avais retrouvé ma mémoire. 

C'est une chose qui peut arriver après une opération lourde. Une amnésie passagère dûe aux médicaments et au choc opératoire.

samedi, 17 février 2007

Après 3 jours.

J'ai été opéré le 23 Septembre 2003 et après 3 jours en salle de réanimation je me retrouve seul dans une chambre. J'ai mal dans tout le corps, je peux à peine bouger. C'est comme si on m'avait écartelé. Je ne suis pas mort, mais mon moral est tellement mauvais que je ne sais pas si c'est bien ou pas. Le lit à côté du mien est vide, tant mieux je n'aurais pas supporter quelqu'un près de moi. Je ne veux voir personne et surtout pas les enfants et ma femme. Je ne veux pas qu'ils me voient comme ça. J'ai mal. C'est à hurler. Je reste recroquevillé en boule sur le lit. Je regarde dehors par la fenêtre le mouvement doux des arbres et des nuages, cela me calme, c'est drôle cette impression de flotter et de presque pouvoir les toucher. Le chirurgien entre dans la chambre, il me sourit et prend ma main pour me parler. Il sait. L'arrêt de certains médicaments après une période en réanimation provoque un effondrement des défenses psychologiques. Je pleure au contact de sa main. Il me rassure avec des mots simples. L'opération s'est parfaitement bien passée, il faut attendre maintenant, tout va bien se passer, ma famille est prévenue et ils viendront demain.  

jeudi, 21 décembre 2006

Cicatrice.

La veille de mon opération, en regardant la cicatrice sur la cage thoracique d'un homme assis dans son fauteuil roulant devant moi j'ai eu un moment de recul. C'est à ce moment là que j'ai compris que demain j'allais avoir la même chose, un trait rouge au milieu du thorax. Une cicatrice de plus  sur mon corps. Aujourd'hui c'est terminé je suis sorti de l'hôpital depuis une semaine et j'ai marché dehors devant la maison. Je n'ai pas osé aller trop loin, j'ai du mal à tenir debout. Je suis fragile. Je marche doucement et j'ai peur d'être bousculé et de tomber. Je suis allé chez le coiffeur et j'ai fait couper les cheveux longs que je gardais depuis 2 ans. J'ai beaucoup maigri peut être 20 kilos, je ne me suis pas pesé. Je me sens complètement transformé. Je me regarde dans la glace et je ne me reconnais pas.

(Montpellier Carnet le 1O Octobre 2003)

jeudi, 14 décembre 2006

En attendant.

Je suis à la plage de Carnon. Un  couple joue aux raquettes, un chien passe de l'un à l'autre et essaye d'attraper la balle, quand la balle va dans l'eau il court après et disparaît le temps d'une vague. Le chien rapporte la balle et le couple reprend son jeu et le chien aussi. Un homme lit un livre, pour éviter le contact avec le sable il s'est installé dans un pédalo abandonné là pour la journée. Un peu plus loin un groupe de jeunes garçons et de jeunes filles discutent assis autour d'un repas. Le chien s'appelle Smake. Je suis allongé sur le sable, je n'ai pas envie de me baigner l'eau est trop froide et il fait du vent. Une femme se mouille la nuque avant de renter dans l'eau. Un jogger passe devant moi les écouteurs MP3 dans les oreilles. Il a une foulée, légère, rythmée et élégante. Il tourne la tête vers moi et je remarque son sourire et son regard bleu. Je vais dormir un peu sur le sable. Je n'ai pas envie de rentrer, j'ai juste envie de rester seul. Je suis inquiet et j'ai peur pour mon opération prévue dans un mois.

(Carnon Plage Carnet du 23 Août 2003)

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