dimanche, 13 juillet 2008

Rue de la Paix.

( Mémoire 1993 déjà publié il y a un an )  Je rejoins ma femme et les filles dans la rue, j'ai bien fait de prendre les vélos, elles jouent avec leurs cousins à se poursuivre en riant et criant. La voisine est derrière ses rideaux blancs à nous observer comme toujours. Je m'approche de ma femme et nous décidons de marcher un peu. C'est un dimanche en famille où les heures coulent au ralenti après le repas un peu trop long. Ma sœur a commencé une partie de scrabble avec la femme de mon frère et cela va durer jusqu'au moment de partir. Mon frère s'est endormi dans le vieux canapé du salon les bras croisés sur les yeux. Mon beau frère regarde le tour de France avec papa et commente l'étape du jour et les exploits du maillot jaune l'Espagnol Indurain. Le repas était bon mais sensiblement le même qu'il y a 15 jours, et toujours trop copieux et gras. Ce n'est pas grave nous aurons des restes à emporter pour ce soir avec les poireaux, les pommes de terres et les salades du jardin que maman est en train de ramasser et de laver pour nous. Nous marchons l'un à coté de l'autre sans un mot et déscendons doucement la rue où j'ai grandi et joué tant de fois. Nous longeons le trottoir où nous construisions des tentes faites de vielles couvertures accrochées au grillage avec des pinces à linge. Le macadam noir me fait penser aux jeux que nous déssinions à la craie blanche en nous abîmant la peau des doigts. Le grand rond découpé en fromage pour jouer à  "je déclare la guerre". Le petit rond pour le jeu  "du béret". Le grand rectangle de la prison des voleurs pour "les gendarmes et le voleurs" et surtout les 8 cases de la terre au ciel de "la marelle".  Arrivés au bas de la rue nous sommes face à une grande maison faite de petites briques rouges aux nombreux toits pentus et fenêtres à petits carreaux. Un "château" pour nous seuls, entouré de son parc où nous allions jouer en cachette en passant dans un trou du grillage. Nous faisons déjà demi tour, elle est bien courte maintenant ma rue. Je regarde les enfants jouer et me demande ce qu'elles sont devenues les copines de la rue de la Paix.

jeudi, 15 novembre 2007

Mise à mort.

(Mémoire 1970) C'est toujours maman qui tuait le lapin. Elle procédait toujours de la même façon. Elle le suspendait par les pattes arrières à un clou posé au plafond du sous sol. Elle prenait la tête entre ses doigts et d'un geste précis et rapide elle tranchait la gorge avec un couteau pointu. Le sang coulait dans un seau posé au sol. Le lapin remuait, criait et se cambrait mais elle le maintenait fermement pour éviter les éclaboussures. Il mourait très rapidement. Elle dépiautait le lapin encore chaud en tirant sur la peau comme on enlève un gant. Je regardais cette violente mise à mort effrayé et faciné assis sur les marches, les bras serrés autour de mes genoux.

jeudi, 08 novembre 2007

Catéchisme.

(Mémoire 1969) Les bras en croix j'avance. Je plie les genoux de temps en temps pour ne pas perdre l'équilibre. La planche de bois bouge, plie et craque de plus en plus à mesure que j'avance doucement, un pas après l'autre.  Je suis au milieu. Je regarde l'eau attirante quelques mètres plus bas. J'attend la péniche qui avance doucement vers le pond du canal et passera bientôt sous mes pied. De l'autre coté Laurent mon copain trépigne d'impatience. Ont va encore être en retard au Catéchisme.

jeudi, 01 novembre 2007

Fin de journée.

75a341d77f661b250d77d1e79adde07a.jpgL'eau de l'étang est haute. C'est le silence, seulement les cris des oiseaux et l'envol des flamants roses. Les filets des pécheurs sèchent au vent. Des barques abandonnées pourrissent et disparaissent dans la vase. Le ciel est couvert et le soleil se couche doucement. Hier nous avons fait l'anniversaire de ma fille. La petite. Quand sa grand-mère l'a appelée au téléphone, elle se tortillait de plaisir comme une enfant qu'on chatouille. Elle jouait la surprise et l'étonnement. Elle était magnifique et tellement heureuse de recevoir ses cadeaux. Les avions atterrissent sur l'aéroport juste à coté. La journée de travail a été longue. Je suis debout depuis 6 heures. Je n'en peux plus. Je suis fatigué. Je marche un peu avant de rentrer à la maison. Je dois faire le vide, décompresser et enlever toutes les salissures de la journée. Un pécheur dans sa barque remonte ses filets. Il fait presque nuit maintenant. Je distingue au loin les immeubles de la Grande Motte en forme de pyramides. J'ai besoin de temps. Encore. Je vais aller lire un peu au café de L'avenue.(Montpellier Carnet le 15 Juin 1998)

lundi, 29 octobre 2007

Duval est un con!

(Mémoire 1972 ) Maman travaillait dans mon collège comme femme de ménage. Je la croisais souvent dans les couloirs. Je ne devais pas aller lui parler à cause de l'intendante sa patronne qui n'aimait pas la voir ne rien faire pendant son travail. Elle était debout habillé de sa blouse bleue à rayures blanches avec son balai dans les mains en haut d'un escalier ou à la porte d'une classe. Je lui faisais quand je passais prés d'elle un petit signe de la main ou un clin d'œil complice. Elle parlait souvent avec les profs. Elle savait tout ce que je faisais en classe et n'avait pas besoin d'aller aux réunions parents profs en fin de trimestre comme les autres parents. Je n’aimais pas la voir laver les carreaux du quatrième étage car j'avais toujours peur qu’elle ne tombe. De temps en temps je venais avec elle pendant les vacances quand elle ne voulait pas me laisser à la maison. Elle me laissait seul dans une classe le temps de son travail. Je lisais, je faisais mes devoirs ou je jouais au professeur en écrivant au tableau devant des élèves imaginaires que je punissais souvent. Je m'ennuyais et trouvais le temps long.

Un jour elle m'a laissé dans la classe de monsieur Duval le prof de musique. Il était l'un des seuls profs à avoir sa classe. Il préparait ses leçons sur son tableau puis refermait le tableau pour l'ouvrir au moment ou les élèves entraient en classe. Je détestais ce prof, ses dictées de notes, l'histoire de la musique qu'il nous lisait à la fin des cours et surtout son haleine puante et son ventre énorme. Il dirigeait la fanfare municipale. Il trouvais que Brassens n'était pas un vrai musicien, ne connaissais pas les Beatles et nous obligeait à écouter des musiques militaires idiotes. Un jour j'ai écris en plein milieu d'une leçon sur son tableau pour que tous le monde le voit  bien "Duval est un con". Quelques jours plus tard maman m'a dit qu'elle avait eu des problémes avec Duval et l'intendante. J'ai menti quand elle m'a demandé si c'était moi qui avait écris cela et je ne suis plus jamais retourné au collège pendant mes vacances scolaires.

lundi, 22 octobre 2007

Aller retour en famille.

(Mémoire Mai 1978 extrait Carnet Avril 2001). Je suis seul dans le compartiment du train. La tête contre la vitre je somnole. Je vais chez ma sœur et chez les parents en fin de journée. Les images défilent comme un film dans ma tête, mon départ de la maison et mon  installation à Paris il y a eux mois déjà. Le train ralentit, j’arrive à Reims. Je me lève et prends mes affaires. Je descends. Il fait mauvais. Je rejoins à pied la station de bus. C'est une petite ville, je regarde les rues, les voitures, les gens et je me dis que pour rien au monde je ne voudrais vivre ici. Ma sœur habite dans un quartier en banlieue. Le bus me dépose juste au pied de son immeuble. Elle habite tout en haut. Je prends l'ascenseur. C'est elle qui m'ouvre. Elle est contente de me voir. Je suis étonné de sa joie. Elle semble épuisée. Elle a le même regard que ma mère avec ce coté autoritaire et dur. Je remarque aussi des expressions et une démarche identiques. L'appartement est petit. Je pense à la maison de mes parents. Les meubles, les fauteuils, la télévision, le bureau tout est en place. Ils se sont achetés une super chaîne stéréo. Elle me montre son bébé. Il dort dans un couffin près du bureau. Je le regarde. Je ne ressens rien. Je n'arrive pas à être content. Il fait partie de ma famille. Il ressemble à un bébé. Il est comme moi au même âge, les yeux, les cheveux. C'est maman qui le dit. Il bouge un peu. Il tourne la tête et fait semblant de téter. Il lève les bras au dessus de sa tête. Il ferme les poings comme s'il tenait une pièce dans chaque main. Je croise le regard émerveillé de ma sœur. Je lui souris. Je comprends à quel point sa vie est là. Nous mangeons dans la cuisine. Elle me montre l'appartement, les papiers peints, les meubles. Elle m’explique tout ce qu’elle a l’intention de faire. Elle me parle de son travail et de son mari. Ils ont prévu d'acheter une maison. Elle m'explique comment fonctionnent les prêts des banques. Je devrais commencer dès maintenant si je veux quelque chose un jour. Elle me raconte son accouchement et toutes ses souffrances. Elle ne me parle pas de l'école ni de Paris. Je ne lui dis rien de ce que je fais. Elle me propose d'être le parrain de son fils. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je suis d'accord. Je m'installe au fond d'un fauteuil. Je branche la chaîne stéréo et écoute un disque le casque sur les oreilles. C'est génial. Je garde le bébé pendant qu'elle fait les courses. Je le prends dans mes bras. Il sourit. Je regarde les albums photo rangés dans un meuble. Le mariage prend trois albums. Je me souviens à peine de ce jour. Au moment de partir elle me dit que je peux compter sur eux si j'ai besoin et elle me glisse deux billets de cent francs dans la main. Je la remercie. Elle me donne un baiser. J’embrasse mon neveu sur la main. Je reprends le train vers les parents. Avant d’arriver à R…, juste après le tunnel je regarde les bois où j'allais jouer. Depuis la gare, le chemin est long jusqu'à la maison. J'hésite. Je prends mon temps. Je rentre dans une librairie que je connaissais bien. Les employés ont changé. Je m'arrête dans un café. La salle est presque vide. Quelques habitués. Cela sent l'ennui et le temps qui passe doucement. Pour rien au monde je ne voudrais revivre dans cette ville. C'est petit et sinistre. Je finis mon café et je continue mon chemin vers la maison. Ils sont à table. Papa me serre la main. Maman m'embrasse. Elle prend mon sac de linge et l’emporte dans la salle de bain. Je m'installe avec eux, maman me sert à manger. Ils sont contents de me voir. Je ne parle pas. Maman me donne des nouvelles de toute la famille, les tantes, les oncles, les cousins. Nous regardons la télé. Papa parle au téléviseur. Il se fâche face à la connerie des joueurs. Il rouspète pendant les pubs et  Maman s'endort les bras croisés sur le ventre. Le soir je me mettais sur ces genoux pour regarder le film. Elle disait qu’a 20 ans je serais encore sur ces genoux et je n'ai pas encore 20 ans. Il y a longtemps. Le film est fini. Je n'en peux plus. Papa va se coucher. Il prépare ses affaires pour demain matin ou pour cette nuit quand il va se lever pour pisser. Le bol de café, le sucre, le lait puis il se couche sans un mot. J'aide maman à débarrasser la table. Nous faisons la vaisselle. Elle me parle de ma sœur et de son bébé. Je fais des efforts pour parler. Maman raconte ses accouchements et des histoires que je connais par cœur. Je l'écoute. Je fais attention. Je ris un peu. Je lui demande de continuer. Je pose des questions sur mon frère. Elle ne répond pas. Elle ne sait rien. Il est très secret et elle ne le voit pas souvent. Je me couche. Ma chambre n'a toujours pas changé. Je me dis qu'ils pensent que je vais revenir. Je n'arrive pas à dormir. Je retrouve les bruits de la maison la nuit. Le souffle du chauffage qui me réveillait souvent. Les ronflements de papa, l'horloge de la salle à manger que maman n'a jamais voulu arrêter. Le volet qui bouge au moindre coup de vent. La porte des chiottes qui grince quand papa se lève pour fumer. La lumière des réverbères qui traverse les volets et vient se poser juste au milieu du lit. Il faut dormir, j'ai  envie de partir.

mardi, 16 octobre 2007

Repas de fête.

181b58f6a4fd44537b27a61397f7c8d6.jpgLe visage penché sur la glace suspendu à l'espagnolette de la fenêtre de la cuisine papa se rase calmement. De temps en temps il rince son rasoir dans l'évier rempli d'eau chaude. Il n'aime pas se raser dans la salle de bain, il préfère laisser la place à maman et nous surtout un jour comme aujourd'hui. Ma sœur assise en peignoir sur le canapé attend que maman ait fini de repasser sa robe. Mon frère attache les boutons de manchettes en or de sa communion aux manches de sa chemise blanche en tirant la langue. Il est furieux, il a très mal aux pieds dans ses chaussures neuves. 10 heures et nous ne sommes pas prêts. Maman est habillée, maquillée et parfumée. Elle est furieuse, nous allons rater la messe. Elle déteste rentrer dans l'église quand les gens sont déjà assis, une fois nous avons du attendre dehors que la messe finisse. Nous allons chez la tante Mauricette la sœur de ma mère. Elle invite comme tous les ans ses 14 frères et sœurs pour la fête du village. Cela fait du monde. Des oncles, des tantes, des cousins, des cousines, des nièces, des neveux et des gens que je ne connais pas. Le plus important dans la fête, c'est la messe et le repas. C'est pour ça que maman ne veut pas manquer la messe. Après la messe il y a "l'apéro" au café du village où seul les hommes irons, car les femmes doivent rentrer pour préparer le repas dans la salle à manger. J'aime bien, la nappe blanche sur la longue table parsemée de petites fleurs en tissus, les assiettes colorées les unes dans les autres, les couverts bien rangés de chaque coté des assiettes et les verres brillants de toutes les tailles. Les serviettes blanches comme la nappe serons pliées en accordéon pour faire joli. Maman gardera le menu avec son nom en souvenir. Elle le rangera avec les menus des baptêmes, communions, mariages, noëls et fêtes des années passées dans la boite en fer du buffet. Je serai à la table des enfants dans la cuisine avec les cousins, les cousines, les bébés et la grand-mère Jeanne qui n'aime pas rester assise longtemps et voudra rentrer tôt. Le dessert terminé je demanderai de l'argent aux parents pour les manéges et filerai vite sur la place du village. J'adore les autos tamponneuses. Je suis un champion pour tirer à la carabine et gagner des peluches et des bonbons. Je vais encore monter dans les balançoires pour faire voler la jupe de ma cousine Irène et la faire crier en allant toujours plus haut. Je suis le meilleur pour courir parmi les danseurs et me cacher sous l'orchestre installé sur un chariot. Il faudra aussi que j'invite une fille que je ne connais pas à danser un slow. Les parents n'iront même pas au bal, préférant rester à table, à parler, boire ou jouer aux cartes. Il y aura comme toujours un oncle ou un cousin endormi dans le canapé, sur un coin de table ou sur le lit avec les manteaux et les vestes mélangées de tous les invités. Papa se frotte les joues pour vérifier qu'il est bien rasé et met de la lotion après rasage en se tapant sur les joues. Il verse quelques gouttes de brillantine dans la paume de sa main et lisse ses cheveux. Je regarde ses cheveux briller et respire toutes ces odeurs agréables. C'est certain me dit-il nous n'irons pas à la messe et nous rions ensemble. (Mémoire 1970)

dimanche, 14 octobre 2007

Un geste.

Je suis chez ma mère avec les enfants et ma femme. Les enfants jouent en bas avec mes vieux patins à roulettes. Ma femme fait la sieste dans ma chambre. Ma mère parle de mon père. Nous sommes assis sur le canapé du salon l'un à coté de l'autre face à la télé allumée que nous ne regardons pas. Elle se souvient de papa et me parle de lui. C'est tellement rare. Je ne reconnais pas mon père. Il est devenu parfait dans ces mots. Les photos de lui sont partout dans la salle à manger. Sur la télé pendant le voyage en Italie assis sur le bord d'une fontaine célébre. Sur la cheminée, à la pêche il y a une quinzaine d'années. Sur le buffet au mariage de ma soeur en 1976. Il y en a aussi dans la cuisine et les chambres. Je vois les yeux de ma mère se remplir de larmes et sa bouche trembler. Elle pleure doucement en retenue. Je suis à coté d'elle, j'ai envie de faire un geste, prendre sa main ou la prendre dans mes bras. J'ai envie de faire quelque chose pour l'aider. Je ne le fais pas. Les enfants montent l'escalier en courant, la petite pleure. Elle monte sur le canapé et je la console en regardant son genou écorché. Maman se lève et va dans la salle de bain. Aujourd'hui encore je pense à ce geste inachevé.(Mémoire 1993)

dimanche, 07 octobre 2007

Sauvé

Un jour dans un moment de folie et de dépression extrême j'ai volé une voiture. J'ai gardé la voiture deux jours. Je rentrais le soir à la maison et la reprenait au matin quand tu étais parti au travail. Je roulais pendant des heures sans but à toute vitesse espérant l'accident au prochain virage, inconscient du danger que je représentais pour les autres. La radio passait sans arrête la chanson de Micheal Jackson "We are the world". Je me suis arrêté dans une armurerie et j'ai acheté facilement un petit pistolet à grenaille. Je me suis fais prescrire des somnifères chez mon médecin. J'ai acheté de l'alcool dans un hypermarché. Je reproduisais sans le savoir le suicide échoué quelques années plus tôt. Le matin du deuxième jours alors que je venais récupérer la voiture les flics m'ont attrapé et menotté  après une courte poursuite sur les pelouses des immeubles autour de chez moi. Ils m'ont transporté au poste de police, les menottes me faisaient mal aux poignets. Dans la voiture ils plaisantaient content de m'avoir attrapé et répondaient aux appels. Un jeune policier m'a interrogé. Il tapait lentement à la machine avec seulement deux doigts. Les questions étaient précisent et directe. Pourquoi j'ai volé cette voiture? Où je voulais aller? Et le propritaire? Je ne savais pas quoi répondre et il en profitait pour me faire peur et me menacer de prison ou d'une amende. Après des heures d'interrogatoire ils ont compris que je n'étais qu'un gars malade, perdu, désespéré et dangereux surtout pour lui-même. J'ai signé ma déposition en pleurant et l'un d'eux est venu vers moi  pour me consoler et me rassurer. J'ai été enfermé dans une cellule puante et me suis endormis alors qu'il commençait à faire nuit. La voiture était intacte, juste un peu sale avec quelques kilomètres de plus. Je n'avais pas été violent avec le propriétaire bien qu'il ait eu très peur. Les policiers l'ont convaincu de lever sa plainte lui demandant de ne plus prendre de jeunes garçons en stop. Les flics  ne pouvaient pas me laisser partir seul et sont allés chercher ma femme. Elle est entrée dans le poste de police, folle d'inquiétude, pensant que depuis le matin j'étais peut être mort quelque part. Sans elle je ne serais jamais rentré à la maison et je ne peux que remercier ces hommes qui en faisant leur métier m'ont sauvé. (Mémoire1985)

mercredi, 03 octobre 2007

Vivre ensemble.

Tu as quitté ta  chambre d'étudiante sous les toits et moi le foyer de jeunes travailleurs. Nous habitons rue de Metz à Reims, un petit deux pièces meublé avec les toilettes sur le palier. La cuisine donne sur une petite cour intérieure et la chambre sur la rue. Le lit est un matelas à même le sol au pied du mur face à la fenêtre. J'ai accroché sur un mur la tenture indienne aux couleurs mauves, roses et bleues que tu as acheté au marchée et sur un autre mur l'affiche du film de Zulawski "L'important c'est d'aimer". Une chaîne stéréo occupe un coin de la chambre et j'écoute en boucle Supertramp "Breakfast in america", toi tu préfères Barbara, Anne Vanderlove, Brassens ou le premier 33 tours de Francis Lalanne que je t'ai offert pour ton anniversaire. J'ai acheté deux peaux de chèvre depuis le temps que j'en avais envie. Tu prépares les repas en chantant doucement et t'inquiètes de ma réaction quand je commence à manger. Je fais la vaisselle, balaie par terre et cuisine un peu aussi. Nous mangeons assis sur des coussins sur la table basse en verre que m'a donné  mon frère ou dans la cuisine prêt de la fenêtre. Tu es étudiante et je travaille dans une imprimerie. J'ai de temps en temps le moral à zéro, tu me consoles, je prends un arrêt maladie de deux, trois jours ou une semaine et nous partons en vacances dans les Ardennes ou à Etretat. Le soir ou le matin au réveil nous écoutons les allés et venus des autres locataires dans les escaliers et tu fais la connaissance de la voisine du rez-de-chaussée qui deviendra une amie. Presque tous les soirs nous allons au cinéma et je paye avec ma fausse carte d'étudiant.  Nous allons au "Familial" un cinéma art et essai. Nous découvrons en sous titré les films de réalisateurs Indien, Danois, Japonais, Français ou Américains. Des films en couleur ou noir et blanc oubliés. Des films incroyables, fabuleux, excentriques, interminables, incompréhensibles ou totalement ennuyeux. Nous allons aussi au Gaumont place D'Erlon dans les salles minuscules et tu notes sur un petit carnet rouge et noir tous les films que nous voyons. Nous rentrons à pied après le film et je te donne la main. Un soir je vole des tulipes dans un jardin et te les offre. Un autre soir après avoir vu "Le dernier métro" nous dansons dans la rue en chantant "Les amants de St Jean"  Une fois rentré nous buvons du thé ou du café et faisons l'amour sur le matelas ou les peaux de chèvre qui grattent en écoutant de la musique. Nous vivons ensemble au jour le jour  les premières années de notre vie commune.(Mémoire 1980)  

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