dimanche, 05 juillet 2009
Mon papa chauffeur livreur.
(Mémoire 1973) Je joue aux Lego sous la table de la cuisine. Il tape ses pieds sur les marches de l'escalier de la maison pour faire tomber la neige de ses grosses chaussures de travail. Je cours lui ouvrir la porte. Il rentre dans la maison et m'ébouriffe les cheveux.
-Salut mon cadet.
Une odeur de fuel envahit l'entrée puis la cuisine. Je vais vite à la fenêtre regarder son camion citerne rouge et bleu avec écris en jaune "Transport Richard livraison de fuel à domicile Tel 0345464767". Il vient boire un café à la chicorée Lerroux. Vite fait, entre deux livraisons. Maman et la voisine écoutent Menie Grégoire sur RTL comme tous les après midi en buvant un café avec des petits beurre Lu. Il pose la cafetière à moitié pleine du café restant de ce matin sur le gaz puis attend debout devant la gazinière. Menie Grégoire continue de parler mais personne ne l'écoute. Il ferme le gaz et verse le café dans son grand bol. Il boit rapidement, debout en regardant la neige tomber dans le jardin. Maman râle à cause les chaussures mouillées sur le carrelage mais aussi pour l'odeur, sur son blouson d'aviateur, sur les habits des enfants et même jusque dans les draps de leur lit. Mais le plus terrible, dit-elle à la voisine ce sont les bleus de travail impossibles à récupérer malgré les heures de trempage et de lavage dans la baignoire. La voisine compatit poliment en levant les yeux aux ciel. Je sais qu'elle fait semblant. Son fils m'a dit qu'elle trouvait ça répugnant d'avoir un mari aussi sale. Son mari travaille en costume cravate derrière un bureau propre et sans odeur. Il est fonctionnaire.
-Ça, il ne risque pas de se salir le fonctionnaire dans son bureau !!!!!! . Dit papa.
Ménie Grégoire en reste muette et la voisine aussi.
Il me regarde du coin de l'œil en souriant. Il s'assoit en bout de la table pour fumer tranquillement. Il passe sa langue sur le bord encollé du papier et fignole sa cigarette en enlevant des petits morceaux de tabac qui tombent sur la table. Maman regarde la voisine pendant que Ménie Grégoire reprend son émission. Il fait jaillir la flamme de son briquet Zippo à essence. Le papier brûle et je m'approche de lui pour respirer la fumée de sa première taffe. Il pose son bol dans l'évier, prend quelques gros carrés de chocolat noir à cuir Cémoi et sort de la maison sans un mot. Il m'a promis de m'emmener faire les livraisons avec lui. Un jour.
J'ai construit son camion en Légo. La cabine, la remorque et j'ai même trouvé un moyen pour faire une deuxiéme remorque avec le nom de l'entreprise et une échelle. Je roule vite sur le carrelage de la cuisine et le tapis de la salle à manger. Les remorques chavirent et explosent incendiant, l'école, l'église et la maison de la voisine avec ses enfants et son mari fonctionnaire dedans.
17:54 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (19) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
lundi, 26 janvier 2009
L'eau du bain.
(Mémoire 1974) La voisine dit que je suis fort. J'ai compris maintenant que cela veut dire que je suis gros. Elle devrait mieux regarder son gros cul dans sa blouse de nylon à fleurs ou ses seins énormes qu'elle pose sans arrêt sur le rebord de la fenêtre de sa cuisine. Elle ne sait pas que j'ai embrassé Irène sa fille dans le sous sol quand nous avons fait la boumm pour son anniversaire. Elle ne voulait pas me donner sa langue, je remuais la mienne sans arrêt dans sa bouche sans rien trouver. J'en avais mal aux mâchoires et aux lèvres. Nicolas dit que c'est une allumeuse. Je regarde mes fesses, mes bras, mon torse, mon dos, mes poils et mon sexe dans la glace de l'armoire à toilette. Je ne suis pas gros. Je me rase avec le blaireau de papa, du savon et un couteau de cuisine. Nous prenons nos bains le Dimanche avec ma soeur et nous succédons dans la même eau pour faire des économies. C'est toujours moi qui commence car je suis le plus petit. L'eau est très chaude et laisse des marques rouges sur ma peau et ramollie le bout des mes doigts. Je ne respire plus, le bain devient lisse et calme comme un lac. J'imagine sur mes genoux, mes épaules et ma tête des terres et des forêts peuplées de petits hommes que je noie brutalement. Je fais couler l'eau pour faire une cascade et bat des pieds comme un fou pour faire des montagnes de mousse. Je me branle frénétiquement plusieurs fois et regarde mon sperme sortir de moi en filaments blancs. Je remue l'eau avec la main et imagine les petites bêtes microscopiques filant comme des anguilles. Je m'endors repu et épuisé et me réveille brutalement quand papa tape à la porte.
-Il a encore fermé à clef! C'est pas vrai ça! C'est bientôt fini ce bain. Ne vide pas la baignoire.
J'ai posé mon tourne disque sur la machine à laver et j'écoute les Beatles ou St Preux. J'écoute les bruits de la maison au travers des murs et de la vapeur d'eau. Papa est retourné bricoler au sous-sol pendant que maman fini de préparer à manger. Elle ouvre la fenêtre de la cuisine pour parler avec la voisine. Je regarde les gouttes d'eau couler sur les oiseaux du papier peint que papa imite quand il se rase le dimanche matin. J'aime bien quand il fait le coucou ou le martin pécheur. Hier soir je me suis couché le premier pour fermer la porte de ma chambre à clef. Je ne veux plus dormir avec mon frère quand Nathalie sa copine est à la maison pour le week-end. Le matin elle le rejoint dans notre lit et je les entends s'embrasser et se tripoter. Elle a de beaux seins Nathalie. Je vais draguer Patricia à la prochaine boom, Nicolas m'a dit qu'elle embrassait bien et qu'elle se laissait toucher les seins et en plus elle adore les Beatles. Maman ferme la fenêtre de la cuisine, nous allons bientôt manger. J'entends le générique de "La séquence du spectateur" mais je n'ai pas envie de bouger. Je suis bizarre, tout cotonneux, je me suis encore trop branlé.
Ne surtout pas vider l'eau du bain a dit papa.
(Générique de la séquence du spectateur ;=)))
22:15 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (31) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
jeudi, 22 janvier 2009
Je suis les Poppys.
(Mémoire 1970) J'ai fermé les volets. J'ai allumé de petites bougies que j'ai disposé un peu partout dans ma chambre. Je me suis coiffé soigneusement. J'ai mis mon pantalon rouge et ma chemise à carreaux bleus. Je me suis parfumé avec la brillantine de papa.
Je pose le 45 tours sur mon tourne disque rouge et tir le bras vers l'arrière. Le saphir attérit délicatement dans le sillon. Le disque craque quelques secondes. Je tourne le volume au maximum. Je vais vite au milieu de ma chambre. Le regard froid et dur porté loin vers l'horizon, debout face à la glace, j'attends.
Dooooooong.
Poummmm pou pou. Poummmmm pou pou. Poummmmm ……….
Dooooooong.
Pour tout les enfants de part le monde entier.
Dont les pays sont en guerre plus souvent qu'en paix
Je déclare la trêve pour quelques instants.
Ma voix est grave et puissante. Je suis ému.
En quaaaalité de préééésident des moins de vingt ans.
Même si mon état n'a qu'un ambassadeur qui s'appelle l'amoour que j'ai dans le cœur.
Le play back est parfait. Je l'ai fait des milliards de fois.
Et même si mon sceptre n'est qu'un petit hochet respectez le car maintenant c'est…….
Noëëëëëël Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Joyeeeeuuux Nooëëlllll
Je ferme les yeux. Je lève les bras en tenant fermemant mon sceptre imaginaire et dérisoir.
Je suis les Poppys.
Pour tous les papas et toutes les mamans.
Pour tout les généraux et tout les présidents.
Pour Jimmy Hendrix qui ne voulait pas voir.
Pour les blancs les rouges les jaunes ou bien les noirs .
Pour l'ouest ou le sud ou l'est ou bien le nord.
Pour tous les vivants qui distribuent la mort.
Je demande une trêve pour que ce passe en paix cette conférence au sommmmmeeeeeeet……
Noëëëëëël, Nooooooëllll, Nooooooëllll, Nooooooëlll, Nooooooëllll,
Joyeeeeuuux Nooëëlllll oooouuuuuhhhhhhhhh
Il y a même des fois où j'arrive à pleurer, quand le public applaudie et crie sa haine contre la guerre du Vietnam. Mais le plus souvent c'est ma mère qui rentrant du boulot plus tôt que prévu, ouvre brutalement la porte de ma chambre.
-C'est quoi ce bordel…… Tu vas arrêter ça….. C'est pas vrai……et les voisins tu y penses, mais tu vas foutre le feu à la baraque… Mais qui m'a fait ce gamin de merde!!!!.
11:13 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
vendredi, 16 janvier 2009
Jour de marché.
(Mémoire 2002) Ma fille pose sa main sur mon épaule pour me réveiller. Ma femme dort. Le chat est blotti dans son dos. Je me réveille doucement assis sur les toilettes. Je me suis encore couché beaucoup trop tard. Je descends à la cuisine. Le chien me suit et va attendre à la porte. Je bois un café debout face à la fenêtre. Il fait encore nuit, le brouillard filtre la lumière des réverbères. J'ouvre la porte au chien. Il disparaît dans la cour.
-Tu ne déjeunes pas ?
-Non, je mangerai des croissants sur le marché, on y va Papa.
Je fais rentrer le chien et nous marchons vers le parking. Le village est silencieux. Ma fille stoppe sa marche le temps d'allumer une cigarette. Le volant de la voiture est glacé. Je démarre. La route est étroite et le brouillard de plus en plus dense. J'ouvre ma vitre pour laisser partir la fumée. Nous longeons l'aéroport. Les phares d'un avion atterrissent en douceur et sans bruit. La route suit les étangs invisibles dans la nuit matinale. Nous arrivons sur le marché. La place est presque vide. Elle pose un baiser froid sur ma joue avant de sortir de la voiture pour rejoindre ses collègues qui l'appellent. Je la regarde. Je n'ai pas envie de rentrer.
Je gare la voiture. Je marche dans le sable un peu humide. Le brouillard a disparu. La mer est une étendue sombre, seule la lumière d'un bateau tremble au loin. J'enlève mes chaussures, retrousse mon pantalon et marche dans l'eau. Les cailloux minuscules roulent sous mes pieds. J'ai froid. Le vent est à peine perceptible et la lumière change. Je suis calme et sans raison je pense à mon père mort il y a 4 ans. Il est temps de rentrer, je travaille dans une heure.
23:23 Ecrit par Marc dans Famille, Mémoire | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
mardi, 06 janvier 2009
Le pont.
(Mémoire 1969) Je tenais papa par le cou en remuant les jambes comme une grenouille, il avançait doucement me demandant de ne pas l'étrangler puis il a nagé à quelques mètres derrière moi avec des mots d'encouragement et après plusieurs étés je traversais seul la rivière. Il fallait faire attention au courant, ne pas aller droit vers l'autre rive mais de travers contre le courant. Maman marchait au fond de l'eau en faisant les mouvements de la brasse avec ses bras pour me faire croire qu'elle savait nager. Je faisais des sous l'eau et me cachais dans les herbes hautes pour lui faire peur. Une grosse dame faisait souvent la planche. Elle passait sous le pont et devant nous. Nous la regardions flotter au milieu de la rivière, sans un mouvement emportée avec le courant. Je voyais juste son visage, son ventre, ses orteils et deux seins énorme qui dépassaient de la surface de l'eau. Maman disait qu'elle allait jusqu'à Reims comme ça, qu'elle gardait de l'air dans ses poumons pour flotter et faisait gouvernail avec ses mains et en pétant. Mon frère plus âgé que moi escaladait les grilles du pont et les poutres métalliques brûlantes pour plonger. Maman racontait que petite elle avait vu le pont détruit par les allemands et qu'elle devait le traverser chaque jour en équilibre sur une planche étroite pour aller chercher du lait au village voisin. J'ai sauté une fois du pont. Papa m'attendait en bas. Je voyais ses jambes et ses bras remuer dans l'eau pour lutter contre le courant. Le pont tremblait quand une voiture ou un camion passait. J'ai eu le souffle coupé au moment de faire le pas et l'eau était dure et froide sous mes pieds. Je devais vite remuer les jambes pour éviter d'aller m'embrocher sur les vieilles poutres plantées dans la vase. Nous mangions sur la couverture rouge à carreaux les corps tremblant et ruisselant, des chips Vico, des salades de riz et les fruits de la grand-mère. Je faisais des petits bassins avec des cailloux pour capturer des alevins que je ramenais à la maison pour les voir grandir, mais ils crevaient tous. Je cherchais des cailloux plats pour faire des ricochets. Ma sœur écoutait des 45 tours de Sylvie Vartan ou Françoise Hardy sur son mange disque à piles. Papa péchait de petites ablettes brillantes en buvant du café à la chicorée. Maman regardait filer l'eau en souriant. Nous partions tous les cinq dans l'Ariane bleue après le travail de papa et maman. Nous avions la petite plage d'herbe grillée et de cailloux blancs rien que pour nous ou presque. C'était l'été au pont de Thugny-Trugny sur les bords de l'Aisne.
23:04 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 21 décembre 2008
Patins à roulettes.
(Mémoire 1975) Nous faisions du patin à roulettes sur le macadam rose du monument aux morts en face de l'école mais aussi sur la place du marché devant le bloc "bourgogne". Je savais tourner en croisant les pieds et en faisant balancier avec les bras comme les patineurs de vitesse autour de l'anneau de glace. J'avais appris à aller en arrière à toute vitesse sur plusieurs mètres. Je projetais Irène ma copine devant moi en la tenant fermement par les hanches. Nous savions patiner harmonieusement en couple en nous tenant par la taille. Je roulais sur un pied la jambe bien droite, les bras en croix et l'autre jambe tendue vers l'arrière. Je n'ai jamais réussis à tourner sur moi-même à toute vitesse comme une toupie. J'avais bien regardé les évolutions de Peggy Fleming commentées par Léon Zitrone à la télé et nous faisions Irène et moi un couple de patineurs extraordinaire. Il y avait parfois des gens, qui depuis leur balcon applaudissaient quand nous les saluions à la fin de notre spectacle. Les lanières de cuire cassaient sans arrêt, je les remplaçais par les caoutchoucs que j'allais voler sur les bocaux de conserves de ma mère et qui après pourrissaient. L'été, les parents nous autorisaient à manger avec nos patins à roulettes aux pieds.
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jeudi, 11 décembre 2008
Devenir papa.
(Memoire 1987 ) Un enfant est né dans la famille. Un garçon. J'appelle mon neveu depuis mon travail pendant ma pause déjeuner. Le téléphone à l'oreille je marche dans le hall d'accueil de mon entreprise. Ma voix résonne. Je croise des collègues. Je pose mon café par terre et m'assieds. Je lui pose les questions habituelles. Il pèse 3 kl 450, c'est un beau bébé évidemment. La mère va bien. Il est fatigué, ému et content.
C'est le plus beau jour de ma vie, je suis papa me dit-il.
Dans la salle d'accouchement voisine une femme criait. Il y avait cette sage-femme bête et désagréable qui me demandait de rester calme, de ne pas bouger, de ne pas trépigner et d'aider ma femme. Je lui humidifiais les lèvres, le front et lui caressais la joue de temps en temps. La péridurale ne faisait plus effet mais personne ne voulait la croire. Je confondais tous ces gens affairés autour de nous. Infirmières, sages-femmes, anesthésistes ou médecins. J'ai tressailli en voyant une infirmière cacher les forceps sous un linge blanc. Je suis devenu blanc quand ils ont coupé. J'étais là, figé dans ma peur de la catastrophe, le cerveau vide d'émotion. Il manquait des serviettes et c'était à nous de les fournir. J'ai du sortir de la salle d'accouchement pour retourner à la maison. J'en ai profité pour acheter des magazines et les journaux du jour. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas avoir d'accident.
Ma fille est née à 13H40. Nous étions partis de la maison la veille vers 21 heures. J'ai compté ses doigts de pieds, regardé ses oreilles, ses mains, ses cheveux bruns et son sexe. J'ai de suite remarqué ses deux grands yeux magnifiques en forme d'amande, sa peau un peu brune et ses grands pieds. J'étais soulagé de voir qu'elle avait tout, qu'elle bougeait et criait comme un vrai bébé en bonne santé et que ma femme était vivante. Mais ce n'était pas le plus beau jour de ma vie.
Un collègue passe près de moi et me salue. J'entends la musique de son mp3. Je replie mes jambes pour le laisser passer. Le carrelage est froid. L'heure de reprendre le travail approche. Je me lève le téléphone toujours à l'oreille. Je promets de venir bientôt les voir et coupe le portable. Le plateau est bruyant, le superviseur fait l'appel mais je suis absent.
Quelques semaines plus tard nous avions reçu des amies. Elles avaient apporté une peluche et des fleurs pour ma femme. Je tenais ma petite fille dans mes bras. Elle était un peu agitée, le biberon que je venais de lui donner passait mal. Je l'ai retournée sur mon épaule pour son rot et c'est à ce moment là, qu'elle a vomi. Un jet extraordinaire sur ma chemise d'été à manches courtes bleue et blanche. Mes amies et ma femme riaient alors que je tenais ma fille à bout de bras, trempé par son vomi. Je me suis senti bouleversé et j'ai compris à ce moment qu'il y aurait plein de beaux jours et que j'étais papa.
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samedi, 29 novembre 2008
La maraude.
(Mémoire 1969)
Le cerisier déborde largement sur le trottoir par-dessus les grilles. Les cerises sont bien rouges et appétissantes. Ce sont des bigarreaux. Il n'y a personne dans la maison, les volets sont tous fermés et les gens certainement partis en vacances. Je me hisse sur la pointe des pieds. Je tends le bras. Je suis trop petit. Les cerises sont belles et luisantes au soleil. Je monte sur le mur, escalade la grille en fer et saute sur la branche la plus proche. Ce n'est pas plus dur que dans la grange de la tante Mauricette quand nous sautons d'une poutre à l'autre au dessus des balles de paille avec le cousin Robert. Les jambes dans le vide je mange des cerises. Depuis ma cachette je vois le monument aux morts où nous faisons du patin à roulettes avec les filles du quartier. Une dame et son chien passent sous l'arbre sans me voir. Je crache un noyau dans les cheveux de la dame et vise le chien sans l'atteindre. Ils doivent me chercher à la maison. Je m'en fous. Je ne veux pas aller me baigner. Des insectes courent sur les branches. Un piaf vient se poser près de moi. Il avance par petits bons nerveux puis me voit et s'envole vite. Je le suis du regard. Des abeilles tournent autour de moi. Je les chasse d'un mouvement de main. Il faut que je fasse attention au garde champêtre. Il nous a déjà surpris moi et Laurent dans le poirier prés de la voie de chemin de fer. Il était saoul comme un cochon. Nous sommes descendus vite et je me suis écorché les mains et les genoux. Il a secoué Laurent en le tenant par le bras et menacé de prévenir ses parents instituteurs. Laurent commençait à pleurer et moi j'ai cru que j'allais pisser de trouille dans mon froc. Il n'a rien dit aux parents de Laurent et ce n'est que bien plus tard que nous sommes retournés à la maraude en chantant "C'est le garde champêtre qui pue qui pête et prend son cul pour une trompette".
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lundi, 17 novembre 2008
La bouzanne.
(Mémoire Août 1999 déjà publié il y a deux ans) Nous marchons pieds nus dans la "Bouzanne" une petite rivière près d'Argenton sur Creuse. C'est les vacances et je reprends le travail lundi. La sœur de ma femme est devant nous, elle se retourne de temps en temps pour nous prendre en photo. Elle est belle avec ses cheveux roux au soleil. Les enfants sont derrière nous à quelques mètres, elles poussent des petits cris, effrayées par les poissons et les herbes qui les frôlent. Je marche sur une pierre ronde et glissante, et je tombe le cul dans l'eau. Je pousse un cri surpris par l'eau froide. Je suis trempé. Nous rions tous et ma belle sœur prend la photo. Un peu plus tard nous fêtons mes 40 ans autour d'un repas sous le noisetier du jardin. Nous sommes joyeux et je mesure mon bonheur d'être là. Ma belle sœur continue de prendre des photos. Je lui dis d'arrêter un peu. Elle refuse. Nous buvons et mangeons. Je suis saoul et j'embrasse ma femme. Un peu plus tard couchés sous la tente mais la tête à l'extérieur nous regardons les étoiles en parlant doucement. Il fait bon, l'air commence à peine à se rafraîchir. Le chat Panturle vient se frotter à nous et trouve une place sous le duvet. La lumière des toilettes s'allume dans la maison. Un avion, point lumineux trace sa route lentement parmi les étoiles. Nous le suivons sans un mot et nous nous endormons sans nous en rendre compte.
22:12 Ecrit par Marc dans Famille, Mémoire | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
jeudi, 13 novembre 2008
Noirmoutier été 1973.
(Mémoire 1973 ) Papa prenait les photos avec le retardateur. Il courait vers nous 4 pour se mettre en position et souvent arrivait trop tard. J'ai gardé quelques photos avec seulement une jambe, un bras ou une partie de son corps. Nous sommes tous les quatres figés, le regard rivé sur l'objectif avec parfois sur le coin des lèvres et dans les yeux le début d'un éclat de rire qui le rendait furieux. Il mettait un soin extrême à photographier nos vacances à Noirmoutier. Les photos sont dans une boite à chaussure dans le meuble de la maison. Il partait à la pêche très tôt le matin et ramenait des anguilles. Je les touchais avec dégoût et fascinations. Maman les attrapait avec un torchon et les dépiautait avant de les faire cuire à la poéle avec des épices. Nous allions aussi le long du passage du Gois pécher à marrée basse avec du sel, des couteaux. Maman les cuisinait avec une sauce Ardennaise de son invention. C'était bon.
J'ai rencontré José de Rouen à Noirmoutier. Il avait une petite sœur blonde et bronzée qui se laissait embrasser et peloter dans le blockhaus échoué sur le sable de la plage. Elle avait peur des puces de sable qui lui chatouillaient les fesses. Nous faisions des parties de "gendarmes et aux voleurs" dans le camping de la Guérinière et trébuchions dans les fils des tentes. La nuit nous allions écouter les ronflements des campeurs et les bruits des couples amoureux qui nous faisaient rougir et pouffer de rire. Un jour de tempête j'ai vu une tente s'envoler et des gens en maillot de bain courir pour la rattraper. Les habitants de l'île disaient qu'elle allait couler tellement il y avait de monde. Il n'y avait pas encore de pont à ce moment là, seulement le passage du gois ouvert uniquement à marrée basse. Ma soeur venait d'avoir son Bac, mon frère avait acheté le 45 tours de "la maladie d'amour" et Papa chantait des chansons de Dalida en se rasant face à la petite glace accrochée sur le piquet du auvent de la caravane pliante.
C'était à Noirmoutier pendant l'été 1973 et il y avait ma sœur, mon frère, ma mère, mon père et moi.
01:34 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
