jeudi, 15 novembre 2007
Mise à mort.
(Mémoire 1970) C'est toujours maman qui tuait le lapin. Elle procédait toujours de la même façon. Elle le suspendait par les pattes arrières à un clou posé au plafond du sous sol. Elle prenait la tête entre ses doigts et d'un geste précis et rapide elle tranchait la gorge avec un couteau pointu. Le sang coulait dans un seau posé au sol. Le lapin remuait, criait et se cambrait mais elle le maintenait fermement pour éviter les éclaboussures. Il mourait très rapidement. Elle dépiautait le lapin encore chaud en tirant sur la peau comme on enlève un gant. Je regardais cette violente mise à mort effrayé et faciné assis sur les marches, les bras serrés autour de mes genoux.
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lundi, 29 octobre 2007
Duval est un con!
(Mémoire 1972 ) Maman travaillait dans mon collège comme femme de ménage. Je la croisais souvent dans les couloirs. Je ne devais pas aller lui parler à cause de l'intendante sa patronne qui n'aimait pas la voir ne rien faire pendant son travail. Elle était debout habillé de sa blouse bleue à rayures blanches avec son balai dans les mains en haut d'un escalier ou à la porte d'une classe. Je lui faisais quand je passais prés d'elle un petit signe de la main ou un clin d'œil complice. Elle parlait souvent avec les profs. Elle savait tout ce que je faisais en classe et n'avait pas besoin d'aller aux réunions parents profs en fin de trimestre comme les autres parents. Je n’aimais pas la voir laver les carreaux du quatrième étage car j'avais toujours peur qu’elle ne tombe. De temps en temps je venais avec elle pendant les vacances quand elle ne voulait pas me laisser à la maison. Elle me laissait seul dans une classe le temps de son travail. Je lisais, je faisais mes devoirs ou je jouais au professeur en écrivant au tableau devant des élèves imaginaires que je punissais souvent. Je m'ennuyais et trouvais le temps long.
Un jour elle m'a laissé dans la classe de monsieur Duval le prof de musique. Il était l'un des seuls profs à avoir sa classe. Il préparait ses leçons sur son tableau puis refermait le tableau pour l'ouvrir au moment ou les élèves entraient en classe. Je détestais ce prof, ses dictées de notes, l'histoire de la musique qu'il nous lisait à la fin des cours et surtout son haleine puante et son ventre énorme. Il dirigeait la fanfare municipale. Il trouvais que Brassens n'était pas un vrai musicien, ne connaissais pas les Beatles et nous obligeait à écouter des musiques militaires idiotes. Un jour j'ai écris en plein milieu d'une leçon sur son tableau pour que tous le monde le voit bien "Duval est un con". Quelques jours plus tard maman m'a dit qu'elle avait eu des problémes avec Duval et l'intendante. J'ai menti quand elle m'a demandé si c'était moi qui avait écris cela et je ne suis plus jamais retourné au collège pendant mes vacances scolaires.
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dimanche, 14 octobre 2007
Un geste.
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mardi, 21 août 2007
Mutation professionnelle.
Papa somnole sur sa chaise au bout de la table. Le repas est terminé, les enfants ont quitté la table depuis longtemps et jouent avec mes Lego. Maman rassemble les assiettes pour la vaisselle. Je reste assis et la regarde. Je leur ai expliqué que mon entreprise me proposait un poste de chef de rayon dans un hypermarché prêt de Montpellier. Nous partons dans 15 jours. Papa n'a rien dit mais Maman n'a pas envie de nous voir partir. Elle estime que c'est trop loin, 900 km. Les enfants vont lui manquer. Papa dort la tête penchée sur la gauche, il ronfle un peu et sa cigarette termine de se consumer dans le cendrier. Nous sommes dans la cuisine du sous-sol qu'il a construite. La petite fenêtre au dessus de l'évier est ouverte, elle est presque au niveau de la terre et donne directement sur les légumes et les fleurs. Les verres et les assiettes s'entrechoquent dans le bac à vaisselle. Je regarde maman la tête penchée en avant et les épaules basses. Je téléphonerai le plus souvent possible. Nous remonterons vous voir les étés ou pendant mes vacances. Vous pourrez venir nous voir souvent et vous aimerez la soleil et la mer. Vous serez bien chez nous. Vous n'avez jamais vu la Méditerranée. J'ai toujours révé d'habiter au bord de la mer et c'est tellement différent de Reims. Elle ne répond pas, continue sa vaisselle et je sais qu'elle est triste malgré mes arguments. (Mémoire Mai 1995)
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samedi, 18 août 2007
Nous n'irons pas.
Nous n'irons pas voir ma mère cet été. Les vacances sont courtes, l'argent manque, ma femme doit continuer ses recherches de travail, la voiture risque de tomber en panne et les enfants préfèrent rester là. Je lui dis au téléphone et elle me répond que ce n'est pas grave, que 900 kilomètres c'est beaucoup et que ce sera pour plus tard, à noël peut être. Je me sens coupable et lâche, là au téléphone car les vraies raisons sont autres. Je n'ai pas envie de supporter les reproches, les petites remarques négatives, ni les phrases déjà dites et entendues des centaines de fois. Je ne veux pas revoir la maison, ma chambre, le sous sol tel qu'ils étaient quand j'avais 17 ans. Je n'ai pas envie de devoir contenir ces rancœurs jamais exprimées qui m'encombrent, m'épuisent et me dépriment chaque fois que nous nous voyons. Je sais que comme toujours nous resterons l'un a coté de l'autre devant la télé à regarder les photos de papa partout dans la maison et à attendre que le temps passe. Ma femme prépare la table pour le repas, elle me regarde et comprend mon trouble. Au téléphone, ma mère parle de mon frère qui lui aussi ne vient pas souvent la voir, il n'habite pas loin lui, il pourrait faire un effort de temps en temps. Elle regrette que ma sœur soit déjà partie au Maroc et papa lui manque. Je pose des questions sur sa santé. Ses douleurs dans les hanches et les articulations ont-elles disparues? Je lui donne des nouvelles des enfants et elle me fait remarquer qu'elle n'a toujours pas les dernières photos que je lui avais promises. Elle me parle d'un oncle mort dont je ne me souviens plus du tout. Il est temps de manger. J'ai envie de raccrocher. Je lui dit au revoir, je promet de rappeler bientôt et mesure combien je l'aime et comme rien n'est simple.(Quotidien le 10 Août 2007)
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jeudi, 24 mai 2007
Un jeudi.
Je suis accroupi les fesses à ras de terre et je ramasse les vers de terre pour papa pendant que maman bêche le jardin. Ils sont lisses et humides et se tortillent autour de mes doigts. Je les pose un par un dans une boite en fer, j'en ai déjà beaucoup et ça grouille. Maman avance régulièrement, elle pose un pied sur la bêche et appuie de toutes ses forces sur le manche et retourne la motte de terre, c'est dur. C'est toujours maman qui s'occupe du jardin. J'écoute son souffle et regarde les gouttes de sueur tomber de son front dans la terre. Elle fait de temps en temps une pause et s'essuie le visage avec un grand mouchoir à carreaux bleu et blanc qu'elle garde sur la tête pour se protéger du soleil. J'aime bien ramasser les vers pour papa. De temps en temps une souris grise surgit et se sauve, je saute alors comme un crapaud pour l'attraper mais je ni arrive jamais. Il fait très chaud, la terre sent très fort et je pense aux patates de l'été dernier. Nous sommes un Jeudi et je n'ai pas d'école comme tous les jeudis. ( Mémoire 1970 )
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vendredi, 11 mai 2007
Médecine familiale.
Maman soignait les rougeoles, les oreillons, les varicelles, les foulures et les entorses de moi, de mon frère de ma sœur ou mon père. Je me souviens aussi qu'elle me faisait des piqûres. Je ne sais plus pour quelle maladie. Je me couchais sur le lit de ma sœur les fesses à l'air en face de la glace pour que je puisse voir comment elle faisait et elle me piquait d'un geste rapide et précis. Je ne disais rien, je ne pleurais pas, même quand le produit ou l'aiguille faisaient mal. Je refaisais la même chose avec mes poupées, mes ours en peluche et mon baigneur en plastique. Elle posait aussi des ventouses sur le dos de papa pour soigner ses bronches. Elle mettait le feu à un coton et l'enfermait rapidement dans une ampoule spéciale qu'elle posait bien vite sur le dos de papa. La peau du dos de papa gonflait dans l'ampoule et devenait rouge, mais parfois le coton n'avait pas fini de brûler et papa criait. Elle nous posait aussi des cataplasmes aux odeurs de moutarde et de plantes. J'aimais bien les odeurs mais ne supportais pas la chaleur sur ma poitrine d'enfant. Elle nous soignait aussi la gorge avec du bleu de méthylène. Elle emberlificotait un coton imbibé de produit sur le bout d'une aiguille à tricoter et nous badigeonnait le font de la gorge avec. C'était horrible, dégoûtant, à vomir et je garde encore aujourd'hui le goût du produit. Nous avions la langue et la bouche toutes bleues pendant des heures et il était interdit d'y mettre les doigts et de toucher les meubles ou le papier peint.
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vendredi, 02 mars 2007
Mauvaises notes.
J'ai 12 ans peut être moins et comme chaque fin de semaine maman regarde le carnet de notes de mon frère rentré de son école où il est en internat. C'est une catastrophe. Maman ne comprend pas, elle est furieuse, elle lève la main pour le frapper et il se sauve pour éviter la gifle. Elle le poursuit dans la maison. Mon frère crie et pleure il passe en courant dans le salle à manger et va se cacher sous le lit de notre chambre où maman ne pourra pas l'attraper. Je suis avec ma sœur dans la salle à manger nous regardons la télé en silence, assis sur le canapé. Papa n'est pas là il travaille. Maman cherche à attraper mon frère, elle tourne autour du lit en faisant craquer le plancher. Elle se penche pour le saisir mais elle n'y arrive pas et cela la rend encore plus furieuse. Mon frère pleure toujours. Je me dis que les voisins vont tout entendre. Elle abandonne la poursuite et sort de la chambre en fermant la porte à clef et revient dans la salle à manger furieuse. –"Il ne mangera pas ce soir et restera au lit jusqu'à demain matin" dit-elle, puis elle s'adresse à moi et le doigt en l'air et le regard menaçant elle me dit -"J'espère que tu ne seras pas aussi nul que lui, toi!". Nous allons dans la cuisine pour manger, le repas est long et personne ne parle.
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lundi, 26 février 2007
Rester digne.
Maman travaillait comme femme de ménage dans un collège, elle faisait en plus des ménages chez des particuliers ou travaillait dans les champs. Papa était employé dans une usine ou routier suivant les époques, il bricolait beaucoup et réparait tout dans la maison.
J'ai le souvenir d'une famille modeste avec le souci constant de toujours économiser, de ne devoir rien à personne et de rester discret et digne.
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lundi, 19 février 2007
La caravane pliante.
Nous allions en vacances à la mer chaque été. C'était important les vacances à la mer. Maman préparait la caravane pliante la veille du départ, elle la nettoyait pendant des heures, remplissait les tiroirs de vaisselle, prévoyait la nourriture à emporter et préparait les valises. Papa de son coté se chargeait de nettoyer l'extérieur de la caravane, de vérifier le moteur de la voiture et de charger les valises dans le coffre. Les rôles étaient bien déterminés mais malgré cela il y avait toujours beaucoup de disputes pour des détails vites oubliés. Ils dépliaient la caravane sur le trottoir face à la maison. Les voisins nous regardaient. Ils venaient voir maman et elle leur faisait visiter la caravane. Elle montrait les sièges avec les coussins colorés, les rideaux assortis, les petits meubles tellement pratiques, les petits tiroirs et le minuscule évier pour la vaisselle. Elles prenaient parfois le café ensemble dans la caravane. Elle était fière, nous étions les seuls à avoir une caravane et à partir chaque été à la mer. Nous partions la nuit suivante vers les deux heures du matin et souvent maman n'avait pas dormi de la nuit car elle terminait sa journée par le nettoyage de la maison une fois que nous étions tous au lit. Il fallait que tout soit impeccable car la voisine avait les clefs durant notre absence et pouvait venir dans la maison. Le dernier geste qu'elle faisait avant notre départ était de vaporiser dans chacune des pièces un produit contre les insectes. Papa aimait conduire la nuit et connaissait le chemin par coeur. Nous allions tous les ans en Vendée à Noirmoutier pendant trois semaines.
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