samedi, 14 juin 2008
Gros lard.
(Mémoire 1969) J'étais un enfant rond. Les joues, les bras, les jambes tout en moi étaient rond. Les mères du quartier, les tantes, la grand mère disaient que j'étais fort quand elles parlaient de moi avec maman. Je pensais que cela voulait dire costaud ou musclé et je trouvais cela bien. Un jour que je jouais avec les filles de mon quartier à la corde à sauter. La mère de l'une de mes copines me voyant peiner et souffler m'a appelé "gros lard". Elles se sont toutes mises à rire. J'ai arrêté mon jeu et je suis allé pleurer chez moi au sous-sol. J'avais 10 ans. Je n'étais donc pas costaud ou musclé mais gros.
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vendredi, 08 février 2008
On verra bien.
(Mémoire 1971) Mon frère est parti au service militaire. Je vais récupérer le lit pour moi seul. Il ne me réveillera plus avec ses ronflements. Il ne prendra plus toute la place en tirant sur les couvertures. Il me laissera tranquille. Je vais récupérer la chambre et mettre aux murs des posters et des affiches de cinéma. Maman est d'accord. Papa a commencé à refaire son vieux vélo de course. Il l'a suspendu aux fils à linge du sous-sol pour le peindre. J'ai choisi rouge pour le cadre et blanc pour les fourches. Les garde-boues sont neufs et brillants. Il aura bientôt fini, ce sera un beau vélo.
Mon frère est parti au service militaire. Il n'écoutait que Johnny ou des musiques de Western. Il ne supportait pas mes disques. Un jour il m'a cassé le "Lundi au Soleil" parce que je l'avais réveillé. Un fois il a jeté ma boite de Lego par la fenêtre dans le jardin. Nous nous battions souvent et je perdais toujours. C'est normal nous avons six ans d'écart. Petit il était malade des bronches et les parents l'envoyaient dans un centre pendant des mois pour qu'il guérisse. Il ne travaillait pas bien à l'école des Sœurs où l'avaient inscrit les parents. Il est parti ensuite dans un pensionnat pendant des années pour apprendre la mécanique. Il faisait le trajet avec le vélo de course puis en mobylette quand il a eu l'age. La mobylette je la récupérerai dans quatre ans.
Mon frère est parti au service militaire. Il est loin en Martinique. Je me rends compte qu'il n'était pas souvent à la maison en fait. Je vais lui écrire. Je ne sais pas. On verra bien.
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mardi, 25 décembre 2007
Cadeau de Noël.
(Mémoire 1973) Dans le champ derrière les maisons de ma rue, une grande marre s'était transformée en patinoire. Mes chaussures glissaient bien sur la glace. C'était comme les patins à roulettes, mais en beaucoup mieux, plus rapide, plus fluide et plus amusant. La glace a cédé quand je suis arrivé au milieu de la marre. Je me suis retrouvé dans l'eau glacée jusqu'aux genoux. Je suis sorti de l'eau difficilement et sans pleurer. Il n'y avait personne pour me m'aider. Mon pantalon et mes chaussures ne séchaient pas et j'ai attendu longtemps dehors de peur de me faire engueuler. Il tombait une petite pluie fine et froide qui faisait fondre la neige et la glace. C'est mon frère qui est venu me chercher, envoyé par les parents inquiets. Maman m'a fait boire un bol de vin chaud avec du sucre. Elle m'a frictionné les pieds, les jambes et le corps avec une serviette chaude avant de me coucher dans mon lit avec une bouillotte. Elle ne m'a pas engueuler elle était rassurée de me voir rentré à la maison. Le lendemain il n'y avait plus de neige du tout et j'ai joué à la maison avec la voiture téléguidée que m'avaient offerte les parents pour noël.
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vendredi, 14 décembre 2007
Limites.
(Mémoire 1971) J'accroche avec des pinces à linges deux morceaux de cartons bien solides aux montants de mon porte bagage. Je pédale de toutes mes forces et je descends ma rue en faisant un bruit infernal de moto. Je freine de toutes mes forces au dernier moment et j'arrive pile sur la ligne blanche du stop. Je marche en équilibre sur les poudres poussiéreuses de la grange de la tante Mauricette à 15 mètres au dessus du sol. Je saute du pont dans la rivière. Je dévale en courant le grand talus de la voie de chemin de fer. Je serre mes mains autour de mon cou jusqu'à ne plus pouvoir respirer.
00:05 Publié dans Enfance | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
jeudi, 08 novembre 2007
Catéchisme.
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lundi, 29 octobre 2007
Duval est un con!
(Mémoire 1972 ) Maman travaillait dans mon collège comme femme de ménage. Je la croisais souvent dans les couloirs. Je ne devais pas aller lui parler à cause de l'intendante sa patronne qui n'aimait pas la voir ne rien faire pendant son travail. Elle était debout habillé de sa blouse bleue à rayures blanches avec son balai dans les mains en haut d'un escalier ou à la porte d'une classe. Je lui faisais quand je passais prés d'elle un petit signe de la main ou un clin d'œil complice. Elle parlait souvent avec les profs. Elle savait tout ce que je faisais en classe et n'avait pas besoin d'aller aux réunions parents profs en fin de trimestre comme les autres parents. Je n’aimais pas la voir laver les carreaux du quatrième étage car j'avais toujours peur qu’elle ne tombe. De temps en temps je venais avec elle pendant les vacances quand elle ne voulait pas me laisser à la maison. Elle me laissait seul dans une classe le temps de son travail. Je lisais, je faisais mes devoirs ou je jouais au professeur en écrivant au tableau devant des élèves imaginaires que je punissais souvent. Je m'ennuyais et trouvais le temps long.
Un jour elle m'a laissé dans la classe de monsieur Duval le prof de musique. Il était l'un des seuls profs à avoir sa classe. Il préparait ses leçons sur son tableau puis refermait le tableau pour l'ouvrir au moment ou les élèves entraient en classe. Je détestais ce prof, ses dictées de notes, l'histoire de la musique qu'il nous lisait à la fin des cours et surtout son haleine puante et son ventre énorme. Il dirigeait la fanfare municipale. Il trouvais que Brassens n'était pas un vrai musicien, ne connaissais pas les Beatles et nous obligeait à écouter des musiques militaires idiotes. Un jour j'ai écris en plein milieu d'une leçon sur son tableau pour que tous le monde le voit bien "Duval est un con". Quelques jours plus tard maman m'a dit qu'elle avait eu des problémes avec Duval et l'intendante. J'ai menti quand elle m'a demandé si c'était moi qui avait écris cela et je ne suis plus jamais retourné au collège pendant mes vacances scolaires.
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mardi, 16 octobre 2007
Repas de fête.
Le visage penché sur la glace suspendu à l'espagnolette de la fenêtre de la cuisine papa se rase calmement. De temps en temps il rince son rasoir dans l'évier rempli d'eau chaude. Il n'aime pas se raser dans la salle de bain, il préfère laisser la place à maman et nous surtout un jour comme aujourd'hui. Ma sœur assise en peignoir sur le canapé attend que maman ait fini de repasser sa robe. Mon frère attache les boutons de manchettes en or de sa communion aux manches de sa chemise blanche en tirant la langue. Il est furieux, il a très mal aux pieds dans ses chaussures neuves. 10 heures et nous ne sommes pas prêts. Maman est habillée, maquillée et parfumée. Elle est furieuse, nous allons rater la messe. Elle déteste rentrer dans l'église quand les gens sont déjà assis, une fois nous avons du attendre dehors que la messe finisse. Nous allons chez la tante Mauricette la sœur de ma mère. Elle invite comme tous les ans ses 14 frères et sœurs pour la fête du village. Cela fait du monde. Des oncles, des tantes, des cousins, des cousines, des nièces, des neveux et des gens que je ne connais pas. Le plus important dans la fête, c'est la messe et le repas. C'est pour ça que maman ne veut pas manquer la messe. Après la messe il y a "l'apéro" au café du village où seul les hommes irons, car les femmes doivent rentrer pour préparer le repas dans la salle à manger. J'aime bien, la nappe blanche sur la longue table parsemée de petites fleurs en tissus, les assiettes colorées les unes dans les autres, les couverts bien rangés de chaque coté des assiettes et les verres brillants de toutes les tailles. Les serviettes blanches comme la nappe serons pliées en accordéon pour faire joli. Maman gardera le menu avec son nom en souvenir. Elle le rangera avec les menus des baptêmes, communions, mariages, noëls et fêtes des années passées dans la boite en fer du buffet. Je serai à la table des enfants dans la cuisine avec les cousins, les cousines, les bébés et la grand-mère Jeanne qui n'aime pas rester assise longtemps et voudra rentrer tôt. Le dessert terminé je demanderai de l'argent aux parents pour les manéges et filerai vite sur la place du village. J'adore les autos tamponneuses. Je suis un champion pour tirer à la carabine et gagner des peluches et des bonbons. Je vais encore monter dans les balançoires pour faire voler la jupe de ma cousine Irène et la faire crier en allant toujours plus haut. Je suis le meilleur pour courir parmi les danseurs et me cacher sous l'orchestre installé sur un chariot. Il faudra aussi que j'invite une fille que je ne connais pas à danser un slow. Les parents n'iront même pas au bal, préférant rester à table, à parler, boire ou jouer aux cartes. Il y aura comme toujours un oncle ou un cousin endormi dans le canapé, sur un coin de table ou sur le lit avec les manteaux et les vestes mélangées de tous les invités. Papa se frotte les joues pour vérifier qu'il est bien rasé et met de la lotion après rasage en se tapant sur les joues. Il verse quelques gouttes de brillantine dans la paume de sa main et lisse ses cheveux. Je regarde ses cheveux briller et respire toutes ces odeurs agréables. C'est certain me dit-il nous n'irons pas à la messe et nous rions ensemble. (Mémoire 1970)
09:00 Publié dans Enfance, Mémoire | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
samedi, 15 septembre 2007
Dans la bibliothéque.
Je les ai trouvé un jour par hasard dans la bibliothèque, derrière les livres sur la résistance. La couverture était bleue avec dans un médaillon au centre une image de femme nue. Il y en avait une dizaine. Je me souviens encore des titres, "L'esclave d'amour", "La vierge soumise", "Ma femme est une vicieuse". Je me souviens des mots, des phrases. "Elle hoquetait de plaisir pendant qu'il la pénétrait violemment" "Il introduisit son sexe dressé dans sa fente humide". " Elle prit sa verge dure comme du bois dans sa main et le masturba". De temps en temps je trouvais un magazine avec des images. J'aimais bien quand les femmes avaient de gros seins, elles n'avaient pas de poils et et le sexe des hommes restait toujours caché. Un jour j'ai emmené une revue à l'école et nous l'avons regardé dans les chiottes en riant pendant la récréation. Il y avait aussi une petite revue avec des conseils pour le couple, des dessins qui expliquaient les positions, des photos et des articles sur la contraception, la masturbation, la fellation, le baiser ou le clitoris. J'aimais beaucoup le courrier des lecteurs et les réponses des psychologues et des médecins. Je lisais et regardais tout cela le jeudi quand j'étais seul à la maison, ou la nuit quand tout le monde dormait avec toujours la peur d'être surpris. (Mémoire 1973)01:10 Publié dans Enfance, Mémoire | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
mardi, 11 septembre 2007
Le cahier de chansons.
Les parents travaillent toute la journée, je suis tranquille à la maison. Il pleut beaucoup et je reste dans ma chambre cela ne me dérange pas au contraire. J'aime être seul. J'écoute en boucle, à fond les Beatles sur mon tourne disque rouge acheté avec l'argent des patates. Je lis les paroles en anglais sur la pochette du disque. Je commence à connaître les chansons par cœur. Je ne comprends pas pourquoi la vielle prof d'anglais ne nous donne pas ces chansons là à traduire plutôt que ses textes débiles. Quand j'en ai marre des Beatles je passe à Sheila, Mike Brant ou C Jérôme ou Ferrat chante Aragon, ma sœur m'a donné le disque. Je fais des play-back en baissant le son pour le remonter quelques minutes plus tard et voir si je tombe juste avec les paroles. J'ai fais un cahier de chanson. J'en ai 120. Je les écris en écoutant la musique ou je trouve les paroles et les photos dans "Podium" ou "Salut les copains". Je recopie aussi des poèmes de Rimbaud ou de Boris Vian que j'aime bien. J'ai terminé les 3 petits romans de Sagan et je lis un roman de Barjavel "Les chemin de Katmandou" que j'ai piqué il y a une semaine. J'ai l'affiche du film avec Renaud Verley et Jane Birkin. J'aime les mots, les phrases, les livres et j'écris. Je bois aussi un peu d'alcool mais il ne faut pas en prendre de trop d'un coup sinon maman risque de s'en apercevoir. J'avale les médicaments de papa que je trouve dans l'armoire à pharmacie de la salle de bain et je dors au fond de mon lit. Je suis un adolescent extrêmement solitaire, secret et rêveur qui a peur sans savoir pourquoi et ne va pas bien. (Mémoire 1974). La chanson:Titre original: "Feelings" © Editions Louis Gasté Paroles: Morris Albert fr : Michel Jourdan. Musique: Morris Albert & Louis Gasté 1974
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dimanche, 12 août 2007
Je déclare la guerre.
Nous sommes dans la rue comme chaque soir de l'été et nous jouons à "je déclare la guerre". Nous avons tracé à la craie sur le macadam un grand cercle que nous avons divisé en 5 parts comme un camembert. Il y a l'Italie, la France, l'Espagne, le Portugal et l'Angleterre. C'est Corinne (L'Italie) qui donne le départ.
–" Jeee déclare laaaaaa guerre à laaaaaaa FFFrance".
Immédiatement nous courrons loin du cercle et stoppons net notre course quand la France (Pascale) dit stop en sautant sur le rond central. Elle choisi l'un d'entre nous, figé sur place et en plusieurs sauts détermine la surface de terre qu'elle va pouvoir lui prendre. C'est notre jeu préféré, il dure des heures jusqu'à ce que l'un d'entre nous n'ai plus de pays. (Mémoire 1972)
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