dimanche, 05 juillet 2009
Mon papa chauffeur livreur.
(Mémoire 1973) Je joue aux Lego sous la table de la cuisine. Il tape ses pieds sur les marches de l'escalier de la maison pour faire tomber la neige de ses grosses chaussures de travail. Je cours lui ouvrir la porte. Il rentre dans la maison et m'ébouriffe les cheveux.
-Salut mon cadet.
Une odeur de fuel envahit l'entrée puis la cuisine. Je vais vite à la fenêtre regarder son camion citerne rouge et bleu avec écris en jaune "Transport Richard livraison de fuel à domicile Tel 0345464767". Il vient boire un café à la chicorée Lerroux. Vite fait, entre deux livraisons. Maman et la voisine écoutent Menie Grégoire sur RTL comme tous les après midi en buvant un café avec des petits beurre Lu. Il pose la cafetière à moitié pleine du café restant de ce matin sur le gaz puis attend debout devant la gazinière. Menie Grégoire continue de parler mais personne ne l'écoute. Il ferme le gaz et verse le café dans son grand bol. Il boit rapidement, debout en regardant la neige tomber dans le jardin. Maman râle à cause les chaussures mouillées sur le carrelage mais aussi pour l'odeur, sur son blouson d'aviateur, sur les habits des enfants et même jusque dans les draps de leur lit. Mais le plus terrible, dit-elle à la voisine ce sont les bleus de travail impossibles à récupérer malgré les heures de trempage et de lavage dans la baignoire. La voisine compatit poliment en levant les yeux aux ciel. Je sais qu'elle fait semblant. Son fils m'a dit qu'elle trouvait ça répugnant d'avoir un mari aussi sale. Son mari travaille en costume cravate derrière un bureau propre et sans odeur. Il est fonctionnaire.
-Ça, il ne risque pas de se salir le fonctionnaire dans son bureau !!!!!! . Dit papa.
Ménie Grégoire en reste muette et la voisine aussi.
Il me regarde du coin de l'œil en souriant. Il s'assoit en bout de la table pour fumer tranquillement. Il passe sa langue sur le bord encollé du papier et fignole sa cigarette en enlevant des petits morceaux de tabac qui tombent sur la table. Maman regarde la voisine pendant que Ménie Grégoire reprend son émission. Il fait jaillir la flamme de son briquet Zippo à essence. Le papier brûle et je m'approche de lui pour respirer la fumée de sa première taffe. Il pose son bol dans l'évier, prend quelques gros carrés de chocolat noir à cuir Cémoi et sort de la maison sans un mot. Il m'a promis de m'emmener faire les livraisons avec lui. Un jour.
J'ai construit son camion en Légo. La cabine, la remorque et j'ai même trouvé un moyen pour faire une deuxiéme remorque avec le nom de l'entreprise et une échelle. Je roule vite sur le carrelage de la cuisine et le tapis de la salle à manger. Les remorques chavirent et explosent incendiant, l'école, l'église et la maison de la voisine avec ses enfants et son mari fonctionnaire dedans.
17:54 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
lundi, 26 janvier 2009
L'eau du bain.
(Mémoire 1974) La voisine dit que je suis fort. J'ai compris maintenant que cela veut dire que je suis gros. Elle devrait mieux regarder son gros cul dans sa blouse de nylon à fleurs ou ses seins énormes qu'elle pose sans arrêt sur le rebord de la fenêtre de sa cuisine. Elle ne sait pas que j'ai embrassé Irène sa fille dans le sous sol quand nous avons fait la boumm pour son anniversaire. Elle ne voulait pas me donner sa langue, je remuais la mienne sans arrêt dans sa bouche sans rien trouver. J'en avais mal aux mâchoires et aux lèvres. Nicolas dit que c'est une allumeuse. Je regarde mes fesses, mes bras, mon torse, mon dos, mes poils et mon sexe dans la glace de l'armoire à toilette. Je ne suis pas gros. Je me rase avec le blaireau de papa, du savon et un couteau de cuisine. Nous prenons nos bains le Dimanche avec ma soeur et nous succédons dans la même eau pour faire des économies. C'est toujours moi qui commence car je suis le plus petit. L'eau est très chaude et laisse des marques rouges sur ma peau et ramollie le bout des mes doigts. Je ne respire plus, le bain devient lisse et calme comme un lac. J'imagine sur mes genoux, mes épaules et ma tête des terres et des forêts peuplées de petits hommes que je noie brutalement. Je fais couler l'eau pour faire une cascade et bat des pieds comme un fou pour faire des montagnes de mousse. Je me branle frénétiquement plusieurs fois et regarde mon sperme sortir de moi en filaments blancs. Je remue l'eau avec la main et imagine les petites bêtes microscopiques filant comme des anguilles. Je m'endors repu et épuisé et me réveille brutalement quand papa tape à la porte.
-Il a encore fermé à clef! C'est pas vrai ça! C'est bientôt fini ce bain. Ne vide pas la baignoire.
J'ai posé mon tourne disque sur la machine à laver et j'écoute les Beatles ou St Preux. J'écoute les bruits de la maison au travers des murs et de la vapeur d'eau. Papa est retourné bricoler au sous-sol pendant que maman fini de préparer à manger. Elle ouvre la fenêtre de la cuisine pour parler avec la voisine. Je regarde les gouttes d'eau couler sur les oiseaux du papier peint que papa imite quand il se rase le dimanche matin. J'aime bien quand il fait le coucou ou le martin pécheur. Hier soir je me suis couché le premier pour fermer la porte de ma chambre à clef. Je ne veux plus dormir avec mon frère quand Nathalie sa copine est à la maison pour le week-end. Le matin elle le rejoint dans notre lit et je les entends s'embrasser et se tripoter. Elle a de beaux seins Nathalie. Je vais draguer Patricia à la prochaine boom, Nicolas m'a dit qu'elle embrassait bien et qu'elle se laissait toucher les seins et en plus elle adore les Beatles. Maman ferme la fenêtre de la cuisine, nous allons bientôt manger. J'entends le générique de "La séquence du spectateur" mais je n'ai pas envie de bouger. Je suis bizarre, tout cotonneux, je me suis encore trop branlé.
Ne surtout pas vider l'eau du bain a dit papa.
(Générique de la séquence du spectateur ;=)))
22:15 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (30) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
jeudi, 22 janvier 2009
Je suis les Poppys.
(Mémoire 1970) J'ai fermé les volets. J'ai allumé de petites bougies que j'ai disposé un peu partout dans ma chambre. Je me suis coiffé soigneusement. J'ai mis mon pantalon rouge et ma chemise à carreaux bleus. Je me suis parfumé avec la brillantine de papa.
Je pose le 45 tours sur mon tourne disque rouge et tir le bras vers l'arrière. Le saphir attérit délicatement dans le sillon. Le disque craque quelques secondes. Je tourne le volume au maximum. Je vais vite au milieu de ma chambre. Le regard froid et dur porté loin vers l'horizon, debout face à la glace, j'attends.
Dooooooong.
Poummmm pou pou. Poummmmm pou pou. Poummmmm ……….
Dooooooong.
Pour tout les enfants de part le monde entier.
Dont les pays sont en guerre plus souvent qu'en paix
Je déclare la trêve pour quelques instants.
Ma voix est grave et puissante. Je suis ému.
En quaaaalité de préééésident des moins de vingt ans.
Même si mon état n'a qu'un ambassadeur qui s'appelle l'amoour que j'ai dans le cœur.
Le play back est parfait. Je l'ai fait des milliards de fois.
Et même si mon sceptre n'est qu'un petit hochet respectez le car maintenant c'est…….
Noëëëëëël Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Nooooooëllll Joyeeeeuuux Nooëëlllll
Je ferme les yeux. Je lève les bras en tenant fermemant mon sceptre imaginaire et dérisoir.
Je suis les Poppys.
Pour tous les papas et toutes les mamans.
Pour tout les généraux et tout les présidents.
Pour Jimmy Hendrix qui ne voulait pas voir.
Pour les blancs les rouges les jaunes ou bien les noirs .
Pour l'ouest ou le sud ou l'est ou bien le nord.
Pour tous les vivants qui distribuent la mort.
Je demande une trêve pour que ce passe en paix cette conférence au sommmmmeeeeeeet……
Noëëëëëël, Nooooooëllll, Nooooooëllll, Nooooooëlll, Nooooooëllll,
Joyeeeeuuux Nooëëlllll oooouuuuuhhhhhhhhh
Il y a même des fois où j'arrive à pleurer, quand le public applaudie et crie sa haine contre la guerre du Vietnam. Mais le plus souvent c'est ma mère qui rentrant du boulot plus tôt que prévu, ouvre brutalement la porte de ma chambre.
-C'est quoi ce bordel…… Tu vas arrêter ça….. C'est pas vrai……et les voisins tu y penses, mais tu vas foutre le feu à la baraque… Mais qui m'a fait ce gamin de merde!!!!.
11:13 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
mardi, 06 janvier 2009
Le pont.
(Mémoire 1969) Je tenais papa par le cou en remuant les jambes comme une grenouille, il avançait doucement me demandant de ne pas l'étrangler puis il a nagé à quelques mètres derrière moi avec des mots d'encouragement et après plusieurs étés je traversais seul la rivière. Il fallait faire attention au courant, ne pas aller droit vers l'autre rive mais de travers contre le courant. Maman marchait au fond de l'eau en faisant les mouvements de la brasse avec ses bras pour me faire croire qu'elle savait nager. Je faisais des sous l'eau et me cachais dans les herbes hautes pour lui faire peur. Une grosse dame faisait souvent la planche. Elle passait sous le pont et devant nous. Nous la regardions flotter au milieu de la rivière, sans un mouvement emportée avec le courant. Je voyais juste son visage, son ventre, ses orteils et deux seins énorme qui dépassaient de la surface de l'eau. Maman disait qu'elle allait jusqu'à Reims comme ça, qu'elle gardait de l'air dans ses poumons pour flotter et faisait gouvernail avec ses mains et en pétant. Mon frère plus âgé que moi escaladait les grilles du pont et les poutres métalliques brûlantes pour plonger. Maman racontait que petite elle avait vu le pont détruit par les allemands et qu'elle devait le traverser chaque jour en équilibre sur une planche étroite pour aller chercher du lait au village voisin. J'ai sauté une fois du pont. Papa m'attendait en bas. Je voyais ses jambes et ses bras remuer dans l'eau pour lutter contre le courant. Le pont tremblait quand une voiture ou un camion passait. J'ai eu le souffle coupé au moment de faire le pas et l'eau était dure et froide sous mes pieds. Je devais vite remuer les jambes pour éviter d'aller m'embrocher sur les vieilles poutres plantées dans la vase. Nous mangions sur la couverture rouge à carreaux les corps tremblant et ruisselant, des chips Vico, des salades de riz et les fruits de la grand-mère. Je faisais des petits bassins avec des cailloux pour capturer des alevins que je ramenais à la maison pour les voir grandir, mais ils crevaient tous. Je cherchais des cailloux plats pour faire des ricochets. Ma sœur écoutait des 45 tours de Sylvie Vartan ou Françoise Hardy sur son mange disque à piles. Papa péchait de petites ablettes brillantes en buvant du café à la chicorée. Maman regardait filer l'eau en souriant. Nous partions tous les cinq dans l'Ariane bleue après le travail de papa et maman. Nous avions la petite plage d'herbe grillée et de cailloux blancs rien que pour nous ou presque. C'était l'été au pont de Thugny-Trugny sur les bords de l'Aisne.
23:04 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 21 décembre 2008
Patins à roulettes.
(Mémoire 1975) Nous faisions du patin à roulettes sur le macadam rose du monument aux morts en face de l'école mais aussi sur la place du marché devant le bloc "bourgogne". Je savais tourner en croisant les pieds et en faisant balancier avec les bras comme les patineurs de vitesse autour de l'anneau de glace. J'avais appris à aller en arrière à toute vitesse sur plusieurs mètres. Je projetais Irène ma copine devant moi en la tenant fermement par les hanches. Nous savions patiner harmonieusement en couple en nous tenant par la taille. Je roulais sur un pied la jambe bien droite, les bras en croix et l'autre jambe tendue vers l'arrière. Je n'ai jamais réussis à tourner sur moi-même à toute vitesse comme une toupie. J'avais bien regardé les évolutions de Peggy Fleming commentées par Léon Zitrone à la télé et nous faisions Irène et moi un couple de patineurs extraordinaire. Il y avait parfois des gens, qui depuis leur balcon applaudissaient quand nous les saluions à la fin de notre spectacle. Les lanières de cuire cassaient sans arrêt, je les remplaçais par les caoutchoucs que j'allais voler sur les bocaux de conserves de ma mère et qui après pourrissaient. L'été, les parents nous autorisaient à manger avec nos patins à roulettes aux pieds.
19:14 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
samedi, 29 novembre 2008
La maraude.
(Mémoire 1969)
Le cerisier déborde largement sur le trottoir par-dessus les grilles. Les cerises sont bien rouges et appétissantes. Ce sont des bigarreaux. Il n'y a personne dans la maison, les volets sont tous fermés et les gens certainement partis en vacances. Je me hisse sur la pointe des pieds. Je tends le bras. Je suis trop petit. Les cerises sont belles et luisantes au soleil. Je monte sur le mur, escalade la grille en fer et saute sur la branche la plus proche. Ce n'est pas plus dur que dans la grange de la tante Mauricette quand nous sautons d'une poutre à l'autre au dessus des balles de paille avec le cousin Robert. Les jambes dans le vide je mange des cerises. Depuis ma cachette je vois le monument aux morts où nous faisons du patin à roulettes avec les filles du quartier. Une dame et son chien passent sous l'arbre sans me voir. Je crache un noyau dans les cheveux de la dame et vise le chien sans l'atteindre. Ils doivent me chercher à la maison. Je m'en fous. Je ne veux pas aller me baigner. Des insectes courent sur les branches. Un piaf vient se poser près de moi. Il avance par petits bons nerveux puis me voit et s'envole vite. Je le suis du regard. Des abeilles tournent autour de moi. Je les chasse d'un mouvement de main. Il faut que je fasse attention au garde champêtre. Il nous a déjà surpris moi et Laurent dans le poirier prés de la voie de chemin de fer. Il était saoul comme un cochon. Nous sommes descendus vite et je me suis écorché les mains et les genoux. Il a secoué Laurent en le tenant par le bras et menacé de prévenir ses parents instituteurs. Laurent commençait à pleurer et moi j'ai cru que j'allais pisser de trouille dans mon froc. Il n'a rien dit aux parents de Laurent et ce n'est que bien plus tard que nous sommes retournés à la maraude en chantant "C'est le garde champêtre qui pue qui pête et prend son cul pour une trompette".
00:05 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 23 novembre 2008
78,33 et 45 tours.

(Mémoire 1977) Mon frère avait donné sa chaîne Hi-fi stéréo à mon père avant de partir pour son service militaire. C'était une chaîne avec platine, tuner, et double cassette rien à voir avec le tourbe disque qu'il avait depuis 10 ans. Il l'avait installé au sous-sol dans un meuble qu'il avait fabriqué avec des planches de contre plaqué récupérées dans la décharge du "Blanc Mont" sur la route de Reims. Mon père a toujours aimé la musique, il avait beaucoup de disques, des 33 tours, des 45 tours et même un ou deux 78 tours. Je profitais de son absence le mercredi après midi pour les regarder. Je tenais les vinyles avec précaution par le bout des doigts pour ne pas laisser d'empreinte. Je passais des heures à regarder les pochettes, à lire les paroles des chansons puis à les recopier sur mon "cahier de chanson" et à sortir les galettes noires de leur enveloppe translucide et bruyante. Il les rangeait debout les uns contre les autres par ordre de préférence dans le bas du meuble. Il y avait de tout. Des disques d'Edith Piaf de Gilbert Bécaud,de Jacques Brel, de Tino Rossi et d'André Verchuren le vieil accordéoniste toujours dernier de la rangée car il le l'écoutait plus depuis longtemps. Mon père aimait particulièrement danser. Il avait des vinyles de tango, de valse, de "paso doble", de marche qu'il mettait pendant les communions, les noëls, les anniversaires. Toutes les occasions étaient bonnes pour qu'il fasse le DJ avant l'heure. Il aimait aussi beaucoup les musiques de film "Shaft" que j'écoutais sans arrêt, "Autant en emporte le vent" ou "Le parrain et surtout les westerns d'Ennio Morricone.
Ma sœur lui avait donné un coffret de 10 33 tours "Ferrat 10 ans" avec des chansons faites sur les poèmes de Aragon qu'il n'écoutait jamais mais que je connaissais par coeur. Moi, je lui avais acheté pour un anniversaire un disque de valses de Vienne.

Mais le plus important pour lui et pour moi c'était les premiers de la rangée, les 45 tours. Mike Brant, Nicoletta, Frédérique François, Demis Roussos, Christian Delagrange, les Poppys et surtout Dalida que mon père adorait. Uniquement de la variété Française. Je posais le 45 tours sur la platine puis la pointe en "diamant" atterrissait doucement dans le sillon faisant crisser les baffles. Je regardais les aiguilles bouger avec le son et tournait le bouton à fond pour les pousser dans le rouge +++. Je restais assis en tailleur devant les hauts parleurs puissants pour sentir le son taper dans mon ventre.
Papa est mort, Dalida aussi et beaucoup des chanteurs sont oubliés mais la chaîne hi-fi stéréo est dans le sous-sol avec les disques toujours rangés selon les dernières préférences de mon père car ma mère n'a jamais voulu que nous y touchions.
01:14 Ecrit par Marc dans Enfance, Papa | Commentaires (23) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
jeudi, 13 novembre 2008
Noirmoutier été 1973.
(Mémoire 1973 ) Papa prenait les photos avec le retardateur. Il courait vers nous 4 pour se mettre en position et souvent arrivait trop tard. J'ai gardé quelques photos avec seulement une jambe, un bras ou une partie de son corps. Nous sommes tous les quatres figés, le regard rivé sur l'objectif avec parfois sur le coin des lèvres et dans les yeux le début d'un éclat de rire qui le rendait furieux. Il mettait un soin extrême à photographier nos vacances à Noirmoutier. Les photos sont dans une boite à chaussure dans le meuble de la maison. Il partait à la pêche très tôt le matin et ramenait des anguilles. Je les touchais avec dégoût et fascinations. Maman les attrapait avec un torchon et les dépiautait avant de les faire cuire à la poéle avec des épices. Nous allions aussi le long du passage du Gois pécher à marrée basse avec du sel, des couteaux. Maman les cuisinait avec une sauce Ardennaise de son invention. C'était bon.
J'ai rencontré José de Rouen à Noirmoutier. Il avait une petite sœur blonde et bronzée qui se laissait embrasser et peloter dans le blockhaus échoué sur le sable de la plage. Elle avait peur des puces de sable qui lui chatouillaient les fesses. Nous faisions des parties de "gendarmes et aux voleurs" dans le camping de la Guérinière et trébuchions dans les fils des tentes. La nuit nous allions écouter les ronflements des campeurs et les bruits des couples amoureux qui nous faisaient rougir et pouffer de rire. Un jour de tempête j'ai vu une tente s'envoler et des gens en maillot de bain courir pour la rattraper. Les habitants de l'île disaient qu'elle allait couler tellement il y avait de monde. Il n'y avait pas encore de pont à ce moment là, seulement le passage du gois ouvert uniquement à marrée basse. Ma soeur venait d'avoir son Bac, mon frère avait acheté le 45 tours de "la maladie d'amour" et Papa chantait des chansons de Dalida en se rasant face à la petite glace accrochée sur le piquet du auvent de la caravane pliante.
C'était à Noirmoutier pendant l'été 1973 et il y avait ma sœur, mon frère, ma mère, mon père et moi.
01:34 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (14) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
mardi, 21 octobre 2008
Tante Henriette.
(Mémoire 1972) Je compte les châteaux d'eaux et les voitures qui doublent l'Ariane bleue de papa. Je sens déjà un drôle de truc dans mon ventre. Maman a mal à la tête. Elle a dormi avec ses bigoudis pour faire sa mise en plis ce matin. Je ne me suis pas lavé avant de partir. J'ai fermé la porte de la salle de bain à clef et j'ai laissé couler l'eau dans le lavabo. La voiture empeste la laque et la brillantine. Papa ouvre un tout petit peu sa fenêtre parce que maman lui demande mais il laisse le chauffage. J'aimerai bien que l'on s'arrête. Il n'y a que des champs de betteraves et de terre. C'est moche. Je me demande vraiment pourquoi nous allons chez la tante Henriette à Chalon sur Marne. Maman ne l'aime pas. Elle dit toujours qu'elle devrait être morte au moins trois fois depuis qu'elle nous emmerde avec ses cancers du colon et du foie. Je respire un grand coup. C'est pire. Henriette déteste les enfants. Nous sommes trop bruyant. Elle entoure les pieds de la table de la cuisine avec du papier cul pour éviter les chiures de mouches. Elle nous demande toujours d'enlever nos chaussures pour prendre les patins et nous marchons tous bêtement comme des robots dans la maison. Elle est vraiment bizarre. Maman dit qu'elle est maniaque et qu'elle devrait se faire soigner les nerfs. Heureusement qu'il y a l'Almanach Vermont et Lucien son mari. Lucien me donne des bonbons et l'Almanach Vermont. Il sait que je suis gourmand et que j'aime les dessins drôles du livre rouge. Il n'a qu'une dent. Elle est juste devant, en plein milieu de sa bouche mais cela ne l'empêche pas de sourire toujours. Un camion nous double. Je n'ai plus envie de compter. J'ai mal à la tête. La voiture ralentit et s'arrête sur le bord de la route. Papa a envi de pisser. Maman en profite pour baisser les vitres. Nous le regardons debout les jambes écartées face à un arbre. Il fume et regarde en l'air. La voiture bouge quand une voiture passe. Papa revient vers nous, son pantalon est mouillé. Maman dit qu'il ne sait même pas pisser droit. Nous reprenons la route. Ils n'ont pas la télé. Je vais louper "Disney Dimanche". C'est vraiment pas juste. Je crois que je vais vomir sur la mise en plis de maman.
00:36 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
dimanche, 24 août 2008
Dimanche jour du seigneur, du tiercé et de la belote.

( Mémoire 1971 ) Tous les dimanches matin oncle René et tante Mauricette débarquaient à la maison. Ils passaient par le sous-sol sans frapper. L'oncle René montait les escaliers quatre à quatre, rentrait dans les chambres, tirait les rideaux, ouvrait les volets et réveillait tout le monde.
-"Debout la dedans, on se réveille, c'est le jour du seigneur et du tiercé".
Je détestais ça. Je me cachais sous les couvertures, mais c'était foutu, j'étais réveillé. N'importe comment il y avait la messe. La maison prenait vite des odeurs de café, de pain et de croissant. Ils s'installaient dans la cuisine pour déjeuner. René mettait toujours un peu de goutte dans son café. Ils lisaient les journeaux spécialisés, Paris turf, Tiercé magasine, les chevaux, les jockeys, le terrain, le temps, la course, les favoris, les pronostics, c'était du sérieux. Il fallait réfléchir, analyser, lire les commentaires des spécialistes. Ils n'étaient jamais d'accord. C'est moi qui marquais les tickets avec la pince métallique spéciale PMU. Les hommes prenaient la voiture et partaient valider les tickets au café "Le turfiste" rue Gambetta. Ils me déposaient à la messe de 11 heures. Je ne devais pas manquer un seul dimanche pour pouvoir faire ma communion et avoir la montre ou la gourmette. Papa me donnait des pièces pour la quête. J'en gardais la moitié pour les bonbons du chemin du retour. Maman et la tante restaient à la maison et préparaient le repas. L'après midi, ils attendaient les résultat à la télé. Léon Zitrone toujours essoufflé commentait les courses. Il donnait les noms des chevaux, des jockeys et les couleurs des casaques. J'aimais bien quand un jockey tombait par-dessus une haie ou dans l'eau. Zitrone hurlait, criait et les parents aussi. Un jour la tante a gagné les trois premiers dans l'ordre, c'était au "prix d'Amérique". Elle a payé le cinéma et le restaurant à tout le monde. Nous sommes allés voir "la grande Vadrouille". Le tiercé terminé, ils jouaient à la Belote pendant des heures. Ma mère me prenait sur ses genoux et je posais sur le tapis vert les cartes qu'elle me désignait du doigt. Elle me laissait jouer parfois pour m'apprendre et me donnait une petite tape sur les doigts quand je me trompais. J'aimais bien dire les annonces, atout, belote, rebelote, dix de der, tierce et carré. Je calculais et notais les points des équipes sur le carnet en faisant une colonnes nous (les femmes et moi) et une colonne eux (les hommes). Maman et Mauricette gagnaient toujours. Elles étaient plus malines. L'oncle René faisait la gueule, buvait sa goutte et engueulait papa toujours trop lent, pas malin et tête en l'air.
J'ai fait ma communion, la tante Mauricette m'a offert une montre Lip dans une boite bleue et l'oncle René nous a réveillé le Dimanche matin encore pendant quelques années et puis, ils ne sont plus venus.
21:01 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
