jeudi, 01 novembre 2007

Fin de journée.

75a341d77f661b250d77d1e79adde07a.jpgL'eau de l'étang est haute. C'est le silence, seulement les cris des oiseaux et l'envol des flamants roses. Les filets des pécheurs sèchent au vent. Des barques abandonnées pourrissent et disparaissent dans la vase. Le ciel est couvert et le soleil se couche doucement. Hier nous avons fait l'anniversaire de ma fille. La petite. Quand sa grand-mère l'a appelée au téléphone, elle se tortillait de plaisir comme une enfant qu'on chatouille. Elle jouait la surprise et l'étonnement. Elle était magnifique et tellement heureuse de recevoir ses cadeaux. Les avions atterrissent sur l'aéroport juste à coté. La journée de travail a été longue. Je suis debout depuis 6 heures. Je n'en peux plus. Je suis fatigué. Je marche un peu avant de rentrer à la maison. Je dois faire le vide, décompresser et enlever toutes les salissures de la journée. Un pécheur dans sa barque remonte ses filets. Il fait presque nuit maintenant. Je distingue au loin les immeubles de la Grande Motte en forme de pyramides. J'ai besoin de temps. Encore. Je vais aller lire un peu au café de L'avenue.(Montpellier Carnet le 15 Juin 1998)

lundi, 22 octobre 2007

Aller retour en famille.

(Mémoire Mai 1978 extrait Carnet Avril 2001). Je suis seul dans le compartiment du train. La tête contre la vitre je somnole. Je vais chez ma sœur et chez les parents en fin de journée. Les images défilent comme un film dans ma tête, mon départ de la maison et mon  installation à Paris il y a eux mois déjà. Le train ralentit, j’arrive à Reims. Je me lève et prends mes affaires. Je descends. Il fait mauvais. Je rejoins à pied la station de bus. C'est une petite ville, je regarde les rues, les voitures, les gens et je me dis que pour rien au monde je ne voudrais vivre ici. Ma sœur habite dans un quartier en banlieue. Le bus me dépose juste au pied de son immeuble. Elle habite tout en haut. Je prends l'ascenseur. C'est elle qui m'ouvre. Elle est contente de me voir. Je suis étonné de sa joie. Elle semble épuisée. Elle a le même regard que ma mère avec ce coté autoritaire et dur. Je remarque aussi des expressions et une démarche identiques. L'appartement est petit. Je pense à la maison de mes parents. Les meubles, les fauteuils, la télévision, le bureau tout est en place. Ils se sont achetés une super chaîne stéréo. Elle me montre son bébé. Il dort dans un couffin près du bureau. Je le regarde. Je ne ressens rien. Je n'arrive pas à être content. Il fait partie de ma famille. Il ressemble à un bébé. Il est comme moi au même âge, les yeux, les cheveux. C'est maman qui le dit. Il bouge un peu. Il tourne la tête et fait semblant de téter. Il lève les bras au dessus de sa tête. Il ferme les poings comme s'il tenait une pièce dans chaque main. Je croise le regard émerveillé de ma sœur. Je lui souris. Je comprends à quel point sa vie est là. Nous mangeons dans la cuisine. Elle me montre l'appartement, les papiers peints, les meubles. Elle m’explique tout ce qu’elle a l’intention de faire. Elle me parle de son travail et de son mari. Ils ont prévu d'acheter une maison. Elle m'explique comment fonctionnent les prêts des banques. Je devrais commencer dès maintenant si je veux quelque chose un jour. Elle me raconte son accouchement et toutes ses souffrances. Elle ne me parle pas de l'école ni de Paris. Je ne lui dis rien de ce que je fais. Elle me propose d'être le parrain de son fils. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je suis d'accord. Je m'installe au fond d'un fauteuil. Je branche la chaîne stéréo et écoute un disque le casque sur les oreilles. C'est génial. Je garde le bébé pendant qu'elle fait les courses. Je le prends dans mes bras. Il sourit. Je regarde les albums photo rangés dans un meuble. Le mariage prend trois albums. Je me souviens à peine de ce jour. Au moment de partir elle me dit que je peux compter sur eux si j'ai besoin et elle me glisse deux billets de cent francs dans la main. Je la remercie. Elle me donne un baiser. J’embrasse mon neveu sur la main. Je reprends le train vers les parents. Avant d’arriver à R…, juste après le tunnel je regarde les bois où j'allais jouer. Depuis la gare, le chemin est long jusqu'à la maison. J'hésite. Je prends mon temps. Je rentre dans une librairie que je connaissais bien. Les employés ont changé. Je m'arrête dans un café. La salle est presque vide. Quelques habitués. Cela sent l'ennui et le temps qui passe doucement. Pour rien au monde je ne voudrais revivre dans cette ville. C'est petit et sinistre. Je finis mon café et je continue mon chemin vers la maison. Ils sont à table. Papa me serre la main. Maman m'embrasse. Elle prend mon sac de linge et l’emporte dans la salle de bain. Je m'installe avec eux, maman me sert à manger. Ils sont contents de me voir. Je ne parle pas. Maman me donne des nouvelles de toute la famille, les tantes, les oncles, les cousins. Nous regardons la télé. Papa parle au téléviseur. Il se fâche face à la connerie des joueurs. Il rouspète pendant les pubs et  Maman s'endort les bras croisés sur le ventre. Le soir je me mettais sur ces genoux pour regarder le film. Elle disait qu’a 20 ans je serais encore sur ces genoux et je n'ai pas encore 20 ans. Il y a longtemps. Le film est fini. Je n'en peux plus. Papa va se coucher. Il prépare ses affaires pour demain matin ou pour cette nuit quand il va se lever pour pisser. Le bol de café, le sucre, le lait puis il se couche sans un mot. J'aide maman à débarrasser la table. Nous faisons la vaisselle. Elle me parle de ma sœur et de son bébé. Je fais des efforts pour parler. Maman raconte ses accouchements et des histoires que je connais par cœur. Je l'écoute. Je fais attention. Je ris un peu. Je lui demande de continuer. Je pose des questions sur mon frère. Elle ne répond pas. Elle ne sait rien. Il est très secret et elle ne le voit pas souvent. Je me couche. Ma chambre n'a toujours pas changé. Je me dis qu'ils pensent que je vais revenir. Je n'arrive pas à dormir. Je retrouve les bruits de la maison la nuit. Le souffle du chauffage qui me réveillait souvent. Les ronflements de papa, l'horloge de la salle à manger que maman n'a jamais voulu arrêter. Le volet qui bouge au moindre coup de vent. La porte des chiottes qui grince quand papa se lève pour fumer. La lumière des réverbères qui traverse les volets et vient se poser juste au milieu du lit. Il faut dormir, j'ai  envie de partir.

mardi, 29 mai 2007

Il pleut.

C'est une soirée pluvieuse et triste. Les enfants sont couchés depuis longtemps et tu n'es toujours pas rentrée. J'ai fait la vaisselle, rangé les assiettes, les verres et nettoyé la gazinière. Tu ne rentres pas et je commence à m'inquiéter. Je n'aime pas quand tu es dehors avec la voiture et qu'il pleut. Une réunion pour le travail. Il est vraiment tard beaucoup trop tard pour une simple réunion de travail. Je suis inquiet. Je n'arrive pas à regarder la télé. Je prends un livre et le repose aussitôt sans réussir à lire. Je me couche et n'arrive pas à dormir. Il faut que je pense à gonfler le vélo de la petite dès demain. (Reims extrait carnet du 12 Avril 1995)

lundi, 21 mai 2007

Les uns contre les autres.

Le soir après le repas nous regardons la télé tous ensemble assis dans le canapé rouge. J'ai baissé la lumière de l'halogène. Nous nous serrons les uns contre les autres et trouvons après quelques hésitations une position confortable. Les jambes et les bras se mélangent. Les têtes s'inclinent et trouvent un appui doux et confortable. Les mains caressent ou grattent distraitement un dos ou un mollet douloureux ou contracté. Le chat est blotti autour du cou de ma femme et j'entends son ronronnement régulier. Le chien est entre moi et ma femme et ma fille le caresse. C'est agréable, doux et reposant de nous retrouver ainsi les uns contre des autres. Le téléphone sonne, personne ne bouge, c'est trop loin, ils rappelleront plus tard. (Montpellier extrait carnet du 03 Octobre 2005)

mercredi, 16 mai 2007

Photo numérique.

J'ai posé mes lunettes sur le bureau à côté de l'ordinateur et je me suis frotté les yeux. J'ai regardé la photo de ma fille sur l'écran. Une jolie photo qu'elle a faite elle-même l'appareil numérique porté à bout de bras. Un sourire à peine fabriqué, des cheveux dans les yeux, la télé allumée juste derrière elle et le chien qui regarde. Une jolie photo d'enfant dans une douce lumière matinale. Je me rends compte qu'il existe aussi une photo de moi où j'ai le même âge et ce même regard noir et volontaire. (Montpellier extrait carnet du 02 Mars 2006)

mercredi, 11 avril 2007

Continuer de vivre.

medium_thumb_20060616214104_img_5112-01.jpgJ'attends avec impatience depuis une semaine le moment où après avoir fixé le prochain rendez-vous et payé, je vais laisser se dérouler la séance. Nous allons peut être parler assis l'un en face de l'autre comme deux amis intimes de toujours à moins que je ne m'allonge sur le matelas pour parler pendant qu'il m'écoutera assis derrière moi ou sur le coté. Les possibilités sont nombreuses, mais aujourd'hui mon corps et ma tête sont tellement douloureux que je vais demander un massage et laisser venir à moi les mots.

Il m'a soigné pendant 2 ans, petit à petit chaque semaine par son écoute, son toucher et sa présence bienfaisante. Maintenant je vais mieux et peux continuer de vivre sans lui.

(Montpellier extrait carnet du 06 Novembre 2005)

lundi, 09 avril 2007

Rebuffy Pub.

Le "Rebuffy Pub" est dans le quartier Foch au centre de Montpellier. Une petite terrasse, des platanes pour l'ombre, des roses pour le parfum, un endroit agréable et convivial où les gens boivent, écoutent de la musique ou jouent à des jeux de société. Il fait chaud mais les platanes nous protégent et un petit vent vient nous rafraîchir discrètement. Je lis et  je prends le temps d'écouter les conversations autour de moi et de regarder les gens. Une femme attend quelqu'un, elle est impatiente, le pied trépigne et le visage est tendu. Elle n'arrive pas à se concentrer sur sa lecture du "Midi Libre". Un serveur vient la voir et pose sa commande sur la petite table ronde. Un homme seul prend une bière, il caresse d'une main traînante le chien couché à ses pieds. Je tente de saisir les conversations des hommes assis sur ma droite ils parlent et boivent des bières en jouant à un jeu de société. Ils sont étrangers. Je distingue des mots Français, et des sons inconnus. Derrière le comptoir une femme nettoie les verres le regard dans le vague et les yeux au plafond. Elle sourit. Je suis bien, je découvre cette ville et elle est belle.

(Montpellier extrait carnet du 02 Septembre1995)

jeudi, 05 avril 2007

Seul.

C'est un peu plus tard que mon frère est parti de la maison pour faire son service militaire et que ma sœur a déménagé dans sa chambre d'étudiante et que je me suis retrouvé seul face aux parents.

(Reims extrait carnet du 03 Mai 1982)

mardi, 13 mars 2007

Après une séance.

Je croise les  bras  sur la  table et je pose ma tête dessus. Je m'endors rapidement malgré les bruits du bar et je me réveille en sursaut quand un homme parle fort prés de moi après 20 minutes d'un sommeil lourd et plein de rêves. J'ai transpiré, ma chemise me colle et j'ai mal à la tête. Il est déjà 20h45, il faut que je rentre vite, elles vont s'inquiéter. Je sors du bar et rejoins ma voiture quelques rues plus loin. Je n'ai pas pu résister, à chaque fois que je termine une séance je m'écroule de fatigue. Cela m'arrive dans la voiture, sur un banc ou immédiatement après être rentré à la maison, c'est tellement dur et éprouvant en ce moment ce qui se passe que je n'ai pas le choix. Il me faut ce moment d'abandon et de récupération. (Montpellier extrait carnet du 12 Septembre 1999)

mercredi, 28 février 2007

La plage de la jetée de Carnon.

Je termine mon casse croûte assis sur les rochers au bout de la jetée de Carnon. La mer est agitée et il fait un peu froid. Je jette un morceau de pain dans l'eau. Une mouette le récupère immédiatement et s'envole, une autre la suit et tente de récupérer le morceau de pain qui retombe dans l'eau, elles abandonnent le combat et c'est les poissons qui mangent. Un bateau sort doucement de la base nautique, un homme est au gouvernail et me fait un signe de la main. Je lui réponds. Nous sommes venus plusieurs fois ici avec ma femme regarder ma fille faire de la voile avec son école. Je me souviens bien des petites coques des bateaux et des voiles aux couleurs du village gonflées par le vent. C'est un bon souvenir, ma fille fière d'elle nous faisant coucou régulièrement. Je me lève et vais rejoindre ma femme marchant avec le chien sur la plage de la jetée de Carnon.

(Carnon extrait carnet du 25 Mars 1999)

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