mardi, 26 mai 2009

Dur d'être un héros.

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podcast

(Nouvelle Mai 2009) Je ferme la porte doucement en tenant le trousseau de clefs qui pend à la serrure. Le chien m'attend en haut de l'escalier puis, va vite te rejoindre dans le lit dès qu'il comprend que je ne vais pas le sortir. L'alcool et la fumée me brouillent la tête. J'ai faim. Dans le miroir de la salle de bain mon visage est gris comme mes cheveux et ma barbe. L'eau me débarrasse des parfums, de la fumée, de la sueur et de l'alcool.

 

Je déteste les karaokés, mais j'étais suffisamment ivre et triste pour danser et chanter les tubes des années 80. Olivier a fait une imitation de Travolta et des Bee Gees à hurler de rire et je suis monté sur la scène avec lui pour faire les "Village People". Je ne tenais plus debout mais la voix cassée, enrayée et enfumée de Capdevielle m'a soudain réveillée. C'est terrible comme les souvenirs peuvent disparaître et revenir vous fracasser la tête brutallement. J'ai chanté sans regarder les paroles qui défilaient sur l'écran derrière moi "40 à l'ombre et les rues sommeillent..." et j'ai fait un carton.

 

J'avale une tranche de jambon et bois du lait. Le chat pose les pattes avant sur la porte du placard et s'étire, la gueule ouverte et les yeux brillants d'envie. Debout devant la fenêtre je regarde la rue. Ma fille me manque. Nous communiquons par texto avec des "j t'm" et des mon "papounet" trop brefs et trop rares. Tout est allé tellement vite. Les lampadaires s'éteignent un par un, dans 6 ans nous serons propriétaire de cet appartement vide. Il est où ce 33 tours de Capdevielle "Planete X"? Perdu? Comme tant de choses au fil des années. Je l'avais acheté alors que nous nous connaissions depuis 1 mois. Les paroles tournent dans ma tête avec ces images de nous. Tu ne l'aimais pas beaucoup au début mais il est vite devenu notre disque.

 

Je ne vais pas déplier le canapé pour dormir. J'en ai marre de ces nuits "d'adolescent" solitaire. Je m'enroule dans une couverture et m'assoie face à la télé allumée sans le son. Je partirai tôt, dans 2 heurs pour ne pas te croiser , même si je sais que tu attendras que je sois parti pour te lever. Je dormirai dans la voiture à ma pause déjeuner. Tu sors avec tes copines du boulots ce soir,si  je ne rentre pas trop tôt nous nous verrons que demain soir. C'est mieux comme ça. Olivier ne sera pas au boulot. Il va se prendre un avertissement. Il déconne. Nous avons parlé tous les deux assis sur les marches de la sortie de secours une bière à la main pendant que les plus jeunes attaquaient les années 90. Il a dégueulé et pleuré sa femme partie. Il commence à faire jour, la voisine ouvre ses volets. Je souris en voyant ses cheveux jaunes en bataille et son visage chiffonné.

 

C'est dur de ne pas faire de bilan de ces 20 années ensemble, de ne pas regarder en arrière, de ne pas pleurer, de ne pas boire et de te quitter en t'aimant encore.

Je sombre doucement avec Capdevielle dans la tête et tant pis si je dors.

lundi, 19 janvier 2009

Les autres.

(Nouvelle Mai 2008) Je l'écoute coucher la petite. Elle chante toujours la même petite chanson que j'adore. Elle me rejoint dans le lit et se couche sur le coté en me tournant le dos. Je me tourne vers elle et pose ma main sur sa hanche. Elle dort déjà, ou fait semblant. J'ai envie de la toucher, de la sentir. Je compte les jours, les semaines, les mois sans rien. Elle me manque. Dans la journée elle m'évite, trouvant toujours un prétexte pour s'éloigner.  Je me demande comment font les autres hommes. Moi, j'ai pleuré assis sur le bord de la baignoire. J'étais simplement anéanti. Et si nous déménagions? Je pourrai vendre des adoucisseurs d'eau à  Cherbourg ou Bordeaux ou prendre la responsabilité d'une agence pourvu que ce soit loin d'ici. Non. Impossible. Elle a eu trop de mal à retrouver un travail après son congé maternité et elle serai capable de me dire de partir seul. Il y a peu de temps  elle donnait un prétexte, la fatigue, les enfants, le travail. Ce n'est plus nécessaire maintenant. Il me semble l'avoir croisé un soir où j'allais la chercher au boulot. C'est fou comme il est différent de moi. Plus grand, presque maigre et plus jeune aussi. J'enlève ma main de sa hanche et me tourne sur le coté du lit. Je pense à mes parents dans leur chambre la nuit. J'épiais les bruits qu'ils faisaient. Parfois mon père se levait brusquement pour aller aux toilettes fumer ses gauloises, d'autres fois je l'entendais se lever doucement pour fermer la porte de leur chambre puis se recoucher auprès de ma mère. J'écoutais les bruits du lit. Le lendemain matin je me précipitais dans leur lit pour me faufiler entre eux deux et dormir encore un peu avant l'école. Je me demande comment ils ont fait, eux, pour tenir si longtemps. Je n'ai pas envie de vivre comme eux. Une voiture s'arrête au feu rouge, le moteur tourne au ralenti. Peut être qu'elle aussi a pleuré quand elle a compris mes infidélités? nous n'en avons jamais parlé. Si Nicolas mon collègue de travail cet imbécile n'avait pas parlé, elle n'aurai jamais rien su et nous serrions encore heureux. Comme avant. Je ne vais pas dormir. Le réfrigérateur fait toujours le même bruit continu et rassurant. Le temps va certainement agir en ma faveur. Elle va se lasser de lui, le quitter et revenir vers moi. Et puis, il y a la petite. C'est évident. C'est certain. Nous vivons sous le même toit déçus l'un de l'autre.

Les femmes sont intransigeantes et moi un imbécil. 

lundi, 15 décembre 2008

Calou.

(Texte bref Décembre 2008 ) Calou habite près du cimetière. Je vais jouer chez elle le Jeudi après midi et le samedi. Elle a une grande et belle maison, bien plus grande et belle que la mienne. La mère de Calou ne travaille pas. Elle s'occupe de la maison, des enfants, de son mari et de nos  goûters. Elle donne aussi des cours de catéchisme le Jeudi matin. Je joue au marchand avec Calou. Je suis l'épicier avec le crayon papier coincé derrière l'oreille. Je vends des échantillons de produits ménagers. Le Cif pour récurer l'évier en inox. La lessive Bonux pour laver les habits des poupées et du baigneur noir. Le Paic citron pour la vaisselle en pyrex. Le Mr Propre pour le carrelage à petits carreaux multicolores. Calou fait ses courses et achète ce qu'elle veut dans mon épicerie. Elle me paye avec les billets du Monopoly. Elle a des enfants bruyants et sales qu'elle tape souvent en prenant une voix aigue comme celle de sa mère.   

Quand Calou ne veut plus jouer à la marchande nous jouons à la balle contre le mur de sa maison. Nous chantons en même temps que nous lançons la balle contre le mur.  

Sans bouger.

Sans rire.

Sans parler.

D'un pied, de l'autre.

D'une main.

Petite tapette.

Grande tapette.

Moulinet.

Croisé et tour de France.

Quand Calou ne veut plus jouer à la balle nous jouons à la poupée dans son sous-sol. Il faut sans arrêt, déshabiller, habiller, promener, laver ou peigner les poupées et Calou a beaucoup de poupées. Le baigneur noir est particulièrement difficile à habiller. Il est beaucoup trop gros, pas assez articulé et surtout, rien ne lui va.

Quand les poupées dorment Calou veut jouer à la corde à sauter. Pour jouer à deux, il suffit d'accrocher la corde à une porte.

Mademoiselle Calou est la préférée

De Monsieur Laurent  qui veut l'épouser.

Si c'est oui c'est de l'espérance,

Si c'est non c'est de la souffrance

Oui, non, oui, non 

Calou ne sait pas bien sauter à la corde et elle a vite fait de toucher la corde et de trébucher sur un non. C'est toujours de ma faute quand c'est non. Elle dit que je vais beaucoup trop vite et va se plaindre à sa mère qui la console en lui caressant les cheveux. C'est souvent à ce moment là que la maman de Calou me demande de rentrer vite chez moi. Je prends mon vélo et retourne à la maison en me disant que vraiment, Calou est une mauvaise joueuse.

lundi, 10 novembre 2008

1 2 3 soleil.

 

soleil.jpg(Texte bref Novembre 2008) J'ai l'impression que les maisons sont plus petites et la rue moins longue. J'ai garé ma voiture devant mon ancienne école primaire près du grand marronnier ou nous jouions à 1 2 3 soleil. Je passe devant la maison de la voisine Mme Garcia. Un rideau bouge. Elle est encore vivante cette vielle salope. C'est elle qui avait dit à ma mère que j'avais ramené une fille un mercredi après midi. Elle s'appelait Michelle comme dans la chanson des Beatles. Je l'aimais bien Michèle même si elle n'avait pas de seins. Je me suis pris une baffe monstrueuse dont  je me souviens encore, quand papa est rentré le soir même. Les arbres sont plus grands que dans mon souvenir. Je serre les clefs dans mes mains. Il y a deux ans que je ne suis pas venu ici mon frère et ma soeur sont en vacances à l'étranger et c'est moi que le notaire a appelé. J'ai roulé 4 heures pour venir, Sophie et les enfants sont restés en vacances à For Mahon. Il n'y a pas d'enfant dans la rue malgré les vacances. C'est un quartier mort. Il existe une photo des enfants du quartier un jour de Mardi Gras. J'avais 10 ans et je suis déguisé en "Zébulon" un personnage du "manége enchanté". J'avais un gros masque rouge avec des moustaches noires que je pouvais faire bouger en tirant sur deux fils invisibles. Je répétais sans arrêt "tournicoti-tournicoton". J'arrive au bout de la rue. J'ai chaud. Le "champs" où nous joions a été remplacé par des HLM et un lotissement qui va jusqu'à la ligne de chemin de fer. Je vais attendre qu'ils arrivent. La boite aux lettres porte encore notre nom de famille suivi de "et leurs enfants". C'est mon père qui avait fabriqué cette boite aux lettres en forme de maison pour oiseaux. Je ne veux pas rentrer seul dans la maison. Il faudra que je passe chez le notaire avant de partir. Je lui laisserai les clefs et il pourra organiser les visites sans moi ni mon frère ou ma soeur.

  

Un 4X4 noir tourne au coin de la rue et se gare juste devant moi. Un jeune homme et une jeune femme en descendent. Je les trouve très beau et souriant. Ils sont immédiatement suivi par 4 enfants qui se mettent à courir dans la rue, en gesticulant et criant. L'un deux sort un ballon de la voiture pendant qu'un autre monte sur un petit vélo rouge. Mme Garcia est déjà sur son perron. Je lui fais un sourire et un léger signe de la main auquel elle ne répond pas.

-Bonjour vous étés bien le monsieur que j'ai eu au téléphone ?

-Oui c'est moi.

-Parfait. C'est gentil de vous être déplacé pendant vos vacances.   

-C'est normal. Vous venez de Reims?

-Oui. Nous ne voulons plus habiter en ville et nous cherchons un coin tranquille pour nous est les enfants. Il y a bien une école primaire juste à coté.

-Oui c'est à 200 mêtres.

-C'est bien, mais vous savez il n'y a que les garçons avec nous. Nous avons aussi 2 filles adoptives. elles sont restées à l'appartement. 

-Trés, très bien. Vous verez la maison est grande, vous avez le sous-sol que vous pourrez aménager.

J'ouvre la grille et immédiatement les enfants pénètrent dans la cour. Le plus petit fait semblant de faire l'avion pendant que les trois autres le suivent en criant. La voisine me regarde d'un sale œil en croisant les bras sur sa grosse poitrine. Je ne sais pas pourquoi mais je souris.

-Les enfants doucement!  Excusez les  monsieur. Ils ont besoin de bouger après la route.

Le plus grand se pose face au mur du sous-sol et crie 1 2 3 soleil puis se retourne brusquement pendant que les 3 autres se figent et pouffant de rire. Je suis étonné de les voir jouer à ce jeux.

-C'est rien madame au contraire, la voisine adore les enfants. Entrez et j'espère que la maison vous plaira. 

vendredi, 24 octobre 2008

Tu dors....Ouiiii.....

(Texte bref Octobre 2008)

-Tu dors.

-Ouiiiiiiiii.

Je n'arrive pas à dormir.

-Tu me grattes le dos.

-Noooooonn, je dors.

-C'est toi qui m'as réveillé, tu ronfles sans arrêt. 

-Ho noooooon arrêtes avec tes pieds. Ils sont glacés.

-Oui mais j'ai froid. Comment tu fais pour être toujours chaud comme ça?  Allez, tourne toi! Fait moi un câlin!

-Je dooooorrrrs!!!! :=(((((

-Tu crois que tous les hommes sont tous chauds comme toi. Il est où le chat. Je ne l'ai pas vu ce soir. Tu l'as encore laissé sortir.

-Je ne sais pas moi. Il dort avec la gamine ou dans le panier du chien.

-Clovis…..cloooviisss ……Clo…….clo

-Tu vas te taire. C'est pas vrai.

-Clooovisouuuu. Il n'est pas dans la maison. Il est dehors. Il doit avoir froid. Ecoute! Ecoute! Il est en bas. Il miaule à la porte.

-Haaaah c'est mon chien qui vient.  Allez prend une petit place près de ta maman. C'est mon garçon ça.

-Je peux pas dormir sans mon chat. C'est lui. J'en suis certaine. Il est en bas. Va lui ouvrir.

Allez, bouge toi, fait un effort.

-Ca va pas non….. Vas y toi……C'est ton chat.

-Allezzzzzzz mon doudou. C'est mieux si c'est toi. Je n'aime pas le noir. Il fait froid dans la maison. Si je me lève, je n'arriverai plus à dormir alors que toi oui. En plus c'est de ta faute si je suis réveillée.

-T'es pénible quand même.

-Allez va lui ouvrir, dépêche toi. Plus tu attends moins tu dors!

Je me tourne et m'assoie sur le bord du lit. Je reste comme ça sans bouger, les mains autour de la tête. Il fait du vent. Le carrelage est froid. Je descends les marches. Mes os craquent. J'ouvre la porte. Le chat se faufile et monte vite les escaliers.J'en profite pour aller pisser.Je n'allume pas la lumière. Je me rendors doucement, assis sur les toilettes, la tête dans la paume d'une main. Une voiture passe. Je me réveille. Je tire la chasse d'eau. Je remonte les marches et vais boire un verre d'eau dans la cuisine. Le chat est contre toi, la tête sur ton épaule et le corps entre ton bras et toi. Il ronronne pendant que tu le caresses doucement. J'aime bien vous regarder. Tu dors déjà. Le chien est dans ma place. Il lève la tête en me voyant arriver et remue la queue. Il descend lentement du lit. Je me couche enfin.  Le réveil affiche 4 heures.

-Ah non, tu ne me touches pas. Tu me réveilles encore. T'es  glacé. Reste loin.

-Je peux avoir un peu de couette quand même.

-Ouiiiiiii t'es un amour mon chéri, bonne nuit.

-Bonne nuit.

Je me tourne sur le coté. Il pleut. Je ferme les yeux. Le chat fait un bruit infernal et le chien marche dans la maison.

-Eh eh eh, tu entends le chien gratte à la porte. Il veut sortir, c'est un travail d'homme!

lundi, 13 octobre 2008

Dimanche.

(Texte bref septembre 2008) Nous allions tous les Dimanches chez ma mère. Elle préparait une salade aux lards que j'adorais. Tu prenais uniquement quelques pommes de terre laissant la salade cuite et les morceaux de lard sur le bord de ton assiette. Après la vaisselle tu faisais la sieste avec les enfants dans la chambre du fond pendant que je regardais l'école des Fans avec maman. Elle adorait l'école des fans. Elle te trouvait distante et me demandait si tu t'ennuyais. Je répondais que les enfants te fatiguaient beaucoup en ce moment puis elle me posait les mêmes questions que la semaine précédente sur les enfants, le travail, nos salaires et la maison que nous aurions dû acheter. Elle me parlait des voisines qui vieillissaient aussi et de ses frères et sœurs qui ne venaient plus les voir puis elle s'endormait la tête penchée sur le côté. Je descendais voir Papa bricoler au sous sol. Il fabriquait deux petits meubles de cuisine absolument identiques, il me montrait les petits tiroirs, les portes et les rideaux vichy que maman avait prévu de poser. Je ne sais même plus ce que sont devenus ces jouets. Il y a tellement longtemps. Il ne me posait pas de questions et je le regardais bricoler en sifflant. La sieste terminée nous faisions quand le temps le permettait toujours la même promenade, jusqu'à mon ancienne école primaire puis le monument aux morts ou je faisais du patin à roulettes avec les copains. Papa avait récupéré et réparé des vélos pour les enfants. J'ai le souvenir de lui, courant près de la petite le corps penché, une main sur le guidon et l'autre tenant l'arrière de la selle. Le temps était lent et tu t'ennuyais un peu. Parfois vers 18 heures ma  sœur ou mon frère et leurs enfants passaient avant de rentrer sur Reims. Ma mère faisait des crêpes ou des gaufres et nous mangions rapidement tous ensemble. Il y avait école le lendemain et nous n'attendions pas la fin du film pour partir. Nous étions pressés de rentrer. Les filles étaient fatiguées, elles dormaient dans les sièges auto. Elles étaient lavées et en pyjama et nous les portions directement dans leur lit une fois arrivés. Elles ne se réveillaient jamais. Dans la voiture nous parlions de mon frère, de ma sœur, des enfants, de la semaine à venir ou de tes parents. Tu me disais que nous n'étions pas obligés d'aller voir mes parents tous les Dimanche.  Je ne répondais pas et nous restions silencieux.

mercredi, 03 septembre 2008

Anniversaire.

images.jpg(Nouvelle Aout 2008) Elle est partie sans le chat. Je n'en reviens toujours pas. Je suis assis devant la télé muette depuis 4 heures du matin. J'ai bu la dernière bière du pack de 24 acheté hier après midi par Jérôme et Didier. Le camion poubelle passe sous mes fenêtres et fait un bruit infernal. J'ai l'impression qu'il vide ses ordures dans ma tête. Je relis le courrier de l'agence d'intérim puis le repose sur la table avec le rappel de loyer, mes relevés de compte et la carte d'anniversaire de mon frère que je relis.

 

Salut grand frère.

Je suis en vacances au Maroc du 1 au 23 août. J'ai envie de te voir.  Il y a longtemps! Nous passerons chez toi le 26 pour ton anniversaire  avant de remonter sur Metz.

Bises à toi et Annie.

 

Il va débarquer avec femme, enfants, planches à voile, chien, chat et camping car énorme. Je souris en voyant sa carte. Une fille blonde aux seins nus fait de la planche à voile et dit "Un an de plus!". Il ne sait pas encore pour Annie. Je n'ai rien dit à personne. Je n'avais pas envie d'avouer cet échec supplémentaire à lui qui a tout réussis. J'oublie toujours que je suis le parrain de son gamin. Quel âge il a? 6 ans, 8 ans. J'ai raté tous ses anniversaires.  J'ai rendez-vous à 8 heures ce matin. Je me lève. J'éteins la télé. La douche froide me réveille de ma nuit blanche mais ne nettoie pas mon moral. Je me rase doucement pour éviter les coupures. Je coupe quelques cheveux blancs sur mes tempes. J'ai du poil partout. Je ne grossis pas mais me ramollis. Les joues, le ventre, les bras. Le chat vient se frotter sur mes jambes en miaulant. Je le repousse d'un coup de pied. J'ouvre une boite que je vide dans sa gamelle. Il se jette dessus et mange en ronronnant. Je lui caresse le dos. Nous vivions Annie et moi une intimité extrême, lourde, pesante. 

 

Il fait déjà chaud dehors. J'ouvre ma boite aux lettre et une carte postale tombe à terre. Je la glisse dans ma poche de veste sans la regarder. Je prends le bus et comme tous les matins le chauffeur trouve le moyen d'engueuler un jeune passager. Je retrouve la petite Marie à l'agence intérim. Elle me demande d'attendre. Je joue le mec sympa, drôle et en forme histoire qu'elle ne m'oublie pas. Un quart d'heure plus tard mon rendez-vous est terminé.

-C'est bon Marie j'ai une mission, trois mois dans un centre d'appel pour vendre des surgelés. Merci pour le tuyau. Fait moi penser à t'apporter des fleurs. J'adore le sourire de cette jeune femme. 

 

Après 15 ans comme cadre dans une société de transport et un licenciement économique brutal ma vie professionnelle n'est plus qu'une brochette de petits contrats et de périodes de chômage.  Je vais payer mon loyer en retard et quelques factures en attentes. Il faudra arrêter les sorties et les nuits sans sommeil avec Jérôme et Didier. Je les ai rencontré dans un stage de recherche d'emploi organisé par l'ANPE. Deux gars comme moi en rupture de travail, de femme, d'argent et d'enfants pour Didier. Nous adorons nous retrouver dans notre bar pour boire, rigoler, draguer, jouer au billard  et refaire le monde.  Je suis content de les avoir rencontré. C'est nouveau pour moi cette complicité masculine.

 

Je choisis de rentrer à pied. Place de la comédie des touristes déplient une carte.  Ils cherchent un musé, une rue ou une église et se disputent en anglais. Un Chinois ou Japonais regarde en l'aire. Un couple marche en se tenant la main. Il fait chaud, j'adore Montpellier. Annie est partie depuis 6 mois, l'été me le rappel. Je regrette parfois que nous n'ayons pas pu avoir d'enfant. Elle en a beaucoup souffert et j'ai lâchement ignoré sa souffrance.  Je profitais de mon métier pour m'absenter une nuit ou plusieurs jours  et ma vie était devenue une suite de mensonges plus monstrueux et insupportables les uns que les autres.

 

Je vais pisser dans les toilettes d'un café où j'ai mes habitudes. Je commande une bière au patron en passant prêt du comptoir et croise un gars chancelant dans l'escalier. Les tables sont installées entre un marchand de fleurs et un grand laurier rose. L'ombre des platanes est agréable. J'ai marché trop vite, trop longtemps, j'ai chaud, je suis essoufflé et ma chemise colle. Je bois ma bière. Elle est fraîche.  Un groupe de jeunes gens jouent à un jeu de société prêté par le bar. Ils tournent la tête tous ensemble sur le passage d'une femme. Je souris.  Je pense à la carte postale dans ma poche et la sort. Le chiffre 50 est déssiné en gros et une "pin up" blonde fait de la balancoire en souriant.

 

 Bon anniversaire,

J'espère que tu vas bien dans ton nouvel appartement. 50 ans c'est super pour s'éclater et tout recommencer. Je passe te voir le 26 pour la signature des papiers du divorce n'oublie pas. 

Ps: Je récupérerai le chat.  J'espère que tu t'ai bien occupé de lui et qu'il va bien mon minou.

Annie.

 

Mes tromperies, nos conflits et nos réconciliations à répétitions nous ont usé jusqu'à l'os. C'est elle qui est partie, simplement parce qu'elle est courageuse et honnête. Mes emmerdes sont arrivées après, pas à cause d'elle. La vie nous réserve des moments difficiles. J'appelle cela des passages étroits, celui là l'était particulièrement. Je croise un joueur de guitare debout contre un mur. Il me fait penser à la pochette d'un disque de country qu'écoutait mon père. La barbe, la moustache,  les cheveux roux frisés et longs, tout est là. Il a même ce regard bleu fatigué et un  peu alcoolique des  Cow boy malheureux en amour, tristes et solitaires. Tout compte fait c'est bien que mon frère vienne le 26 pour mon anniversaire. Nous avons des choses à partager. Il est encore temps. Je vais trouver un cadeau pour mon neveu, signer tout ce qu'elle veut et lui rendre le chat.  J'ai envie de faire la fête encore une fois ce soir. C'est mon anniverssaire. On commencera chez moi puis on fera quelques bars.  Je suis certain que Didier sera bien accompagné. 50 ans c'est l'âge pour s'éclater et recommencer puisqu'elle le dit.

samedi, 30 août 2008

Réveille.

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(Texte bref Août 2008) Je suis assis dans la cuisine. Je me suis réveillé trop tôt.  Je mange les pâtes froides du repas d'hier soir. Nous habitons un petit appartement en centre ville. Les voitures stoppent aux feux rouges, au coin de l'immeuble. Le jour commence à ce lever. Je travaille dans deux heures. La petite commence à bouger dans son lit.  J'entends le chien descendre d'un lit. Il va vouloir que je le sorte. Je n'ai pas envie. Le voisin tire la chasse d'eau puis bouge une chaise dans sa cuisine. On entend tout dans ces immeubles. Hier ma mère au téléphone me disait que papa allait bien et que mon frère ne venait pas les voir souvent. Les voitures sont de plus en plus nombreuses au feu rouge. La nuit se termine. Papa allait travailler en mobylette. Le matin nous l'entendions démarrer devant la maison et partir. Je savais que c'était le moment de me lever. J'aimais bien ce moment ou nous étions tous réveillés et silencieux.  Je préparais le café pour mon frère et ma mère puis lisais sur le coin de la table. Mon frère arrivait le premier dans la cuisine torse nu, la cigarette à la bouche et de mauvaise humeur. Je fermais mon livre. Il ne disait rien, pas bonjour, pas merci, rien. Il buvait son café et fumait. J'aurai aimé être comme lui, travailler, être mécanicien, avoir une voiture, une fiancée et ne plus aller à l'école. Maman restait au lit encore quelques précieuses minutes. Elle faisait le repassage et lavait la maison seulement quand nous étions tous couchés puis regardait la télé seule dans la salle à manger. Elle ne se couchait qu'après le générique de fin des programmes d'antenne 2. Elle adorait cette musique.  Ma fille est levée. Elle rejoint en courant sa mère dans notre lit. Le café est prêt.

Musique: Michel Colombier musicien (1939-2004)  album "Wings" titre "Emmanuel". Image: Antenne2 générique de fin des programmes par Folon.

dimanche, 20 juillet 2008

Franck.

 

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(Nouvelle modifiée le 02 Août) Je me réveille fatigué. Je bois mon café debout devant la fenêtre. Il neige. Il va falloir encore gratter le pare brise, essayer de démarrer et attendre que la voiture chauffe. Je vais être en retard mais je m'en fou. La pointeuse est morte depuis que Franck l'a explosé d'un coup de pied, un jour de colère. Les fenêtres des cuisines sont toutes allumées dans l'immeuble en face avec des gars pas réveillés et fatigués comme moi qui boivent leur café en regardant tomber la neige. Je ne la voyais pas comme ça ma vie.

 

J'habite un F1 au premier étage d'un HLM dans le quartier Croix rouge de Reims. C'est beaucoup mieux que ma chambre au foyer de jeunes travailleurs rue de Metz. Corinne dort encore. Je l'ai rencontré à "L'Atalante", un cinéma Art et essai où je vais souvent grâce à ma fausse carte d'étudiant. Une fille qui aime autant que moi les films de Russ Meyer et des Marx Brothers, je ne pouvais pas la laisser passer. Nous avons parlé, rigolé, bu des bières, fumé et passé toutes nos nuits ensemble depuis notre rencontre, il y a deux mois. Elle est vaguement étudiante en littérature, option cinéma. Elle travaille aussi au Monoprix du centre ville le Dimanche et les jours fériés. J'aime bien ses vêtements mauves toujours trop grands, ses écharpes à poches et ses sacs immenses qu'elle trimballe partout. Elle vit au jour le jour façon "baba cool" et se moque de mon coté sérieux et prévisible. Elle a débarqué chez moi un matin il y a deux semaines avec 3 sacs et son chat noir, sa colocataire venait de la lâcher. Elle a acheté une grande tenture mauve style indien avec des franges et une boule en papier pour la lumière du salon. Je l'ai présenté à Franck un soir au "Bowling". Il m'a dit que nous formions un couple original et ma demandé en riant quand nous allions nous marier. Je n'ai pas su répondre sur le moment mais ce matin je sais que j'ai envie de vivre avec quelqu'un à coté de moi.  J'ai beaucoup changé depuis que j'ai quitté brutalement le lycée et les parents il y a deux ans. Ils seront rassurés de me voir accompagné de Corinne quand nous irons les voir Samedi. Papa me donnera un peu d'argent pour le loyer en me disant "-ne dit rien à ta mère" et maman des légumes sales du jardin, du pâté et le boudin blanc de la tante Mauricette. Nous partirons le soir après le repas, les pubs avec la mère Denis et le feuilleton télé Dallas. Je les aime bien mes parents mais je ne veux pas vivre comme eux. Les lumières des cuisines s'éteignent les une après les autres. Je termine mon café et pars.

 

Je récupère Franck sur le parking d'Euromarché frigorifié dans sa doudoune rouge. Il s'assoit avec difficulté sur le siège passager de la Diane et fait pencher la voiture. Il ne dit pas un mot. Il pue la bière et renifle sans arrêt. Le chauffage fait un bruit infernal et ne chauffe toujours pas. Il allume une clope, croise les bras et appuie sa tête contre la vitre en fermant les yeux. J'allume la radio et recherche de la musique. J'ai rencontré Franck place d'Erlon à Reims. Il faisait un sondage pour une marque de Yaourt. J'ai de suite aimé son regard rieur, sa barbe rousse, ses cheveux sales et trop long à la Bob Marley. Nous avons traîné dans les bars de Reims et après les parties de billard et de flipper j'avais l'impression de le connaître depuis toujours. Je lui ai proposé de venir travailler avec moi. Le soir il m'entraîne avec ses copains musiciens et nous écoutons les groupes des années 70 Les rues sont couvertes de neige et les bus roulent doucement. Les décorations de Noël sont ridicules. Je freine brutalement à cause d'une connasse sur un passage clouté. Les cannettes de bière sur le planché de la voiture roulent et s'entrechoquent. Franck se baisse pour en  prendre une. Il l'ouvre, boit au goulot et rote bruyamment. Nous travaillons dans un élevage de poulet à Cernay, Franck l'appelle "l'usine à poulets". C'est un boulot de chien payé une misère. Le plus dur c'est l'odeur des fientes, le bruit des 2000 poulets et la poussière permanente qui nous brûle les yeux. Nous nettoyons le sol, changeons les mangeoires et trions les poulets morts, malades ou abîmés. Ils sont tellement nombreux que certains ont des pattes cassés, des plumes arrachées ou des yeux crevés. C'est vraiment l'usine. Tous les 4 mois nous travaillons de nuit de 22 heures à 6 heures du matin. Il faut attraper les poulets, les trier par 10,  les mettre  dans des caisses en plastiques de couleur et les charger dans le camion, direction l'abattoir. Les derniers sont toujours les plus difficiles à attraper. Il faut les courser pour les faire passer dans un couloir fait de balles de paille. Franck appelle ça "le couloir de la mort". Il y a toujours un employé qui trouve drôle de jouer au foot avec le corps d'un poulet mort ou blessé ou de nous l'envoyer à la figure. Ils sont vraiment cons. Le matin nous avons, les bras, le visage et les mains en sang et nous sommes tous épuisés et ivres.

 

Nous arrivons au pont de Cernay à la sortie de Reims. La neige est de plus en plus dense. Je suis obligé de suivre les traces laissées par les autres voitures. Franck trouve une deuxième cannette et  râle contre la musique Disco de la radio. Il sort une cassette de son blouson, la pousse dans le lecteur  et Deep Purple hurle dans l'habitacle de la voiture. Je tape sur le volant en mesure et Franck reprend les paroles de "Burn" en mimant le solo de guitare de Blackmore. Il remue la tête comme un fou et ses cheveux me fouettent le visage. Il répare depuis des mois dans le garage de ses parents  un "Pick up" acheté dans une casse. Il veut partir dés cet été au U.S.A quand il aura un peu d'argent. Il me propose de venir avec lui, ça pourrai être génial. Il aime les écrivains américains John Fante, Bukowski, Hemingway, Kerouac. Il m'a demandé de l'appeler "Hank" comme le vieux dégeulasse  mais je ne l'ai jamais fait. Il écrit des romans, des nouvelles, des poèmes, mais je n'ai jamais rien lu encore. Il veut devenir un "écrivain alcoolique". Il a déjà bien commencé.

 

Le jour se lève. Nous arrivons devant "l'usine à poulet". Le levier de vitesse directement fixé sur le tableau de bord tremble. Je le saisis fermement pour passer la seconde et ralentir. Je freine trop brutalement et la voiture glisse sur quelques mètres et stoppe enfin. Le patron nous attend, il souffle dans ses mains et tapent des pieds dans la neige. Il va construire un deuxième hangar et m'a proposé de m'embaucher définitivement. Je n'en ai pas encore parlé à Franck ni à Corinne. J'aimerai déménager avec Corinne et peut être vivre avec elle. Je ne sais plus. J'aimerai tracer ma route, avoir une belle vie mais il faut faire des choix. J'arrête Deep Purple au milieu de  "Mistreated", la cassette s'éjecte du lecteur et les "Bee Gees" remplace "Deep Purple". Franck hurle et moi j'explose de rire alors que le patron  furieux de notre retard frappe sur le pare brise rageusement.

dimanche, 06 juillet 2008

Les crapules.

(Texte bref ) Je suis dans le lit et fais semblant de dormir. Il m'a baisée, léchée et caressée une bonne partie de la nuit. Il va rentrer chez lui maintenant. Il laissera son numéro de téléphone sur la table ou le miroir de la salle de bain comme je le lui ai demandé. Je l'appellerai dans la journée c'est évident à moins qu'il ne m'appelle avant. Nous avons passé une bonne soirée. Nous avons bien parlé, il est intelligent, drôle et c'est un bon amant. Il quitte la chambre et se prépare un café qu'il boit debout en regardant vaguement  par la fenêtre de la cuisine. J'épie tous ses bruits. Il revient vers la chambre et regarde discrètement en poussant la porte. Le chat en profite pour renter et sauter sur le lit. Je n'ai pas envie de lui parler, ni qu'il me voit au réveil. Je ne bouge pas. Je dors. Il ferme la porte de l'appartement et j'entends quelques minutes plus tard sa voiture démarrer au bas de l'immeuble.  Enfin seule. Je me détends, je baille, je m'étire. Je ne travaille pas ce matin. J'ai du temps. Je suis bien. Je les rencontre dans des bars, au restaurant ou dans la rue en faisant mes courses. J'adore séduire les hommes. Je ne compte plus les nuits passées dans les bras de ces diverses "crapules" comme j'aime les appeler. Des gars aux épaules larges, aux hanches étroites et quelques poils sur la poitrine. J'adore ces garçons, fiers, arrogants, jeunes et beaux. Ils voient en moi la femme d'âge un peu mure et d'expérience qui cherche l'aventure discrète et s'ennuie chez elle avec un mari vieillissant. Ils se trompent. Je ne m'ennuie pas. Je vis ce que j'ai envie de vivre et je n'ai pas de mari vieillissant, juste un chat.

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