lundi, 19 janvier 2009
Les autres.
(Nouvelle Mai 2008) Je l'écoute coucher la petite. Elle chante toujours la même petite chanson que j'adore. Elle me rejoint dans le lit et se couche sur le coté en me tournant le dos. Je me tourne vers elle et pose ma main sur sa hanche. Elle dort déjà, ou fait semblant. J'ai envie de la toucher, de la sentir. Je compte les jours, les semaines, les mois sans rien. Elle me manque. Dans la journée elle m'évite, trouvant toujours un prétexte pour s'éloigner. Je me demande comment font les autres hommes. Moi, j'ai pleuré assis sur le bord de la baignoire. J'étais simplement anéanti. Et si nous déménagions? Je pourrai vendre des adoucisseurs d'eau à Cherbourg ou Bordeaux ou prendre la responsabilité d'une agence pourvu que ce soit loin d'ici. Non. Impossible. Elle a eu trop de mal à retrouver un travail après son congé maternité et elle serai capable de me dire de partir seul. Il y a peu de temps elle donnait un prétexte, la fatigue, les enfants, le travail. Ce n'est plus nécessaire maintenant. Il me semble l'avoir croisé un soir où j'allais la chercher au boulot. C'est fou comme il est différent de moi. Plus grand, presque maigre et plus jeune aussi. J'enlève ma main de sa hanche et me tourne sur le coté du lit. Je pense à mes parents dans leur chambre la nuit. J'épiais les bruits qu'ils faisaient. Parfois mon père se levait brusquement pour aller aux toilettes fumer ses gauloises, d'autres fois je l'entendais se lever doucement pour fermer la porte de leur chambre puis se recoucher auprès de ma mère. J'écoutais les bruits du lit. Le lendemain matin je me précipitais dans leur lit pour me faufiler entre eux deux et dormir encore un peu avant l'école. Je me demande comment ils ont fait, eux, pour tenir si longtemps. Je n'ai pas envie de vivre comme eux. Une voiture s'arrête au feu rouge, le moteur tourne au ralenti. Peut être qu'elle aussi a pleuré quand elle a compris mes infidélités? nous n'en avons jamais parlé. Si Nicolas mon collègue de travail cet imbécile n'avait pas parlé, elle n'aurai jamais rien su et nous serrions encore heureux. Comme avant. Je ne vais pas dormir. Le réfrigérateur fait toujours le même bruit continu et rassurant. Le temps va certainement agir en ma faveur. Elle va se lasser de lui, le quitter et revenir vers moi. Et puis, il y a la petite. C'est évident. C'est certain. Nous vivons sous le même toit déçus l'un de l'autre.
Les femmes sont intransigeantes et moi un imbécil.
09:22 Ecrit par Marc dans Lire,Ecrire,Chanter,Ecouter, Nouvelle, texte bref | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
Commentaires
C'est un beau texte je trouve. Il est palpable ce silence entre eux.
Ecrit par : Aude | lundi, 19 janvier 2009
C'est vrai très beau texte, que trop réaliste... "les autres" ne sont hélas pas seuls à annihiler le désir...
Ecrit par : bérénice | lundi, 19 janvier 2009
Très beau et très triste..toute cette souffrance..pourquoi demeurer avec quelqu'un quand tout est fini?
La vie REGORGE de d'autres rencontres et la vie est trop courte pour souffrir du manque d'intérêt de l'être aimé!
Même l'enfant n'est pas assez pour détruire sa vie.
Courage :)
Ecrit par : noese cogite | lundi, 19 janvier 2009
surtout n'écoute que toi meme
Ecrit par : menfin | lundi, 19 janvier 2009
Si tu étais arrivé à Cherbourg, je t'aurais invité à dîner...
Ecrit par : Louis le bipolaire | lundi, 19 janvier 2009
Ce que j'apprécie toujours chez toi Marc, c'est que tu n'es pas du genre à refuser les sentiments vrais. Il y avait ce texte sur la naissance de l'enfant et le fait que c'était un jour grave, presque traumatisant...et puis, cette idée du couple (qui ne se déchire pas), qui s'effrite simplement.
Non, l'enfant ne suffit pas. Je crois pouvoir dire que l'enfant est tout sauf le ciment d'un couple, c'est au contraire une petite bombe à fragmentation. Il faut s'aimer énormément pour résister à ça sans ecchymoses durables, pour réussir à sauvegarder la beauté de ce qu'on était avant.
Bref, tes textes sont riches de non-dits. Toujours. Et c'est rare.
Ecrit par : Dorham | lundi, 19 janvier 2009
On est dans ton histoire, dans ta vie..
Ecrit par : louis | lundi, 19 janvier 2009
Joli texte. J'aime bien le retour sur ce qui unit les parents, quand le couple qu'on forme, va mal. Joli texte et juste.
Ecrit par : Berthoise | lundi, 19 janvier 2009
Ton texte est beau et terrifiant à la fois. Tout cet amour qui se perd dans le silence et la résignation...
Tu as beaucoup de talent pour transcrire des moments de grâce ou de désepoir...ils ne sont jamais très éloignés l'un de l'autre...
Ecrit par : yaëlle | lundi, 19 janvier 2009
Merci pour vos commentaires, mais ce texte est une fiction ;=)))
Ecrit par : Marc | lundi, 19 janvier 2009
ça m' a fait rire de lire ces commentaires qui te reconfortent :)
j'ai trouvé ton texte vraiment touchant...
je me suis fait une seule reflexion : 2 paragraphes déséquilibrés... j'aurais fractionné le 2ème... évidemment c'est facile de dire ça sans l'avoir écrit hein? et puis c'est même pas une critique... tout au plus une petite remarque :)
Ecrit par : carl | lundi, 19 janvier 2009
Je n'ai aucun doute là dessus, Marc...
Ecrit par : bérénice | lundi, 19 janvier 2009
bahhh..je le savais que ce n'étais pas vrai!!!:)
Mais de toute façon, je maintiens mon commentaire..la réalité dépasse la fiction.
Ecrit par : noese cogite | lundi, 19 janvier 2009
Je suis étonné de voir la part belle que vous donnez au personnage masculin. Je ne le trouve pas sympathique du tout.
Ecrit par : Marc | lundi, 19 janvier 2009
Il souffre... non ? Ou alors il faudrait qu'il explique, s'il le sait, pourquoi elle a souffert avant lui... Seriez vous un homme qui comprend les femmes, Marc ?
Ecrit par : bérénice | mardi, 20 janvier 2009
On entend ce silence, et le réfrigérateur...
On sent l'obscurité...
J'aime
Et ces mots qui s'éteignent, me rappelle un tout petit texte que j'avais laissé traîner là http://jeux.d.encre.free.fr/texte_lecture.php?id_txt=489
Ecrit par : arpenteur | mardi, 20 janvier 2009
Fiction ou pas, on s'y croirait c'est superbe. Merci !
Ecrit par : frasby | mardi, 20 janvier 2009
Tu navigues sur les sentiments
Je trouve ce texte très juste , pathétique aussi , cruel
Je te lis depuis si longtemps , je sais faire la part des choses entre vie et fiction ,
La trahison, les faux départs , c'est si dur ..tant de débris
Ecrit par : Jeanne | mardi, 20 janvier 2009
Comme toujours, un joli texte, emprunt de la même simplicité (sens noble du terme, cela va sans dire) et du même calme que d'habitude. Ca donne tellement de vérité au texte, et tant de profondeur... Tout ce que j'aime.
Et la dernière phrase (entre autres) est superbe.
Ecrit par : uhsn | mardi, 20 janvier 2009
Oui je trouve ce texte très réaliste dans ses petits détails quasi insignifiants mais qui portent la densité des sentiments du narrateur...
J'aime beaucoup, Marc
Ecrit par : Coumarine | mardi, 20 janvier 2009
Merci pour vos commentaires et vos lectures réguliéres et attentives, c'est trés motivant. Etre lu est important pour continuer et progresser et depuis quelques temps vous étes de plus en plus nombreux à passer ici ;=))
Ecrit par : Marc | mercredi, 21 janvier 2009
Continue Marc est vrai régal tes textes, pour celui là c un peu du vécu.
Bam
Ecrit par : bam | mercredi, 28 janvier 2009
Qu'importe si c'est la réalité ou la fiction, pour moi, tout ça était bien vrai, on a tous vécu un moment comme celui-là. Plusieurs de vos phrases sont d'une justesse et d'un réalisme saisissant, émouvant.
Ecrit par : Zoreilles | jeudi, 29 janvier 2009
Tres beau texte . Difficile de dire si s'est une fiction ou la réalité tant il colle a la vérité
Ecrit par : Annie | vendredi, 30 janvier 2009
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