jeudi, 11 décembre 2008
Devenir papa.
(Memoire 1987 ) Un enfant est né dans la famille. Un garçon. J'appelle mon neveu depuis mon travail pendant ma pause déjeuner. Le téléphone à l'oreille je marche dans le hall d'accueil de mon entreprise. Ma voix résonne. Je croise des collègues. Je pose mon café par terre et m'assieds. Je lui pose les questions habituelles. Il pèse 3 kl 450, c'est un beau bébé évidemment. La mère va bien. Il est fatigué, ému et content.
C'est le plus beau jour de ma vie, je suis papa me dit-il.
Dans la salle d'accouchement voisine une femme criait. Il y avait cette sage-femme bête et désagréable qui me demandait de rester calme, de ne pas bouger, de ne pas trépigner et d'aider ma femme. Je lui humidifiais les lèvres, le front et lui caressais la joue de temps en temps. La péridurale ne faisait plus effet mais personne ne voulait la croire. Je confondais tous ces gens affairés autour de nous. Infirmières, sages-femmes, anesthésistes ou médecins. J'ai tressailli en voyant une infirmière cacher les forceps sous un linge blanc. Je suis devenu blanc quand ils ont coupé. J'étais là, figé dans ma peur de la catastrophe, le cerveau vide d'émotion. Il manquait des serviettes et c'était à nous de les fournir. J'ai du sortir de la salle d'accouchement pour retourner à la maison. J'en ai profité pour acheter des magazines et les journaux du jour. Je ne sais pas comment j'ai fait pour ne pas avoir d'accident.
Ma fille est née à 13H40. Nous étions partis de la maison la veille vers 21 heures. J'ai compté ses doigts de pieds, regardé ses oreilles, ses mains, ses cheveux bruns et son sexe. J'ai de suite remarqué ses deux grands yeux magnifiques en forme d'amande, sa peau un peu brune et ses grands pieds. J'étais soulagé de voir qu'elle avait tout, qu'elle bougeait et criait comme un vrai bébé en bonne santé et que ma femme était vivante. Mais ce n'était pas le plus beau jour de ma vie.
Un collègue passe près de moi et me salue. J'entends la musique de son mp3. Je replie mes jambes pour le laisser passer. Le carrelage est froid. L'heure de reprendre le travail approche. Je me lève le téléphone toujours à l'oreille. Je promets de venir bientôt les voir et coupe le portable. Le plateau est bruyant, le superviseur fait l'appel mais je suis absent.
Quelques semaines plus tard nous avions reçu des amies. Elles avaient apporté une peluche et des fleurs pour ma femme. Je tenais ma petite fille dans mes bras. Elle était un peu agitée, le biberon que je venais de lui donner passait mal. Je l'ai retournée sur mon épaule pour son rot et c'est à ce moment là, qu'elle a vomi. Un jet extraordinaire sur ma chemise d'été à manches courtes bleue et blanche. Mes amies et ma femme riaient alors que je tenais ma fille à bout de bras, trempé par son vomi. Je me suis senti bouleversé et j'ai compris à ce moment qu'il y aurait plein de beaux jours et que j'étais papa.
11:04 Ecrit par Marc dans Famille, Mémoire | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
Commentaires
Je ne sais si c'était le plus beau jour de ma vie, mais une chose est sûre, c'était certainement le plus stressant, surtout quand les sages femmes murmuraient entre elles en regardant des courbes sur un bout de papier, surtout quand elles ont appelé le médecin de garde, surtout quand il a secoué la tête en disant pour lui-même 'tss tss tss, ça va pas, il y a quelque chose d'anormal', surtout quand il nous a annoncé sans plus d'explication la nécessité d'une césarienne à 7h du mat' après 7h de travail...
Mais tout s'est effacé quand j'ai entendu le "petit" cri dans la salle d'à côté....
Ecrit par : uhsn | jeudi, 11 décembre 2008
Je ne voudrais pas être à la place du mari... impuissant à faire quoi que ce soit pour soulager l'accouchante... et on parle "d'accouchement sans douleur"... Ben tiens!
J'aime ton histoire plein de tendresse pour te rendre compte que tu étais papa...
Ecrit par : tilleul | jeudi, 11 décembre 2008
Ton texte est émouvant et juste, parce qu'il nous place devant les images attendues de parents attendris et sûrs de leur rôle dès la naissance, alors que c'est un saut dans le vide sans parachute...mais c'est grisant et si formidable qu'on ne cèderait sa place pour rien au monde.
Ecrit par : Yaëlle | jeudi, 11 décembre 2008
C'est beau ce paragraphe "Ma fille est née (...)", j'en ai eu les larmes aux yeux.
Toujours aussi agréable de lire tes récits, même quand y'a du vomi dedans...
Ecrit par : Marie-Georges Profonde | jeudi, 11 décembre 2008
Baptisé au lait chaud.
Belle histoire.
Ecrit par : Berthoise | vendredi, 12 décembre 2008
Uhsn = C'est en effet un moment incroyable à vivre. C'était pour moi et ma femme un moment d'une grande violence auquel nous n'étions pas préparé.
Tilleul = La rencontre avec son enfant est un moment important et pour moi il m'a fallu un peu de temps. J'estime vraiment que c'est l'enfant par sa présence, ses sollicitations, sa tendresse, qui aide les hommes à devenir père. Il est pour cela essentiel que les hommes passent du temps avec leurs enfants.
YAëlle = C'est exactement ça, il y a des images des comportements attendus alors que c'est l'inconnu et un changement radical.
Marie-georges-profonde = C'était vraiment comme ça le besoin d'être rassuré, de me dire que tout allait bien, qu'elle était bien là. C'est maintenant un souvenir fantastique que je partage avec mes enfants.
Berthoise = Ah oui tu as raison je n'avais pas vu ça comme ça. Belle lecture.
Ecrit par : Marc | vendredi, 12 décembre 2008
On nous dit tellement que la naissance d'un enfant est le plus beau jour de notre vie...Incroyable..tellement de souffrance et cette inquiétude que tout se passera peut-être bien. Pas vraiment..
Je crois que" le plus beau jour de notre vie", ressemblerait plus à la première fois que notre enfant nous regarde en souriant. Ses yeux qui nous cherche.
Ecrit par : noese cogite | vendredi, 12 décembre 2008
Moi aussi j'ai eu le droit au baptême au lait chaud. J'ignorais qu'il ne faut pas faire l'avion à un nourrisson qui vient de boire !
Ecrit par : Kab-Aod | vendredi, 12 décembre 2008
oh que c'est joli...
je n'ai plus ton autre adresse pour remplir ma mission...
Ecrit par : carl | vendredi, 12 décembre 2008
mmmhhh, savoureux et plein de cette douce émotion que j'avais lu dans les yeux du père de mes enfants ces jours-là...
c'est exactement ce qu'il m'en avait dit après, bien longtemps après...
et moi, après la naissance du premier, je n'arrêtais pas de dire que c'était la plus grande jouissance de ma vie... même si le travail avait été vraiment long et fatiguant... c'est un instant vraiment très particulier de sentir passer son enfant hors de soi vers le monde : l'extase se mêle à l'anxiété et prend consistance dans ce regard tout neuf et ces lèvres qui cherchent le sein...
c'est une des raisons pour lesquelles, à presque 40 ans, j'en voudrais bien un troisième !! cf http://espoir-d-enfant.blogspot.com/...
est-ce que votre neveu vous lit ? je crois que ce serait pas mal que les futurs papas aient ce genre de récit sous les yeux pour mieux appréhender ce qui les attend... quoiqu'on est de toute façon à mille lieues de s'imaginer ce que ça sera.
Encore bravo et longue vie à tous ces petits !
Ecrit par : maouezig | vendredi, 12 décembre 2008
Tu as fini par le faire , parler de la naissance ...
C'est beau mais c'est dur , du côté du Papa , qui ne peut pas soulager , je crois qu'il faut une bonne dose de courage pour affronter ça , ce qui me fait dire qu'on ne doit pas forcement obliger les pères à rester tout le temps
on est passés d'un extrème à l'autre
Uhsn a bien exprimé tout ça
Ecrit par : Jeanne | samedi, 13 décembre 2008
Quel beau texte. Fascinant de justesse. Sans rien dire, ça permet à chacun de s'identifier.
Je crois que la deuxième naissance (quand il y en a une) est moins pénible, on apprend à refouler ses peurs, on se force à apprécier le moment, on essaie de ne rien perdre.
La première fois, c'est un gouffre qui s'ouvre et nous engloutit... J'ai une expérience similaire, j'ai même écrit un truc là dessus, mais je ne crois pas que je le publierai. C'est trop (pour moi).
Bravo en tout cas.
Ecrit par : Dorham | samedi, 13 décembre 2008
Noese cogite = Maouezig = Merci pour vos remarques et commentaires.
Kad Aod = La scène que je raconte est parfaitement exacte, je peux même préciser que le vomi est allé directement dans la poche de ma chemise, je me souviens parfaitement de la chemise aussi. Arrête de secouer les enfants ;=).
Carl = encore une fois merci.
Jeanne = Oui j'y pense depuis un certain temps comme tu le sais et je suis content de voir qu'il est bien compris.
Dorham = Venant de toi qui commente peu, c'est un compliment qui me fait plaisir. La naissance de ma deuxième fille a été vécue fort différemment, heureusement. J'ai hésité avant de publier ce texte. Il y a l'obligation d'un certain discours attendu. Je pense qu'il y a une vraie pudeur à parler de cela pour un homme et je ne voulais pas être impudique mais sincère.
Ecrit par : Marc | samedi, 13 décembre 2008
Très beau billet, très émouvant. La phrase "Mais ce n'était pas le plus beau jour de ma vie." crée un choc, comme tu le dis plus haut, parce que cela va contre le discours attendu. Mais du coup cette surprise donne du suspense à l'ensemble. On angoisse à l'idée de la suite... Et on est submergé par l'émotion au final !
(Je ne sais pas si je suis très claire ;) )
Ecrit par : Zoridae | samedi, 13 décembre 2008
Des mots simples qui impliquent une vie entière.
Très vite, on ne compte plus leur doigts de pieds mais les heures qu'ils passent sur leurs portables et msn en décomptant celles qu'ils pourraient passer devant leurs cours.
Votre texte est très émouvant.
Ecrit par : lidia | dimanche, 14 décembre 2008
"Je pense qu'il y a une vraie pudeur à parler de cela pour un homme et je ne voulais pas être impudique mais sincère."
Tu as parfaitement réussi.
Ecrit par : Dorham | lundi, 15 décembre 2008
Je n'étais pas venue depuis longtemps, moi non plus. Et puis, je ne te commente pas, ou très peu. Mais ce texte-là...
J'aime la sincérité avec laquelle tu l'as écrit, loin des clichés attendus, et cette immense tendresse dans la dernière phrase.
Bravo, Marc.
Ecrit par : M. | lundi, 15 décembre 2008
Tu nous raconteras , dis, le plus beau jour de ta vie?.....
Ecrit par : tilu | lundi, 15 décembre 2008
En lisant le titre je me suis dit que je ne le lirais que lorsque j'aurai vraiment le temps. J'ai bien fait...
Il est tellement vivant !
Ecrit par : Valérie de Haute Savoie | lundi, 15 décembre 2008
Zoridae = Tu es claire pas de souci. J'ai prévu d'acheter tes nouvelles à la fin de l'année comment faire pour avoir une dédicace, c'est mon coté groupi . ;=) J'adorerai.
Lidia = Je découvre ton blog depuis peu, avec une vrai envie de te lire.
Dorham = J'en suis content.
M. = Tu as manifestement retrouvé une envie d'écrire. Je continue aussi d'aller écouter tes musiques. La dernière en date que j'écoute souvent est
Anouar Brahem .
ici http://lespetiteschoses.zeblog.com/385902-by-winter/
Titu = J'ai raconté beaucoup de beaux moments de ma vie dans ce blog.
Ecrit par : Marc | lundi, 15 décembre 2008
Émouvant, simple, tout en retenu. Une façon de voir les choses, sans brusquer le souvenir, sans esbroufe, vraiment vivante.
Ecrit par : balmeyer | samedi, 20 décembre 2008
Balmeyer = Merci pour ce commentaire.
Ecrit par : Marc | dimanche, 21 décembre 2008
no comment
merci.
Ecrit par : soleildebrousse | dimanche, 21 décembre 2008
C'est interressant de voir l'autre coté de l'accouchement vecu par le papa
Mon mari n'a pas eu le temps ni l'envie et je ne saurai jamais ce qu'i en aurait pensé. Biz A+
Ecrit par : annie | samedi, 27 décembre 2008
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