lundi, 10 novembre 2008

1 2 3 soleil.

 

soleil.jpg(Texte bref Novembre 2008) J'ai l'impression que les maisons sont plus petites et la rue moins longue. J'ai garé ma voiture devant mon ancienne école primaire près du grand marronnier ou nous jouions à 1 2 3 soleil. Je passe devant la maison de la voisine Mme Garcia. Un rideau bouge. Elle est encore vivante cette vielle salope. C'est elle qui avait dit à ma mère que j'avais ramené une fille un mercredi après midi. Elle s'appelait Michelle comme dans la chanson des Beatles. Je l'aimais bien Michèle même si elle n'avait pas de seins. Je me suis pris une baffe monstrueuse dont  je me souviens encore, quand papa est rentré le soir même. Les arbres sont plus grands que dans mon souvenir. Je serre les clefs dans mes mains. Il y a deux ans que je ne suis pas venu ici mon frère et ma soeur sont en vacances à l'étranger et c'est moi que le notaire a appelé. J'ai roulé 4 heures pour venir, Sophie et les enfants sont restés en vacances à For Mahon. Il n'y a pas d'enfant dans la rue malgré les vacances. C'est un quartier mort. Il existe une photo des enfants du quartier un jour de Mardi Gras. J'avais 10 ans et je suis déguisé en "Zébulon" un personnage du "manége enchanté". J'avais un gros masque rouge avec des moustaches noires que je pouvais faire bouger en tirant sur deux fils invisibles. Je répétais sans arrêt "tournicoti-tournicoton". J'arrive au bout de la rue. J'ai chaud. Le "champs" où nous joions a été remplacé par des HLM et un lotissement qui va jusqu'à la ligne de chemin de fer. Je vais attendre qu'ils arrivent. La boite aux lettres porte encore notre nom de famille suivi de "et leurs enfants". C'est mon père qui avait fabriqué cette boite aux lettres en forme de maison pour oiseaux. Je ne veux pas rentrer seul dans la maison. Il faudra que je passe chez le notaire avant de partir. Je lui laisserai les clefs et il pourra organiser les visites sans moi ni mon frère ou ma soeur.

  

Un 4X4 noir tourne au coin de la rue et se gare juste devant moi. Un jeune homme et une jeune femme en descendent. Je les trouve très beau et souriant. Ils sont immédiatement suivi par 4 enfants qui se mettent à courir dans la rue, en gesticulant et criant. L'un deux sort un ballon de la voiture pendant qu'un autre monte sur un petit vélo rouge. Mme Garcia est déjà sur son perron. Je lui fais un sourire et un léger signe de la main auquel elle ne répond pas.

-Bonjour vous étés bien le monsieur que j'ai eu au téléphone ?

-Oui c'est moi.

-Parfait. C'est gentil de vous être déplacé pendant vos vacances.   

-C'est normal. Vous venez de Reims?

-Oui. Nous ne voulons plus habiter en ville et nous cherchons un coin tranquille pour nous est les enfants. Il y a bien une école primaire juste à coté.

-Oui c'est à 200 mêtres.

-C'est bien, mais vous savez il n'y a que les garçons avec nous. Nous avons aussi 2 filles adoptives. elles sont restées à l'appartement. 

-Trés, très bien. Vous verez la maison est grande, vous avez le sous-sol que vous pourrez aménager.

J'ouvre la grille et immédiatement les enfants pénètrent dans la cour. Le plus petit fait semblant de faire l'avion pendant que les trois autres le suivent en criant. La voisine me regarde d'un sale œil en croisant les bras sur sa grosse poitrine. Je ne sais pas pourquoi mais je souris.

-Les enfants doucement!  Excusez les  monsieur. Ils ont besoin de bouger après la route.

Le plus grand se pose face au mur du sous-sol et crie 1 2 3 soleil puis se retourne brusquement pendant que les 3 autres se figent et pouffant de rire. Je suis étonné de les voir jouer à ce jeux.

-C'est rien madame au contraire, la voisine adore les enfants. Entrez et j'espère que la maison vous plaira. 

Commentaires

"une voisine me regarde d'un sale oeil en crosiant ses bras sur sa grosse poitrine "
j'aime bien ces descriptions là , simples et justes
Retourner sur les lieux de son enfance , c'est déroutant , tout semble tellement plus petit , diferrent .
Gerer ce genre d'affaires , ça me terrifierait ,, vider , vendre la maison de mes parents , tout sortir , je trouve que c'est très très dur
c'est un gros morceau de notre qui vie qui s'échappe

Ecrit par : Jeanne | mardi, 11 novembre 2008

Tu connais la chanson de Bénabar sur l'agent immobilier ? C'est tout à fait cela. Des rires d'enfants qui chassent l'ombre des morts.
Superbe (la chanson et ton texte)

Ecrit par : louis | mardi, 11 novembre 2008

J'aime quand tu traites la voisine de "vieille salope" tout en lui souriant, j'aime les souvenirs qui affluent, j'aime ta réserve, j'aime le temps qui vit au travers des enfants, j'aime l'idée de la maison qui reste debout pour s'enrichir de nouvelles histoires.

Ecrit par : yaëlle | mardi, 11 novembre 2008

j'aime ... bonjour Marc ! vos récits sont la réalité, je reviendrai également vous lire.

La chanson de Bénabar ne me procure pas vraiment de plaisir dans ce sens. Cette maison, à l'origine, je pense, les parents avaient dû songer à la laisser à leurs enfants ... comme toutes les maisons, ou presque, d'ailleurs ... c'est ainsi.

Ecrit par : pseud | mardi, 11 novembre 2008

Merci pour vos lectures attentives mais je tiens à préciser quand je marque (texte bref ou nouvelle) cela veux dire que c'est une fiction. Il y a malgré tout de nombreux éléments autobiographiques, le quartier, la voisine, la copine, le champ mais à ce jour la maison est toujours habitée par ma mère et je l'espère pour longtemps encore.

Ecrit par : Marc | mardi, 11 novembre 2008

C'est drôle comme dans les souvenirs tout paraît toujours plus grand...
Oups cette voisine, que réserve-t-elle aux nouveaux occupants???

Ecrit par : Coumarine | mardi, 11 novembre 2008

A la lecture de ce texte, des souvenirs me reviennent : celui du masque de Claire, la marionnette qui présentait la séance du jeune spectateur. J'avais ce masque.
Et le manège enchanté et Margote, en noir et blanc.
Et la salope, j'en ai rencontré aussi des vieilles mégères, aigries et méchantes.
C'est un texte qui me parle.

Ecrit par : Berthoise | mardi, 11 novembre 2008

Moi aussi j'aime beaucoup ta façon de raconter... même si c'est une fiction, ça respire la réalité... Une voisine qui épie, un terrain de jeux disparu... il m'est arrivé aussi de retourner dans le village de mon enfance, et j'ai découvert tout ce que tu décris si bien...

Ecrit par : tilleul | mercredi, 12 novembre 2008

Plus je te lis plus j'apprécie la justesse de tes récits, ton style économique dépouillé. Celui-ci est très bon !

Ecrit par : Zoridae | mercredi, 12 novembre 2008

Ca me fait toujours ce genre d'impression quand je repasse dans des villes ou j'ai habité au gré des mutations de mon père. Les choses changent. Les arbres ont poussé et les espaces se sont amenuisés. Mais au fond ça reste les mêmes endrois, avec les phantômes noir et blanc de vieux rires et de quelques larmes qui y secouent leurs chaînes.
Très sympa ce texte !

Ecrit par : uhsn | mercredi, 12 novembre 2008

Zo a écrit :

"Plus je te lis plus j'apprécie la justesse de tes récits, ton style économique dépouillé."

C'est exactement cela ! Tu es l'un des rares à manier comme ça l'esquisse !

Ecrit par : télétubs | mercredi, 12 novembre 2008

télétubs et Dorham, c'est la même chose (oups, oubli de changement de signature)

Ecrit par : télétubs | mercredi, 12 novembre 2008

C'est agréable et encourageant, merci à vous tous de vos visites et lectures attentives. ;=)))))

Ecrit par : Marc | mercredi, 12 novembre 2008

L'éternel manège de la vie, les maisons vides, pleines, vides, les enfants qui jouent, c'est si juste et bien écrit.

Ecrit par : la Mère Castor | jeudi, 13 novembre 2008

Y a un monde fou sur tes textes Marc. Regarde comme ils plaisent. Ecoute comme tu nous fais plaisir...

Ecrit par : soleildebrousse | jeudi, 13 novembre 2008

je ne sais pas bien commenter un texte qui n'est pas un simple article de blog et que je pourrais trouver dans un recueil de textes...
j ai lu et pris plaisir...

Ecrit par : carl | vendredi, 14 novembre 2008

A te lire, je me désespère un peu plus chaque fois : soit je n'ai rien vécu, soit je suis incapable de raconter les histoires... Merci pour le lien vers "Marion" !

Ecrit par : Nicolas Bleusher | dimanche, 16 novembre 2008

Je n'avais pas encore lu cette note. Ah si je me trouvais dans cette situation, vendre la maison de mes parents, j'aurais le coeur déchiré. Encore une belle page de ta vie racontée. Bonne soirée.

Ecrit par : elisabeth | mardi, 18 novembre 2008

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