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mardi, 28 octobre 2008

Mon quartier Espagnol.

  (Quotidien Aout 2008) Les vielles femmes du quartier discutent sous mon balcon. Une tasse de café entre les mains, je suis appuyé sur la rambarde entre le papyrus et le lierre. Elles parlent Espagnol. J'aime bien les écouter. Je sais qu'elles viennent toutes de la même région ou de villages proches. Elle vivent ici depuis 40 ans et parlent à peine le Français. Je reconnais ça et là des mots appris au Lycée. J'ai le souvenir de mon carnet de vocabulaire, d'un exposé sur Vélasquez et surtout de la chanson de Jeannette traduite et chantée en cour façon karaoké. J'aimais beaucoup ma prof d'Espagnol Madame Luga. Estrella la plus dynamique des 5 a été femme de ménage pendant 20 ans chez la mère de la propriétaire de mon appartement où elle a vécu pendant 15 ans et où sont mari est mort. C'est un peu grâce à elle si nous habitons  cet appartement actuellement. Je croise souvent Lucia dans la rue en promenant le chien ou en rentrant du travail, nos conversations sont toujours courtes et banales. La petite va bien- il fait chaud- Le chien est gentil-le quartier change. Lucia fait tous les jours sa promenade avec ses quatre chats. Estrella est celle que je connais le moins. Je vois aussi souvent les aides ménagères ou des infirmières toujours pressées et mal garées. Les hommes sont morts depuis longtemps. J'ai vu plusieurs fois en passant devant les maisons une photo de mariage posée sur un meuble ou le portrait d'un jeune homme brun moustachus et fière. Elles portent toutes le même tablier à fleurs comme ma mère quand j'étais gamin.  Je pense aux ouvriers Italiens ou Portugais qui travaillaient avec mes parents quand ils étaient encore ouvriers agricoles. La journée a été très chaude. Elles ont mouillé le macadam au jet d'eau pour se rafraîchir. Les chats tournent autour des pliants quémandant une caresse et de la nourriture. Le chien de Lucien le voisin aboie pour les faire fuir. Ils partent se cacher sous ma voiture. Un point lumineux traverse le ciel noir et limpide. Il n'y a pas de vent. Maria lève la tête et me dit bonsoir. Je réponds par une phrase banale. Un gros 4X4 arrive et ralentit en faisant des appels de phares agressifs. Elles se lèvent doucement et bougent les fauteuils. Le jeune couple qui vient d'emménager au 15 passe près d'elles et les salue. Elles répondent toutes en cœur poliment. Je fais de même. Le quartier change, depuis plusieurs mois les disputes pour une place de voiture, un chien trop bruyant ou une musique trop forte sont de plus en plus fréquentes. Une maisons vient d'être vendue et va être divisée en appartement à louer. Une autre est vide depuis des mois. Quand mes voisines disparaîtront le quartier ne sera plus Espagnol mais d'ici là nous aurons déménagé.

Commentaires

J'aime beaucoup ce texte. Magnifique description.

Ecrit par : Marie-Georges Profonde | mardi, 28 octobre 2008

Un plaisir de te lire. Amicalement

Ecrit par : louis | mardi, 28 octobre 2008

que se passe t-il avec ton blog?Des que j'arrive chez toi ça déconnecte !!! Difficile de te lire !

Ecrit par : littleblue | jeudi, 30 octobre 2008

C'est triste un quartier qui disparait, enfin dont l'âme disparait.
Et pourquoi vous allez déménager ?
L'histoire des tabliers à fleurs me fait sourire, ma mère aussi avait tout le temps un tablier, et même encore maintenant, parfois, mais ça ne sont plus les mêmes, avant c'était des blouses, maintenant c'est plus discret.

Ecrit par : Audine | jeudi, 30 octobre 2008

littleblue = j'ai consulté le blog depuis un autre lieu (la bibliotheque) ça marche bien ????
Audine = nous sommes dans l'attente d'un logement social dans un autre quartier en construction et pas question de rester à la merci d'un propriétaire.

Ecrit par : Marc | vendredi, 31 octobre 2008

J'ai lu quelques billets de votre blog, j'aime votre façon d'écrire... je reviendrai...

Ecrit par : tilleul | vendredi, 31 octobre 2008

"Les espagnoles" - Marc - 08 2008 - Peinture sur feuille - 21 X 29.7

Ecrit par : Nicolas Bleusher | samedi, 01 novembre 2008

Je viens de lire un peu de vos archives. J'aime votre écriture, les phrases courtes, simples et directes. Mes souvenirs rejoignent les vôtres, quelquefois. Et à votre question pourquoi écrire ses souvenirs, il me semble qu'ils sont une amorce de réponses à nos questions d'aujourd'hui. Et puis, notre vie n'est pas vaine puisqu'elle fait écho chez autrui.
Voilà, c'est tout pour ce soir.
A bientôt.

Ecrit par : Berthoise | samedi, 01 novembre 2008

Marc tu es dans l'attente d'un logement social ? C'est long mais c'est du bon. Ma fille a obtenu enfin le sien après 3 ou 4 années d'attente. Les loyers sont moins élevés. Dans le privé c'est devenu inabordable.
La mère de mon oncle était espagnole : je l'aimais bien car elle était une très bonne cuisinière et couturière. Elle a fait la robe de mariée de ma soeur ainée en 1971. Bon dimanche.

Ecrit par : elisabeth | dimanche, 02 novembre 2008

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