mardi, 21 octobre 2008
Tante Henriette.
(Mémoire 1972) Je compte les châteaux d'eaux et les voitures qui doublent l'Ariane bleue de papa. Je sens déjà un drôle de truc dans mon ventre. Maman a mal à la tête. Elle a dormi avec ses bigoudis pour faire sa mise en plis ce matin. Je ne me suis pas lavé avant de partir. J'ai fermé la porte de la salle de bain à clef et j'ai laissé couler l'eau dans le lavabo. La voiture empeste la laque et la brillantine. Papa ouvre un tout petit peu sa fenêtre parce que maman lui demande mais il laisse le chauffage. J'aimerai bien que l'on s'arrête. Il n'y a que des champs de betteraves et de terre. C'est moche. Je me demande vraiment pourquoi nous allons chez la tante Henriette à Chalon sur Marne. Maman ne l'aime pas. Elle dit toujours qu'elle devrait être morte au moins trois fois depuis qu'elle nous emmerde avec ses cancers du colon et du foie. Je respire un grand coup. C'est pire. Henriette déteste les enfants. Nous sommes trop bruyant. Elle entoure les pieds de la table de la cuisine avec du papier cul pour éviter les chiures de mouches. Elle nous demande toujours d'enlever nos chaussures pour prendre les patins et nous marchons tous bêtement comme des robots dans la maison. Elle est vraiment bizarre. Maman dit qu'elle est maniaque et qu'elle devrait se faire soigner les nerfs. Heureusement qu'il y a l'Almanach Vermont et Lucien son mari. Lucien me donne des bonbons et l'Almanach Vermont. Il sait que je suis gourmand et que j'aime les dessins drôles du livre rouge. Il n'a qu'une dent. Elle est juste devant, en plein milieu de sa bouche mais cela ne l'empêche pas de sourire toujours. Un camion nous double. Je n'ai plus envie de compter. J'ai mal à la tête. La voiture ralentit et s'arrête sur le bord de la route. Papa a envi de pisser. Maman en profite pour baisser les vitres. Nous le regardons debout les jambes écartées face à un arbre. Il fume et regarde en l'air. La voiture bouge quand une voiture passe. Papa revient vers nous, son pantalon est mouillé. Maman dit qu'il ne sait même pas pisser droit. Nous reprenons la route. Ils n'ont pas la télé. Je vais louper "Disney Dimanche". C'est vraiment pas juste. Je crois que je vais vomir sur la mise en plis de maman.
00:36 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
Commentaires
J'aime beaucoup tes tranches de vies et tu nous plonges avec brio dés les premières lignes dans l'époque et tes ressentis.
Bravo.
Ecrit par : Kris | mardi, 21 octobre 2008
Toujours au top ! bravo
Ecrit par : louis | mardi, 21 octobre 2008
Comment faites-vous? À la lecture de ce texte, j'ai ri mais j'avais les yeux pleins d'eau. Il n'y a que vous pour marier si bien humour et nostalgie.
Ecrit par : Zoreilles | mardi, 21 octobre 2008
Marc , je l'avais oublié cet almanach !! merci !
mes grands parents l'avaient aussi , j'aimais bien lire les blagues , tout comme toi ,nous allions chez des gens , tristes et qui n'avaient pas la télé , et pourquoi nos parents s'obligeaient à le faire ?
laque et brillantine pareil , sauf que c'était une ami 8 , je vomissais tout le temps
Oh mais je me sents vieille , tant pis , disons , qu'on a vécu des choses avant les années 80 .. c'était l'époque , le catalogue de la redoute , le Télépoche et l'almanach Vermot , nos referrences literraires , ah ben , on s'est rattrappés depuis hein ?
toujours un plaisir de te lire
Ecrit par : Jeanne | mercredi, 22 octobre 2008
Moi aussi j'ai une tante Henriette, la soeur de mon père. Elle n'est pas tres "chaleureuse" ... Nous ne la voyions pas tres souvent mais lorsqu'on lui en faisait la remarque, elle répondait : "moins on se voit, mieux on s'aime".
Je ne sais pas quel etait le problème avec les voitures des années 70 mais mes soeurs et moi etions aussi malade à l'arrière. Mon père ne s'arretait pas pour autant. Nous vomissions par la fenetre pendant que la voiture continuait sa route. Je suppose que mon père ne voulait pas faire chuter sa moyenne !
Ecrit par : littleblue | jeudi, 23 octobre 2008
Je me souviens bien de cet almanach. Pauvre tante Henriette avec ses cancers !
Ecrit par : elisabeth | samedi, 25 octobre 2008
Des souvenirs, des impressions d'une époque, des objets, des musiques et des tranches de vies, que nous partageons oui c'est cela.
Ecrit par : Marc | dimanche, 26 octobre 2008
C'est vraiment pas juste, mais quel beau texte( un vieux retour d'instamatic) avec le réveil du vermot et ses adages saisonniers ... J'ai eu une tante Henriette aussi , c'est à croire qu'elles se ressemblent toutes, il y a des prénoms qui semblent prédestinés.
Sauf que la mienne tenait une librairie catholique... je me souviens que sa librairie sentait une odeur de vieille fille, un mélange d'oignons grillés, de javel et de pieds. Henriette n'aimait pas les enfants... Elle avait le nez pincé et un poster géant de Ste Marguerite Marie à la Coque dans sa cuisine. Et quand on allait la voir, ça me faisait louper le feuilleton "Cosmos 1999" et je la détestais férocément à cause de ça, comme quoi ....
Ecrit par : frasby | dimanche, 26 octobre 2008
Le pire c'est un jour, mes parents sont partis en vacances pour un mois. En Afrique, ils allaient. Ils m'ont laissée chez tante Henriette. L'horreur.
Ecrit par : soleildebrousse | dimanche, 26 octobre 2008
Je n'ai pas eu de Tante Henriette, mais un père qui fumait en voiture et la nausée.
Ecrit par : Berthoise | samedi, 01 novembre 2008
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