dimanche, 24 août 2008
Dimanche jour du seigneur, du tiercé et de la belote.

( Mémoire 1971 ) Tous les dimanches matin oncle René et tante Mauricette débarquaient à la maison. Ils passaient par le sous-sol sans frapper. L'oncle René montait les escaliers quatre à quatre, rentrait dans les chambres, tirait les rideaux, ouvrait les volets et réveillait tout le monde.
-"Debout la dedans, on se réveille, c'est le jour du seigneur et du tiercé".
Je détestais ça. Je me cachais sous les couvertures, mais c'était foutu, j'étais réveillé. N'importe comment il y avait la messe. La maison prenait vite des odeurs de café, de pain et de croissant. Ils s'installaient dans la cuisine pour déjeuner. René mettait toujours un peu de goutte dans son café. Ils lisaient les journeaux spécialisés, Paris turf, Tiercé magasine, les chevaux, les jockeys, le terrain, le temps, la course, les favoris, les pronostics, c'était du sérieux. Il fallait réfléchir, analyser, lire les commentaires des spécialistes. Ils n'étaient jamais d'accord. C'est moi qui marquais les tickets avec la pince métallique spéciale PMU. Les hommes prenaient la voiture et partaient valider les tickets au café "Le turfiste" rue Gambetta. Ils me déposaient à la messe de 11 heures. Je ne devais pas manquer un seul dimanche pour pouvoir faire ma communion et avoir la montre ou la gourmette. Papa me donnait des pièces pour la quête. J'en gardais la moitié pour les bonbons du chemin du retour. Maman et la tante restaient à la maison et préparaient le repas. L'après midi, ils attendaient les résultat à la télé. Léon Zitrone toujours essoufflé commentait les courses. Il donnait les noms des chevaux, des jockeys et les couleurs des casaques. J'aimais bien quand un jockey tombait par-dessus une haie ou dans l'eau. Zitrone hurlait, criait et les parents aussi. Un jour la tante a gagné les trois premiers dans l'ordre, c'était au "prix d'Amérique". Elle a payé le cinéma et le restaurant à tout le monde. Nous sommes allés voir "la grande Vadrouille". Le tiercé terminé, ils jouaient à la Belote pendant des heures. Ma mère me prenait sur ses genoux et je posais sur le tapis vert les cartes qu'elle me désignait du doigt. Elle me laissait jouer parfois pour m'apprendre et me donnait une petite tape sur les doigts quand je me trompais. J'aimais bien dire les annonces, atout, belote, rebelote, dix de der, tierce et carré. Je calculais et notais les points des équipes sur le carnet en faisant une colonnes nous (les femmes et moi) et une colonne eux (les hommes). Maman et Mauricette gagnaient toujours. Elles étaient plus malines. L'oncle René faisait la gueule, buvait sa goutte et engueulait papa toujours trop lent, pas malin et tête en l'air.
J'ai fait ma communion, la tante Mauricette m'a offert une montre Lip dans une boite bleue et l'oncle René nous a réveillé le Dimanche matin encore pendant quelques années et puis, ils ne sont plus venus.
21:01 Ecrit par Marc dans Enfance, Mémoire | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog
Commentaires
Merci pour ta proposition sur ton blog mais je lis peu et je ne peux pas donner suite (je lis peu car j'ai des tas d'occupations et mes blogs me prennent beaucoup de mon temps mais je pense que c'est une très bonne idée).
Heureusement, je n'ai pas eu d'oncle et de tante qui me réveillaient le dimanche matin. Dans ma famille on ne joue pas au tiercé non plus mais je me souviens bien des commentaires de Zitrone. Bonne journée.
Ecrit par : elisabeth | lundi, 25 août 2008
ah la pince à pmu, j'adorais m'en servir chez ma grand mère, on écoutait les pronos sur rtl, et après on allait au bar-pmu les faire valider, beaucoup de souvenirs pour moi
Ecrit par : mlafeeclochette | lundi, 25 août 2008
C'est quand ces Heures disparaîssent, que l'on se rend compte que les corvées d'hier ne sont souvent que des instants de bonheur.
Mais garder la moitié de l'argent de la quête ! tssssss, pas glop ! :)
Ecrit par : philtre | lundi, 25 août 2008
comme toujours j'adore quand ma mémoire réveille la votre aussi.
philtre = Pour l'argent de la quête, il y a même des fois où le curé n'avait rien. Je gardais tout ;=)
Ecrit par : Marc | lundi, 25 août 2008
Moi aussi messe obligatoire pendant des années
Par contre pas de tiercé à la maison, jamais , mais mon grand père adorait voir l'arrivée des courses à la télé le dimanche
il était sourd comme un pot , alors il met le son très très fort dans la maison , ça gueulait la dedans , l'horreur , on ne bronchait pas , on attendait sagement le retour de Michel Drucker
Je preferrais Jacques Martin .
Que sont ils devenus René et Mauricette ?
Ecrit par : Jeanne | mercredi, 27 août 2008
Tu dis chez moi : "Je crois que je suis définitivement accro aux souvenirs d'enfances" à propos d'un billet... je dois te dire que le fait d'évoquer certains souvenirs chez moi est en grande partie lié à ta lecture, je crois. Ca a contribué à me faire tenter cet exercice, alors que le blog était plutôt "au jour le jour". Tu as une façon de le faire si particulière, en laissant beaucoup de portes ouvertes, de choses en suspens, c'est une bonne émulation.
J'aimerais faire un jour un petit billet sur les blogs qui m'influencent vraiment, j'essaierai à ce moment, d'expliquer pourquoi ta démarche me parait comme une voie, une possibilité, et qu'elle est dynamisante. A bientôt.
Ecrit par : balmeyer | lundi, 08 septembre 2008
Je n'arrive pas à écrire sans penser à l'enfance. Quant j'écrivais à 18 ans je parlais déjà de mon enfance. Si j'imagine une histoire pour moi il faut des éléments de l'enfance. C'est indispensable pour comprendre le personnage. Ma vie d'aujourd'hui est une conséquence de mon enfance, de mon adolescente, de tout ce que j'ai vécu avant. C'est évident.
J'ai de suite trouvé que le blog était très adapté à ce type de récits. Chacun des récits peuvent se lire indépendamment et il y a aussi une continuité. C'est pour cela que je mets des liens à l'intérieur de chacun des récits. Alterner quotidien, enfance, mémoire me semble une bonne idée. J'en avais un peu marre il y a quelques mois. J'avais l'impression de tourner en rond. C'est tellement autobiographique que j'ai pensé arrêter et c'est pour cela maintenant que je fais plus de textes brefs et de nouvelles (l'exercice est différent, passionnant peut être plus difficile: à écrire mais aussi pour le lecteur, plus long, moins de visites, moins de commentaires) J'ai beaucoup parlé de mon enfance à cause de mes enfants, nos enfants nous ramène à notre enfance(c'est terrible) et je pense aussi à Zoridae en disant cela . Je pense que c'est aussi une question d'age, de temps qui passe, de recul par rapport à son propre vécu.
Pour les blogs nous nous influençons les uns les autres, il y a chez toi une originalité, une fantaisie, un humour que je n'ai pas et que j'aime lire. Je me trouve souvent trop sérieux.
Au faite j'ai envie de dire, je ne suis pas nostalgique mais j'ai envie de me souvenir.
Ecrit par : Marc | lundi, 08 septembre 2008
Ecrire un commentaire