mardi, 20 mai 2008

En attendant mieux.

( Fiction Mai 2008) Cette facture d'électricité peut attendre encore un peu je n'ai pas encore reçu le rappel. Il faut gérer les priorités. Les priorités sont le loyer, la bouffe, l'essence,  tout devient prioritaire. J'avais pensé faire une sortie, ce sera pour plus tard. Les heures supplémentaires de ma femme ne suffisent pas,  il faudrait qu'elle en fasse le double. Nous vivons au plus juste avec une capacité à nous adapter qui m'étonne. C'est la solidarité familiale qui fonctionne à plein. Papa est au chômage. Le rendez-vous pour un boulot de cet après midi n'a rien donné. Je me suis encore retrouvé devant un espèce de petit connard à peine sorti des écoles.

-Et comment vous allez faire pour suivre le rythme de travail

 Je ne vois que la drogue.

-Vous connaissez Internet

Tu n'étais pas né quand j'ai commencé à programmer.

-Vous savez envoyer des mails, avec des pièces jointes

Prend moi pour un con maintenant.

-Et pourquoi étés-vous au chômage depuis 3 ans, avec votre CV, c'est étonnant

Et oui mon gars passé 45 c'est chaud, tu ne le savais pas

J'étais là à chercher des réponses à ces questions idiotes et je voyais le temps passer. Je suis arrivé en retard à l'école de mon fils. Il attendait avec sa maîtresse sur le trottoir. J'ai remercié et je me suis excusé. Nicolas pleurait et la maîtresse fulminait. -"Mais Monsieur, j'ai une vie après l'école si tous les parents étaient comme vous que ferions nous". Je me le demande. Sophie ma femme est rentrée abattue et furieuse de sa journée. Je l'ai écouté déballer toutes ses petites histoires de boulot bien sordides. Nous avons mangé rapidement chips, jambon et gruyère. Nicolas a adoré et Sylvie s'en moquait du repas. Elle a continué à me parler boulot, à vider son sac de boue sans fond. Elle sait qu'elle peut me parler, je suis là pour ça aussi. Rien n'est simple pour personne. Je range les factures à payer dans la bannette du bas et les papiers à classer dans la bannette du haut. Depuis que je fais ça je gagne du temps et je n'égare rien. Terminé, les factures, les publicités, les documents à classer mélangés et la catastrophe quand une facture a été oubliée. Je n'ai pas le courage de reprendre mes recherches de boulot. Nicolas m'a parlé de la maîtresse au moment de se coucher. La maison est silencieuse, ils dorment. Mon dieu comme j'aime cette femme et cet enfant, et si je restais à la maison. Homme au foyer. J'adorerais ça. Je vais fumer et planer écrasé dans le canapé avec les écouteurs dans les oreilles en attendant mieux.  Joe Cocker - Unchain my heart.

Commentaires

Bonjour Marc
Je viens de rattrapper mon retard de lecture et j'aime bien ces trois dernieres pages
Tu ecris bien et j'aime dce genre de "vécu" bien que tu ecrive qu'il s'agit de fiction. Mais où commence la réalité??
Biz A+

Ecrit par : annie | mardi, 20 mai 2008

quand j'avais 20 ans, j'ai acheté des livres de raymond carver
que je n'ai pas lu jusqu'au bout
la semaine dernière, plus rien à lire, je prends dans ma bibliothèque un recueil de nouvelles de carver (3 roses jaunes) que j'ai dévoré toute la nuit.
j'avais pas compris, à cette époque, à quel point le dénuement de son style etait une épure remarquable.
du coup, j'ai acheté aujourd'hui l'ensemble de ses nouvelles. c'est une leçon.

apparamment, vous avez tout compris aussi.
bravo, marc.
je vous embrasse
valentine

et comment vont lili et le petit bichon?

Ecrit par : toutecrue | jeudi, 22 mai 2008

Bonne idee Carver. Il y a dans "3 roses jaunes" une nouvelle que j'aime particulièrement "un couple parle en pleine nuit assis dans le lit après avoir été réveillé par un coup de téléphone. J'aime beaucoup cette idéé de la discution dans la nuit et jusqu'au matin"
Content de te retrouver Valentine, fidèle lectrice premier commentaire le 07/10/06 ici
http://baratin.hautetfort.com/archive/2006/10/07/selection-de-livre.html
et déjà nous parlions livres.

Ecrit par : Marc | jeudi, 22 mai 2008

Tu as dit ce que je pensais : maîtresse de maison c'est un boulot qui ressemble à celui d'un chef d'entreprise ; pour l'homme de maison aussi. Mais il s'en occupe à sa façon, les rôles sont différents.
Bien le passage de l'entretien d'embauche. Bonne soirée.

Ecrit par : elisabeth | jeudi, 22 mai 2008

raaa, là c'est tellement vrai..planquer les factures par ordre de réception des rappels, penser à ne pas dire ce qu'on pense quand on débite des anneries, rester zen relativiser...tout un art, homme au foyer parfait.

Ecrit par : tifenn | samedi, 24 mai 2008

Pour moi, tu es resté un peu en dehors du texte, tu
t'es contenté de décrire, ce qui à mon sens est bien, mais pas suffisant
pour m'accrocher. Quand un texte reste descriptif, il l'est avec le regard
de l'auteur.Ce que j'aime dans ce genre de texte, c'est de pouvoir
comprendre ce que décrit un auteur parce que ça me rappelle quelque chose,
ça fait appel à mes ressentis. Exemple : tu parles de ton retard et la
maîtresse qui fulmine mais comme si tu étais absent de la scène, comme si tu
étais au dessus, en spectateur...

Ecrit par : Amelia | lundi, 26 mai 2008

J'ai un peu lu les commentaires. C'est amusant comment le lecteur peut attendre autre chose que ce qu'on a l'intention de lui donner. Moi j'aime bien quand tu n'en dis pas plus que ça.
Plus ça avançait plus le personnage prenait de l'ampleur.
Oui, c'était palpable.

Ecrit par : soleildebrousse | mercredi, 18 juin 2008

C'est effectivement un équilibre difficile, en dire plus ou pas, laisser au lecteur un espace. il faut toujours faire des choix.

Ecrit par : Marc | mercredi, 18 juin 2008

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