« 2008-03 | Page d'accueil
| 2008-05 »
lundi, 21 avril 2008
Le petit Zambotti.
(Fictions Mars 2008) Il m'appelait chaque matin pour partir à l'école. Maman criait dans la maison "Petit Zambotti" est là. Je finissais mon déjeuné en vitesse et courrais le rejoindre. Nous avons fait les classes primaires ensemble. Il était rond, très brun et plus petit que moi. Il avait un sourire incroyable sur la photo de classe. Je suis à coté de lui le regard droit sur l'objectif le bras gauche posé sur ses épaules. Mr Bouillion le maître tenait l'ardoise "CM1 1969". Il était mon copain celui qui compte vraiment et que l'on oublie jamais.
Mes parents comme les zambottis ont changé de travail et ont fait construire dans la même ville des maisons presque identiques. Rue de la Paix pour nous et rue de la Briqueterie pour eux. Nos papas étaient devenus livreurs de fuel, ouvriers dans une usine de carton, mécaniciens, routiers et les mamans femmes de ménage, ouvrières en usine ou mère au foyer. Madame Zambotti venait souvent voir maman. Nous les retrouvions toutes les deux en rentrant de l'école dans la cuisine buvant un café avec des petits gâteaux tout en écoutant Ménie Grégoire à la radio sur RTL. Nous jetions nos cartables par terre dans l'entrée et une fois le goûter "pain beurre choco" avalé nous allions jouer dans le champ, au sous-sol, dans ma chambre ou dans la rue avec les filles de mon quartier.
Les Zambotti avaient la télé couleur. Le mercredi soir nous étions invité pour voir un grand film. Maman préparait un gâteau, des bonbons et papa prenait une bouteille de vin, des cigarettes et de la limonade. Il fallait être à l'heure et ne pas manquer le générique. "Ben Hur", "Les dix commandements", les "Sissi" ou "Autant en emporte le vent" sans compter les westerns, les films de gladiateurs, les Tarzans et les comédies musicales dans les piscines hollywoodiennes. Du grand spectacle en cinémascope et technicolor avec un entracte et la permission de se coucher tard après les mots "The end" sur l'écran. Nous étions assis sur les tapis ou sur les genoux des mamans. Nous rentrions le soir en parlant du film et de la prochaine séance répérée sur le "télé 7 jours". Je comprenais aussi que bientôt nous aurions aussi une télé couleur et que ce serait aux zambottis de venir chez nous.
Mon redoublement, son passage en sixième et le déménagement de ses parents m'ont séparé à jamais du "petit Zambotti".
23:35 Publié dans nouvelle, texte bref | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : littérature, journal intime, nouvelles, textes brefs, écriture, écritures, blog


