mardi, 05 février 2008
Sorrow.
(Mémoire 1976) Je la fais tourner dans un sens puis dans l'autre. Je passe un bras derrière elle et attrape sa main au passage pour la ramener contre moi. Elle sent la sueur, le parfum et la cigarette. Je la prends par la taille et la soulève du sol. Elle pousse un cri de joie et de peur. Les autres s'écartent de nous. Nous sommes les meilleurs danseurs de la "Boum". Laurent est déjà parti avec Marie dans la chambre des parents. Nous avons un peu d'alcool et des cigarettes. La salade de riz de maman n'était pas très bonne, trop de vinaigre comme d'habitude. Il en restera beaucoup. Ils ont préféré les gâteaux, les chips, et les trucs salés. C'est dommage que Corinne n'est pas pu venir à cause de son petit frère à garder. Je la fais tourner encore et en profite pour effleurer ses seins. Les parents sont partis chez la tante, ils nous laissent la maison jusqu'à minuit. C'est bien, mais il est déjà 22 heures. Je bande. Je sais qu'elle l'a remarqué. Elle fatigue, moi aussi, mais j'ai envie de continuer, c'est trop bon. Papa m'a aidé à décorer le sous-sol avec des spots de toutes les couleurs branchés sur la musique. Nous avons fabriqué une boule qui tourne avec les morceaux d'un miroir cassé. J'ai installé mon tourne disque rouge sur une petite table avec tous nos 45 tours. La dernière fille avec qui je suis sorti c'était Sophie, pendant les vacances à Noirmoutier. Elle n'était pas terrible mais elle n'avait pas peur de se laisser toucher les seins quand nous étions sous la tente. J'ai arrêté de lui écrire malgré ma promesse. Elle arrête de danser soudainement et s'accroche à mon cou la tête en arrière son ventre contre mon sexe. Les autres applaudissent et crient. Le disque est remplacé par un slow. Je la prends dans mes bras. Je l'enlace. Je l'embrasse dans le cou et sur la bouche en fermant les yeus trés fort.
("Sorrow" bande original du film de Michel Lang "A nous les petites Anglaises" 1977 Interprété par Mort Shuman)
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vendredi, 28 décembre 2007
Evasions adolescentes.
(Mémoire 1976) Pendant des années je passais d'une classe à l'autre sans effort. Je me laissais porter en faisant confiance à mes capacités. Les remarques des profs étaient toujours les mêmes, "bon travail" , " Marc a des possibilités", mes parents étaient contents et moi j'étais tranquille. C'est à partir de la seconde que les choses ont changé. Je faisais toujours autre chose que mes devoirs. Je lisais, j'écrivais sur mes carnets, j'écoutais de la musique, je me branlais, je dormais, j'imaginais une autre vie. Je ne pouvais pas travailler ni aller à l'école, ma tête était trop pleine de problèmes. C'est à se moment là que j'ai commencé à ne plus aller en cours et à partir de la maison sans prévenir. J'avais besoin d'être seul, de réfléchir. Je traînais dans les rues et les cafés ou restais dans une maison abandonnée près de la rivière pendant des heures. J'étais bien. Je revenais quand j'avais faim, froid ou qu'il faisait nuit. Les parents avaient eu peur, ils avaient prévenu les flics ou téléphoné au lycée et ils m'engueulaient. J'étais inconscient de leur faire des trucs pareils et puis ils oubliaient un peu. Je devais rattraper les cours et tout était encore plus difficile qu'avant. Les profs, les parents sentaient que ça n’allait pas, mais personne ne me parlait ni m'aidait et ma vie ne changeait jamais.
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samedi, 08 décembre 2007
Je me demande.
(Mémoire 1978) Un enfant joue dehors, son ballon frappe la grille de la cour. J'ai vomi dans le couloir et les chiottes. J'ai laissé du sang dans les lits, la baignoire et le lavabo. Je me suis fait mal en tombant dans les escaliers du sous-sol. Je commence doucement à dormir. C'est bon de s'enfoncer. J'ai déchiré les carnets et jeté à la poubelle les pages écrites et les photos. Les médicaments de papa me font mal à la tête et l'alcool me brûle l'estomac. J'ai mal aux poignets. Je me demande comment font les gens.
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mercredi, 14 novembre 2007
Tout voir.
(Mémoire 1977-1978) Je rentre dans le cinéma par la porte de sortie. Je me faufile dans les escaliers à contre courant des spectateurs qui sortent et m'introduit directement dans la salle alors que le générique du film se termine. Je paye une place et je passe d'une salle à l'autre avant la fin du film. Ca marche à tous les coups. C'est simple. Aucune caméra. Pas d'ouvreuse. Personne pour me surprendre. Le système est bien rodé. Je ne suis pas le seul à le connaître. Je passe des journées, des nuits entières dans les salles de cinéma à voir et revoir les films de cette fin année 1977 et début 1978. Je suis loin du "Rex" le petit cinéma de 150 places de ma ville avec son film du Dimanche après midi à 16h30 et son porno du Samedi et dimanche soir à 23H00. Je suis à Paris dans les plus grandes salles des grands boulevards. Le Gaumont Opéra, l'UGC Opéra boulevard des Italiens dans le 9 iéme arrondissement. L'UGC Odéon boulevard St Germain dans le 6 iéme arrondissement. Le Gaumond Ambassade, l'UGC Normandie, Le Publicis Cinéma sur les Champs Elysées Métro Etoile dans le 8 iéme arrondissement. "Diabolo Menthe" avec la musique de Yves Simon, "La dentellière" un des premiers films de Isabelle Uppert, "La vie devant soi" avec Signoret, "Emmanuelle", "Star Wars" pendant des heures "Rencontre du 3 iéme type" 2,3,4 fois dans la même journée et la "La fiévre du Samedi soir" dans des salles pleines à craquer, des gens habillés façon Travolta dans les fils d'attentes et partout la musique des Bee Gees. Dans les boulevard plus populaires il y a les salles plus petites et spécialisées où les gens dorment, ronflent, mangent ou baisent. 2,3 ou 4 films à la suite au programme. Les films de Bruce Lee et de karaté, les films d'horreur italiens ou fantastiques japonais remplis de monstres préhistoriques aquatiques ou volants et les pornos français avec Brigitte Lahaie ou américains avec John C Holmes. Je n'ai aucune limite, je veux tout voir.
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lundi, 22 octobre 2007
Aller retour en famille.
(Mémoire Mai 1978 extrait Carnet Avril 2001). Je suis seul dans le compartiment du train. La tête contre la vitre je somnole. Je vais chez ma sœur et chez les parents en fin de journée. Les images défilent comme un film dans ma tête, mon départ de la maison et mon installation à Paris il y a eux mois déjà. Le train ralentit, j’arrive à Reims. Je me lève et prends mes affaires. Je descends. Il fait mauvais. Je rejoins à pied la station de bus. C'est une petite ville, je regarde les rues, les voitures, les gens et je me dis que pour rien au monde je ne voudrais vivre ici. Ma sœur habite dans un quartier en banlieue. Le bus me dépose juste au pied de son immeuble. Elle habite tout en haut. Je prends l'ascenseur. C'est elle qui m'ouvre. Elle est contente de me voir. Je suis étonné de sa joie. Elle semble épuisée. Elle a le même regard que ma mère avec ce coté autoritaire et dur. Je remarque aussi des expressions et une démarche identiques. L'appartement est petit. Je pense à la maison de mes parents. Les meubles, les fauteuils, la télévision, le bureau tout est en place. Ils se sont achetés une super chaîne stéréo. Elle me montre son bébé. Il dort dans un couffin près du bureau. Je le regarde. Je ne ressens rien. Je n'arrive pas à être content. Il fait partie de ma famille. Il ressemble à un bébé. Il est comme moi au même âge, les yeux, les cheveux. C'est maman qui le dit. Il bouge un peu. Il tourne la tête et fait semblant de téter. Il lève les bras au dessus de sa tête. Il ferme les poings comme s'il tenait une pièce dans chaque main. Je croise le regard émerveillé de ma sœur. Je lui souris. Je comprends à quel point sa vie est là. Nous mangeons dans la cuisine. Elle me montre l'appartement, les papiers peints, les meubles. Elle m’explique tout ce qu’elle a l’intention de faire. Elle me parle de son travail et de son mari. Ils ont prévu d'acheter une maison. Elle m'explique comment fonctionnent les prêts des banques. Je devrais commencer dès maintenant si je veux quelque chose un jour. Elle me raconte son accouchement et toutes ses souffrances. Elle ne me parle pas de l'école ni de Paris. Je ne lui dis rien de ce que je fais. Elle me propose d'être le parrain de son fils. Je ne sais pas ce que cela veut dire mais je suis d'accord. Je m'installe au fond d'un fauteuil. Je branche la chaîne stéréo et écoute un disque le casque sur les oreilles. C'est génial. Je garde le bébé pendant qu'elle fait les courses. Je le prends dans mes bras. Il sourit. Je regarde les albums photo rangés dans un meuble. Le mariage prend trois albums. Je me souviens à peine de ce jour. Au moment de partir elle me dit que je peux compter sur eux si j'ai besoin et elle me glisse deux billets de cent francs dans la main. Je la remercie. Elle me donne un baiser. J’embrasse mon neveu sur la main. Je reprends le train vers les parents. Avant d’arriver à R…, juste après le tunnel je regarde les bois où j'allais jouer. Depuis la gare, le chemin est long jusqu'à la maison. J'hésite. Je prends mon temps. Je rentre dans une librairie que je connaissais bien. Les employés ont changé. Je m'arrête dans un café. La salle est presque vide. Quelques habitués. Cela sent l'ennui et le temps qui passe doucement. Pour rien au monde je ne voudrais revivre dans cette ville. C'est petit et sinistre. Je finis mon café et je continue mon chemin vers la maison. Ils sont à table. Papa me serre la main. Maman m'embrasse. Elle prend mon sac de linge et l’emporte dans la salle de bain. Je m'installe avec eux, maman me sert à manger. Ils sont contents de me voir. Je ne parle pas. Maman me donne des nouvelles de toute la famille, les tantes, les oncles, les cousins. Nous regardons la télé. Papa parle au téléviseur. Il se fâche face à la connerie des joueurs. Il rouspète pendant les pubs et Maman s'endort les bras croisés sur le ventre. Le soir je me mettais sur ces genoux pour regarder le film. Elle disait qu’a 20 ans je serais encore sur ces genoux et je n'ai pas encore 20 ans. Il y a longtemps. Le film est fini. Je n'en peux plus. Papa va se coucher. Il prépare ses affaires pour demain matin ou pour cette nuit quand il va se lever pour pisser. Le bol de café, le sucre, le lait puis il se couche sans un mot. J'aide maman à débarrasser la table. Nous faisons la vaisselle. Elle me parle de ma sœur et de son bébé. Je fais des efforts pour parler. Maman raconte ses accouchements et des histoires que je connais par cœur. Je l'écoute. Je fais attention. Je ris un peu. Je lui demande de continuer. Je pose des questions sur mon frère. Elle ne répond pas. Elle ne sait rien. Il est très secret et elle ne le voit pas souvent. Je me couche. Ma chambre n'a toujours pas changé. Je me dis qu'ils pensent que je vais revenir. Je n'arrive pas à dormir. Je retrouve les bruits de la maison la nuit. Le souffle du chauffage qui me réveillait souvent. Les ronflements de papa, l'horloge de la salle à manger que maman n'a jamais voulu arrêter. Le volet qui bouge au moindre coup de vent. La porte des chiottes qui grince quand papa se lève pour fumer. La lumière des réverbères qui traverse les volets et vient se poser juste au milieu du lit. Il faut dormir, j'ai envie de partir.
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dimanche, 07 octobre 2007
Sauvé
02:10 Publié dans Adolescence, Mémoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
mardi, 25 septembre 2007
L'écharpe.
Mon écharpe fait 4 fois le tour de mon cou et descend jusqu'à mes genoux. Elle est bleue avec des points de couleurs multicolores. C'est ma sœur qui l'a faite. Mon jean est troué aux genoux et j'ai les cheveux longs et sales. Je ressemble aux autres élèves qui sont autour de moi. Il est onze heures moins dix. Nous attendons la sonnerie pour le cours de Maths. J'aimerai tellement que le prof soit absent. Je n'ai pas envie d'y aller. Je n'ai pas révisé mon cours ni fait les exercices. Hier je me suis couché à une heure du matin. J'ai lu et écrit comme d'habitude. Je suis nase. Je regarde les autres. Je fumerai bien quelque chose. Laurent est absent depuis une semaine, il est encore malade. Laurent c'est mon ami. Je suis seul quand il n'est pas là. Il me manque. Marie ne m'adresse plus la parole. J'ai fait le con Samedi dernier à la boum. Je n'aurais pas du insister comme cela. J'avais tellement envie d'elle. Quand elle m'a emmené dans la chambre j'ai cru que nous allions le faire. J'ai eu tort. Elle n'était pas prête, pourtant elle m'a dit qu'elle prenait la pilule. Elle me fait la gueule. Je n'y comprends rien. Je la trouve toujours aussi belle. J'ai envie de me barrer de tout ce bordel. Les parents ne comprennent vraiment rien.(Mémoire 1977)
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vendredi, 10 août 2007
Vendanges en Champagne.
Nous nous sommes couché extrêmement tard la nuit dernière. Nous avons dansé dans le réfectoire et bu beaucoup de champagne. Il fait froid ce matin et une légère brume recouvre les vignes. Les visages sont gonflés de sommeil et d'alcool. Nous nous positionnons en silence chacun d'un coté d'un rang de vigne. Il est l'heure. Le dos courbé nous ramassons les premières grappes de raisin de la journée. Le sécateur fait mal aux doigts engourdis. Les grappes compactes et juteuses tombent une par une dans mon panier en plastique jaune et dégagent une odeur de sucre écœurante. Il faut vraiment que je me couche plus tôt ce soir, les vendanges se terminent dans 3 jours et après je rentre au lycée en Seconde C. Les porteurs échangent nos paniers pleins contre des vides et partent les vider dans la benne. Je préfère être cueilleur on marche moins et c'est beaucoup moins fatiguant. J'aime bien les vendanges, les patrons viennent nous saluer et regardent d'un oeil expére la qualité du raisin. Je travaille tous les jours avec Carole, nous rions et parlons beaucoup ensemble. J'ai l'impression qu'elle m'écoute et me comprend malgré les 10 ans qui nous séparent. Nous progressons entre les rangs de vignes et je lève la tête de temps en temps pour regarder les autres travailler. Margot et Pierre se lance des grappes de raisin par-dessus les vignes en riant. Patricia cherche son coéquipier, il s'est encore endormi quelque part dans la vigne. Une première benne part pour le pressoir. Le soleil commence à nous réchauffer doucement et j'attends avec impatience la pause déjeunée de 10 heures. Le café, les bonnes tartines de pâté, le saucisson, le pain bien frais et les premiers verres de champagne. Nous ferons la fête à Reims ce soir. (Mémoire Septembre1976) 11:30 Publié dans Adolescence, Mémoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journal intime, nouvelles et textes brefs, écriture, écritures, blog, amour, vive la vie
lundi, 23 juillet 2007
Jacques Prévert.
Je suis au cours de comédie René Simon, je regarde les autres élèves interpréter leur scène. Un gars et une fille jouent Roméo et Juliette. Roméo est allongé inconscient sur la scène et Juliette pleure le tenant dans ses bras. Dans la salle c'est le silence complet, nous sommes émus, les élèves comédiens sont très doués. Nous applaudissons à la fin et les deux élèves saluent, les larmes aux yeux. Le prof fait des commentaires, nous écoutons avec respect. Le prof me désigne du doigt. Je me lève et me dirige vers la scène. Je me place et commence à dire le poème de Prévert que j'ai choisi. "Dans ma maison vous viendrez D'ailleurs ce n'est pas ma maison Je ne sais pas à qui elle est Je suis entré comme ça un jour Il n'y avait personne Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc" Les mots viennent facilement et j'ai beaucoup de plaisir, malgré les regards attentifs des élèves sur moi et le trac qui me serre la gorge. Le commentaire du prof est plutôt positif, mon choix est bon, ma voix est agréable et je dégage une certaine assurance, il me faudra travailler la diction et le rythme pour la prochaine fois. Je suis content je descends les 3 marches de la scène et retourne à ma place parmi les autres élèves. (Mémoire 1977)
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dimanche, 20 mai 2007
La voisine.
Mes parents travaillaient et j'étais toujours seul à la maison le matin avant de partir à l'école. Il m'arrivait souvent d'oublier l'heure ou de ne pas entendre le réveil et d'être en retard à l'école. Mes parents ont donc demandé à la voisine de me surveiller. Je devais chaque matin sonner à sa porte quand je passais devant chez elle au moment de partir à l'école. 15 ans plus tard c'est cette même voisine qui me sachant seul à la maison et ne me voyant pas de la journée est venue sonner à ma porte puis est entrée dans la maison et m'a découvert juste à temps agonisant dans mon lit un jour d'Août 1978.
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